En Grèce, l'hypothèse d'un retour d'Alexis Tsipras gagne du terrain
La baisse du soutien dont bénéficie le gouvernement actuel mené par Kyriakos Mitsotakis et l'absence d'une figure d'opposition crédible pourraient constituer un terrain fertile pour un retour en force.
L’hypothèse d’un retour de l’ancien Premier ministre grec Alexis Tsipras sur le devant de la scène gagne du terrain ces dernières semaines. Si l’environnement politique fragile du pays peut offrir une ouverture à l’homme politique de gauche, le tapis rouge ne lui sera pas déroulé pour autant.
Alexis Tsipras a gouverné la Grèce au cours de la période turbulente de 2015 à 2019, lorsque la Grèce était au bord de l’effondrement économique. En juillet 2015, il a organisé un référendum controversé au cours duquel 61 % des Grecs ont rejeté une proposition de l’UE prévoyant de nouvelles mesures d’austérité.
Mais Alexis Tsipras a finalement accepté un troisième plan de sauvetage d’une valeur de 86 milliards d’euros, arguant que celui-ci était nécessaire pour éviter la banqueroute de la Grèce.
Autrefois considéré comme un fauteur de troubles à Bruxelles, Alexis Tsipras s’est finalement imposé comme un réformateur. Au cours de son mandat, la Grèce est officiellement sortie des programmes de renflouement après près d’une décennie d’assistance financière. Néanmoins, l’austérité et les difficultés économiques ont conduit à sa défaite lors des élections de 2019.
Il a ensuite perdu toutes les élections face au parti conservateur Nouvelle Démocratie avant de quitter la direction du parti de gauche Syriza en juin 2023.
Depuis, l’opposition de gauche est restée fragmentée, divisée en petits partis incapables de défier les dirigeants conservateurs du pays. Syriza a reculé d’environ 5 % dans les sondages. En outre, aucun politicien de l’opposition n’a réussi à gagner suffisamment de popularité pour unir les forces politiques progressistes contre le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis.
Quant à Alexis Tsipras, il s’est largement tenu à l’écart, faisant rarement des déclarations publiques sur l’avenir politique du pays.
Mais ces dernières semaines, son nom a refait surface après qu’il a déclaré dans une interview au journal Le Monde que « la politique active et le contact avec les électeurs » lui manquaient.
Cette confidence a alimenté les spéculations selon lesquelles l’ancien Premier ministre du grec envisagerait un retour sur la scène politique, éventuellement en lançant un nouveau parti.
Contactées par Euractiv, des personnes de l’entourage d’Alexis Tsipras ont démenti de tels projets. Selon ses proches, la seule planification à l’heure actuelle concernerait la publication d’un livre d’ici la fin de l’année, ainsi que son discours prévu début septembre à la Foire internationale de Thessalonique — un forum annuel influent où les partis politiques présentent leurs priorités politiques pour l’année à venir.
Les chances
Malgré ces démentis, la presse locale insiste sur le fait que le retour d’Alexis Tsipras — éventuellement par le biais d’un nouveau parti — n’est qu’une question de temps. Les analystes estiment que la baisse constante de la popularité de Kyriakos Mitsotakis, combinée à l’absence d’une figure crédible de l’opposition, constitue un terrain fertile pour le retour d’Alexis Tsipras.
Nouvelle Démocratie est en baisse dans les sondages, tandis que circulent des rumeurs selon lesquelles l’ancien Premier ministre Antonis Samaras, partisan de la ligne dure, envisagerait de former un nouveau parti conservateur, ce qui constituerait une menace pour Kyriakos Mitsotakis sur son flanc droit.
Sur le plan de la politique étrangère, la Grèce est confrontée à d’importants défis avec ses voisins.
« La Turquie a conclu des accords avec la Libye sur les zones maritimes, remettant en question la souveraineté de la Grèce », a déclaré à Euractiv un homme politique de gauche pro-Tsipras, sous couvert d’anonymat. « Pendant ce temps, il y a une querelle diplomatique en cours avec notre allié l’Égypte à propos du monastère de Sainte-Catherine. Mitsotakis subit des pressions de toutes parts, mais aucune solution n’est en vue. »
Selon un autre politicien de gauche, Kyriakos Mitsotakis est également préoccupé par un « facteur incontrôlé ». La procureur général de l’UE, Laura Kövesi, a révélé un scandale impliquant une mauvaise utilisation des fonds agricoles de l’UE et a fortement critiqué le Premier ministre grec pour avoir entravé son enquête sur un accident de train qui a tué 57 jeunes, où les fonds de l’UE ont aussi été mal gérés.
Des rapports de presse à Athènes suggèrent que d’autres enquêtes sur la mauvaise utilisation des fonds de l’UE sont en cours.
Les défis
Le principal défi d’Alexis Tsipras sera de convaincre l’électorat qu’il mérite une seconde chance. Le sentiment anti-Tsipras dans la société — et dans une grande partie des médias traditionnels — reste fort, beaucoup pensant qu’il a risqué l’avenir du pays dans l’UE. D’autres se sentent encore trahis par sa décision de ne pas tenir compte du résultat du référendum et de se soumettre à la pression financière de l’UE.
Certains membres du gouvernement de la Nouvelle Démocratie se réjouiraient de la perspective de son retour, y voyant un moyen d’activer les réflexes anti-Tsipras parmi les électeurs.
Alexis Tsipras devra expliquer dans quelle mesure la situation sera différente cette fois-ci et, peut-être plus important encore, quelles personnalités l’entoureront. Les choix précédents, comme celui de l’ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis, lui ont coûté cher.
Le climat politique mondial est également loin d’être favorable. Lors de son premier mandat (2015-2019), Alexis Tsipras avait peu d’alliés et faisait face à une Europe dominée par la droite. Aujourd’hui, la situation est sans doute pire. Les partis de droite dominent toujours, mais nombre d’entre eux sont désormais influencés, voire soutenus, par une extrême droite résurgente.
Selon l’eurodéputé Nikolas Farantouris (La Gauche), cette situation pourrait représenter une opportunité, car Alexis Tsipras pourrait bénéficier du soutien des forces progressistes de l’Europe. Bien qu’il fasse officiellement partie de la gauche européenne, il a participé en tant qu’observateur aux sommets socialistes de l’UE, plus centristes.
« Le problème de la fragmentation des forces progressistes n’est pas propre à la Grèce — c’est un problème dans toute l’Europe, et il ne fait que renforcer l’extrême droite », a analysé Nikolas Farantouris. « Le temps de la reconstruction et de la mobilisation n’est-il pas enfin venu ? »
(sn)