Emmanuelle Wargon nommée présidente de la Commission de régulation de l'énergie malgré le désaveu des parlementaires

L'ancienne ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, prend la tête de la Commission de régulation de l'énergie, malgré l'opposition des parlementaires qui interrogent son indépendance politique et son expertise énergétique.

Euractiv France
Minister Council at Elysee Palace
Par décret présidentiel paru mercredi (17 août), Emmanuelle Wargon accède à la présidence de la CRE pour un mandat de six ans, non renouvelable. L'ancienne ministre joue donc dorénavant un rôle clé pour la politique énergétique française. [IAN LANGSDON / EPA-EFE]

L’ancienne ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, prend la tête de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), malgré l’opposition des parlementaires qui questionnent son indépendance politique et son expertise énergétique.

Par un décret présidentiel paru mercredi (17 août), Emmanuelle Wargon a accédé à la présidence de la CRE pour un mandat de six ans, non renouvelable. L’ancienne ministre joue donc dorénavant un rôle clé pour la politique énergétique française.

En bref, la CRE est en charge du bon fonctionnement des marchés de l’énergie, de la régulation des réseaux et de la bonne information des consommateurs.

Autrement dit, l’autorité participe ainsi à la construction du marché européen de l’énergie, instruit certains appels d’offres de développement des énergies renouvelables, participe à la fixation du montant de l’Accès régulé à l’énergie nucléaire historique (ARENH), propose des montants pour les tarifs réglementés de l’électricité et régule le stockage du gaz.

Rôle clé pour la politique énergétique française et européenne

Dès lors, ses pouvoirs intéressent l’ensemble des sujets pressants de l’actualité énergétique française et européenne. Impossible alors de lui attribuer un rôle seulement technique sans omettre l’interdépendance de ses avis et de ses délibérations avec les nécessités politiques et géopolitiques du moment.

Pourtant, et selon ses propres principes, la CRE se doit d’être indépendante « vis-à-vis de l’industrie de l’énergie et du gouvernement pour la mise en œuvre des missions définies par la loi ».

Or, les parlementaires, réunis le 3 août dernier en commission des Affaires économiques pour voter sur la candidature de Mme Wargon au poste de présidente de la CRE, se sont longuement interrogés sur son indépendance, au regard de son parcours professionnel et politique.

Emmanuelle Wargon en effet occupé plusieurs postes au sein des gouvernements successifs de la présidence d’Emmanuel Macron. D’abord secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, elle fut ensuite nommée ministre déléguée chargée du Logement.

Avant cela, cette haut fonctionnaire a été pendant trois ans directrice de la communication et des affaires publiques au sein du groupe Danone, géant international de l’alimentaire.

En outre, elle est également présidente du Conseil national de Territoires de progrès, petit parti de centre-gauche affilié à la majorité présidentielle, et conseillère régionale d’Île-de-France. Deux postes que Mme Wargon quittera, au nom de l’indépendance de la CRE.

Les parlementaires fustigent son indépendance et son expertise

Pour toutes ces raisons, le député du Rassemblement national (RN), Jean-Philippe Tanguy, s’insurgeait, en commission des Affaires économiques, de l’inconséquence et des volte-face politique de l’ancienne ministre, notamment sur le sujet du nucléaire.

« Un expert, qu’il soit pour ou contre le nucléaire, ne change pas d’avis en 2 ans » déclarait-il, faisant référence au changement de vision sur le développement du nucléaire de la part d’Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs.

Dès lors, le député de la Somme dénonce l’inaptitude supposée de Mme Wargon « à exercer en toute indépendance et toute expertise cette présidence de la CRE ».

Pour l’intéressée, ces attaques sont sans fondement, considérant notamment les trois grandes priorités qu’elle s’est fixée pour sa présidence, soit la contribution à la souveraineté et à la sécurité des approvisionnements énergétique, la protection des consommateurs et l’accélération du développement de sources d’énergie décarbonées, dont le nucléaire.

De son côté, le député Les Républicains (LR), Jérôme Nury, assène qu’il ne suffit pas de se rendre à des réunions des ministres européens de l’énergie pour être experte en énergie. Il ajoute, non sans humour, que « il m’arrive, à moi aussi, dans le cadre de mes fonctions, de participer à des petits-déjeuners aux tripes, mais cela ne fait pas de moi pour autant un charcutier ! ».

Au regard du parcours professionnel de Mme Wargon, « où est l’impartialité ? Où est l’indépendance ? » demande de son côté le député Philippe Brun du Parti socialiste (PS – NUPES). Julie Laernoes, députée Europe Écologie Les Verts (EELV – NUPES) ajoutant que c’est la « première fois qu’une politique est proposée » à ce poste de présidente de la CRE.

Aux parlementaires de gauche, Emmanuelle Wargon répond que la page politique « se referme » pour elle, renouant « avec ce qui était [sa] carrière et [sa] vie précédentes : essentiellement du service public ».

Dès lors, aux yeux des représentants du peuple, nul doute que celle qui se targue d’avoir « défendu le nutri-score » lorsqu’elle était chez Danone, ne fait pas l’unanimité.

Ainsi, suite aux votes en commission des Affaires économiques, la majorité des députés, dominés par ceux de la majorité présidentielle, ont voté pour la nomination de Mme Wargon. Au Sénat, la majorité des sénateurs, dominés par les membres du parti LR, ont voté contre.

En additionnant les votes, seuls 43 élus ont voté pour sa nomination et 48 contre. Néanmoins, l’annulation d’une candidature à ce poste ne peut se faire que si les 3/5èmes des parlementaires des commissions intéressées votent contre, ce qui ne fut manifestement pas le cas.

Toutes les oppositions s’insurgent donc, depuis sa nomination, du « recasage » politique de celle ayant échoué dès le 1er tour des dernières élections législatives en juin dernier.