En Bavière, la droite et l’extrême droite ont le vent en poupe malgré une affaire d’antisémitisme

Le gouvernement régional bavarois, gouverné par deux partis de droite, s'est récemment retrouvé empêtré dans une affaire d’antisémitisme à la veille d’une élection cruciale dans la région. Malgré cela, il semblerait que la droite et même l’extrême droite y gagnent du terrain.

EURACTIV Allemagne
Rabbis call on Berlin to overturn court ban on circumcision
« Une société qui respecte toutes les minorités — juifs, musulmans, [et autres] religions et ethnies — et qui a une démocratie saine et une forme civile de dialogue public est toujours une société plus sûre pour les juifs », a confié Pinchas Goldschmidt, le grand rabbin de la Conférence des rabbins européens (CER), à Euractiv. [EPA/STEPHANIE PILICK]

Le gouvernement régional bavarois, gouverné par deux partis de droite, s’est récemment retrouvé empêtré dans une affaire d’antisémitisme à la veille d’une élection cruciale dans la région. Malgré cela, il semblerait que la droite et même l’extrême droite y gagnent du terrain.

La Bavière, une région du sud de l’Allemagne, est gouvernée par une coalition de droite formée par l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU, Parti populaire européen) et les Électeurs libres (FW, Renew).

Il y a deux mois, Hubert Aiwanger, leader du FW et ministre de l’Économie de la région, a été accusé d’avoir rédigé un tract antisémite se moquant des victimes de l’holocauste lorsqu’il était au lycée.

Le scandale a provoqué une véritable onde de choc en Allemagne. Le parti de M. Aiwanger ne semble cependant pas en avoir souffert.

En effet, selon les sondages réalisés en vue des élections régionales de dimanche (8 octobre), FW et même le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD, Identité et Démocratie) ont même grimpé dans les sondages.

En revanche, le soutien à la CSU faiblit en raison de la décision controversée prise par son membre et chef du gouvernement régional, Markus Söder, de maintenir M. Aiwanger à son poste. M. Söder avait déclaré que l’évincer de son poste serait une mesure disproportionnée, notamment compte tenu de l’absence de preuves qu’il ait rédigé ce tract.

Le scandale et ses retombées témoignent de la présence de foyers d’antisémitisme au sein de la population bavaroise.

Interrogé par Euractiv, Lars Rensmann, un politologue de l’Université de Passau qui a travaillé sur l’antisémitisme, explique que cela ne signifie pas que tous les Bavarois sont « soudainement devenus indifférents à l’antisémitisme ».

Il semblerait plutôt que le ministre bavarois de l’Économie a réussi à mobiliser « l’important réservoir » de droite extrémiste et autoritaire de la région, estime-t-il. « M. Aiwanger a réussi à se présenter comme la victime d’une campagne de diffamation orchestrée par les “élites maléfiques” et les “médias de l’establishment” .»

Suite aux révélations des médias, le ministre a nié les faits, affirmant que son frère était en réalité l’auteur du tract. Il s’est ensuite plaint d’être victime d’une campagne de diffamation.

Plus que le tract lui-même, c’est l’émergence soudaine d’attitudes radicales qui inquiète l’importante communauté juive de Bavière.

« Il existe une corrélation empirique entre les attitudes anti-establishment, les théories du complot et l’antisémitisme », note M. Rensmann.

La haine de l’extrême droite est toujours à l’origine de la majorité — près d’un cinquième — des incidents antisémites enregistrés en Allemagne et dont le motif est connu, selon RIAS, une organisation allemande à but non lucratif qui étudie l’antisémitisme.

« Une société qui respecte toutes les minorités — juifs, musulmans, [et autres] religions et ethnies — et qui a une démocratie saine et une forme civile de dialogue public est toujours une société plus sûre pour les juifs », a confié Pinchas Goldschmidt, le grand rabbin de la Conférence des rabbins européens (CER), à Euractiv.

La CER, une association de chefs religieux juifs en Europe, a récemment transféré son siège de Londres à Munich, la capitale de la Bavière, une décision notamment motivée par le soutien du gouvernement dirigé par la CSU, a confirmé M. Goldschmidt, qui a refusé de commenter directement l’affaire du tract antisémite.

Le rôle ambigu de la CSU

Les Juifs de Bavière ont longtemps pu compter sur la CSU comme garante de la lutte contre l’antisémitisme.

En conséquence, les dirigeants de la communauté se sont ralliés au parti, et ce malgré le refus de Markus Söder d’évincer M. Aiwanger.

« Dans l’ensemble, je comprends la décision du ministre-président [M. Söder] », a affirmé Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne.

« Les communautés juives sont très bien administrées par le gouvernement régional, et je suis certaine qu’il en sera ainsi si les élections produisent les résultats que j’espère », a pour sa part déclaré Charlotte Knobloch, survivante de l’holocauste et présidente de la communauté juive de Munich, lors de la cérémonie d’ouverture du nouveau siège de la CER.

La colère de la communauté se concentre plutôt sur M. Aiwanger directement. Mme Knobloch a rejeté ses excuses personnelles, comparant le tract à la « vile propagande de l’ère nazie ».

Pour la CSU, c’est au chef de file de la FW qu’il incombe d’arranger la situation.

« Pour nous, cette affaire consiste à montrer sans équivoque aux organisations et aux citoyens juifs que nous les soutenons et que leurs préoccupations sont une priorité. C’est maintenant à M. Aiwanger de le montrer également », a indiqué à Euractiv Florian Herrmann, ministre de la chancellerie de l’État de Bavière et proche allié de M. Söder.

Il a insisté sur le fait que les sondages actuels reflétaient simplement un phénomène temporaire et que la CSU devait simplement « continuer à avancer calmement » sur cette voie.

Cependant, le parti semble désireux de regagner les électeurs de droite avant les élections. Il a nettement infléchi son discours vers la droite, en particulier sur la question de l’immigration.

M. Söder a fait la une des journaux en appelant à un plafonnement rigoureux du droit d’asile et à un effort national pour faire baisser le nombre de migrants arrivant sur son territoire, un discours qui semble en contradiction avec le plaidoyer de M. Goldschmidt en faveur de l’ouverture.

Le virage à droite de la campagne bavaroise reflète les risques auxquels les juifs sont confrontés aujourd’hui.

« Un juif d’aujourd’hui se sentira toujours un peu chez lui et un peu étranger [où qu’il aille] », a déclaré le grand rabbin, notant toutefois que la CER se sent relativement bien en Bavière.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]