Énergies renouvelables : atteindre les objectifs européens ne sera pas chose aisée
En parvenant à un accord sur la directive révisée sur les énergies renouvelables le 30 mars, les législateurs européens ont clos un chapitre clé du Green Deal européen, le programme politique phare de la Commission européenne.
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En parvenant à un accord sur la directive révisée sur les énergies renouvelables le 30 mars, les législateurs européens ont clos un chapitre clé du Green Deal européen, le programme politique phare de la Commission européenne.
Ce n’était pourtant pas une mince affaire, compte tenu des vents contraires auxquels l’Europe est confrontée depuis le lancement du Green Deal en décembre 2019.
Au cours des quatre années qui se sont écoulées depuis l’entrée en fonction de la Commission actuelle, l’UE a été frappée par deux crises successives de grande ampleur : la pandémie de COVID-19 et la guerre brutale menée par la Russie en Ukraine.
À chaque fois, le Green Deal a été attaqué — par la République tchèque ou la Pologne — et à chaque fois, l’UE a réagi collectivement en redoublant d’efforts, notamment en augmentant l’objectif de l’Union en matière d’énergies renouvelables.
Alors que l’objectif initialement proposé était de 40 % d’ici à 2030, la Commission a revu son offre à la hausse pour porter l’objectif de l’UE en matière d’énergies renouvelables à 45 % de la consommation énergétique de l’Union et a présenté des plans visant à accélérer l’octroi de permis pour de nouveaux parcs éoliens et solaires afin d’accélérer la sortie de l’Europe des importations de combustibles fossiles russes.
Cette initiative a été soutenue par le Parlement européen, qui a appuyé avec force l’objectif de 45 % au nom de la sécurité énergétique de l’Europe et de l’urgence de la lutte contre le changement climatique.
En revanche, les États membres de l’UE étaient plus hésitants, préférant s’en tenir à l’objectif de 40 % proposé par la Commission européenne l’année précédant l’éclatement de la guerre en Ukraine.
Finalement, ils se sont mis d’accord sur un objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables pour 2030, soit près du double de la part actuelle de l’UE, qui s’élève à un peu plus de 22 %.
Se concentrer sur les résultats
L’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables est sans aucun doute imposant, et les difficultés auxquelles l’Europe devra faire face pour l’atteindre ne doivent pas être sous-estimées.
« Il s’agit de faire en sept ans ce que nous avons accompli au cours des 40 dernières années », a déclaré en ce sens Pascal Canfin, eurodéputé français Renew qui préside la commission de l’environnement du Parlement européen.
Le défi sera d’autant plus grand que l’objectif de 2030 devra être atteint sans grande capacité supplémentaire provenant de la biomasse, qui représente actuellement 60 % de la consommation d’énergie renouvelable de l’UE et qui sera plus sévèrement limitée par les critères verts mis à jour de la directive concernant la biomasse.
Un ancien membre de la Commission européenne, qui a parlé à EURACTIV sous couvert d’anonymat, a déclaré que l’exercice de fixation des objectifs dans le plan REPowerEU adopté après le déclenchement de la guerre en Ukraine était clairement « politique », sans analyse technique et de marché sérieuse et approfondie.
« Il est presque impossible d’atteindre ces objectifs d’ici 2030 », a déclaré l’ancien fonctionnaire de l’UE, qui a occupé un poste de haut niveau à la Commission européenne avant de la quitter il y a quelques années.
Ces inquiétudes sont partagées par l’industrie des énergies renouvelables elle-même.
« Les nouveaux objectifs sont formidables, mais les États membres de l’UE doivent également s’assurer que ces objectifs peuvent être atteints », a déclaré Giles Dickson, PDG de WindEurope, une association qui promeut l’utilisation de l’énergie éolienne en Europe, lorsqu’il a été interrogé en décembre dernier sur l’objectif de 45 % proposé par l’UE.
« Les procédures d’autorisation actuelles sont trop complexes et trop longues pour s’approcher de l’objectif de 40 % ou de 45 % », avait-il expliqué à EURACTIV.
Selon lui, l’augmentation de la production d’énergie éolienne et solaire nécessite d’énormes investissements dans les capacités de production et les infrastructures de soutien telles que les réseaux électriques. Cela suppose également un accès continu à des matières premières abondantes et bon marché comme les terres rares, qui sont actuellement produites et raffinées presque exclusivement en Chine, rendant l’Europe dépendante des caprices de Pékin pour sa sécurité énergétique.
« Si ces problèmes ne sont pas résolus, tout objectif actualisé en matière d’énergies renouvelables pour 2030 restera théorique », a averti M. Dickson, appelant à une véritable politique industrielle européenne en matière d’énergies renouvelables.
En ce sens, l’accord de l’UE sur la directive relative aux énergies renouvelables marque la fin d’un cycle politique axé sur la définition d’objectifs et le début d’un nouveau cycle axé sur la mise en œuvre et la politique industrielle.
Au-delà de 2030
Mais au-delà de 2030, l’Europe devra également avoir une discussion approfondie sur l’orientation future de ses politiques en matière d’énergie et de climat.
Jusqu’à présent, le consensus à Bruxelles s’est concentré sur le développement de l’énergie éolienne et solaire sans tenir compte de l’objectif final en termes de mix énergétique européen souhaité.
Alors qu’un nombre croissant de pays de l’UE, dont l’Autriche, le Danemark, l’Allemagne et l’Espagne, semblent heureux de viser un système d’énergie renouvelable à 100 %, d’autres, comme la France, la Finlande, la Pologne et la Hongrie, ont clairement indiqué que le nucléaire devait être considéré comme faisant partie du système énergétique à faible teneur en carbone de l’UE.
Lors de la réunion des chefs d’État de l’UE en mars, le président français Emmanuel Macron a clairement indiqué que les énergies renouvelables ne pouvaient pas être considérées comme le seul moyen d’atteindre les objectifs de décarbonisation de l’UE.
« Nous savons que les énergies renouvelables ne sont pas suffisantes et que le nucléaire est en effet un élément de réponse nécessaire au niveau européen », a déclaré M. Macron après le sommet de mars.
Les États membres de l’Est de l’UE, tels que la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie et la Roumanie, qui n’ont jamais été de fervents partisans des énergies renouvelables et qui tirent une grande partie de leur électricité de centrales nucléaires vieillissantes de fabrication russe, sont particulièrement concernés.
« L’Europe centrale et de l’Est est une bombe à retardement », prévient un autre ancien membre de la Commission. « Nous devons élaborer un programme sur mesure pour eux », a-t-il déclaré à EURACTIV.
L’UE a déjà eu un avant-goût des débats à venir lorsque les ministres de l’Énergie de l’UE se sont réunis à Bruxelles le mois dernier pour discuter de la directive sur les énergies renouvelables. Deux camps s’y sont affrontés — un camp pro-renouvelable catégoriquement opposé au nucléaire et un autre qui demandait que l’énergie atomique soit reconnue au même titre que les énergies renouvelables.
Une piste d’avenir a peut-être été trouvée lorsque Pascal Canfin, membre du Parlement européen, a suggéré de réduire l’objectif de l’UE en matière d’énergies renouvelables pour les pays qui disposent déjà d’un mix électrique à faible teneur en carbone — un clin d’œil à la France et à son parc de 56 réacteurs nucléaires, qui fait de Paris un chef de file de la politique climatique dans l’Union européenne.
De ce point de vue, l’accord politique sur la directive européenne relative aux énergies renouvelables a peut-être aussi marqué la fin d’une époque pour la Commission européenne, qui ne dispose actuellement d’aucun mandat politique pour imposer aux pays de l’UE des objectifs toujours plus élevés en matière d’énergies renouvelables sans porter atteinte à leur droit souverain de décider de leur propre bouquet énergétique.
Quelle que soit votre opinion sur les énergies renouvelables et le nucléaire, la question du futur bouquet énergétique de l’Europe est trop importante pour être simplement mise de côté. Avec les élections européennes qui auront lieu l’année prochaine et le lancement d’une consultation publique sur les politiques climatiques de l’UE à l’horizon 2040, les mois à venir sont un bon moment pour l’aborder.
– Frédéric Simon
Les principales actualités de la semaine
Pour appronfondir
- L’Allemagne s’éloigne de son objectif climatique pour 2030, avertissent les experts – (en anglais) Nikolaus J. Kurmayer
- Souveraineté énergétique : la politique de concurrence de l’UE doit évoluer, selon Antoine Armand – Paul Messad
- Marché carbone : les eurodéputés français jouent les trouble-fêtes chez les Verts – Paul Messad
- Marché du carbone : les prix du gaz et de l’essence pourraient grimper en flèche à partir de 2027, selon des experts – Jonathan Packroff
- Espagne : la surexploitation de l’eau d’un célèbre parc naturel, un véritable enjeu électoral – AFP et Paula Andrès
- Les ministres du G7 fixent de nouveaux objectifs ambitieux en matière de capacité solaire et éolienne – (en anglais) Reuters
L’actualité en bref
Une étude de la BEI met en évidence l’augmentation des investissements privés dans les technologies vertes. Selon une étude publiée par la Banque européenne d’investissement (BEI), la proportion d’entreprises européennes qui investissent dans l’action climatique, y compris l’efficacité énergétique, a atteint 53 % en moyenne.
L’augmentation, plus prononcée dans des régions telles que l’Europe centrale et de l’Est et dans les petites et moyennes entreprises, s’est accélérée en 2021 et cette tendance devrait se poursuivre. Les fabricants à forte consommation d’énergie sont plus susceptibles d’investir dans les technologies vertes que les autres : 48 % d’entre eux investissent actuellement, tandis que 57 % prévoient de le faire.
L’étude montre que 88 % des entreprises de l’UE ont investi dans des mesures d’atténuation — les plus populaires étant le recyclage et l’efficacité énergétique — en particulier en Europe occidentale et en Europe du Nord. En outre, les entreprises se sentent plus exposées aux risques climatiques physiques, tels que les phénomènes météorologiques extrêmes, en particulier dans les pays du sud de l’Europe.
« L’avenir de l’Europe dépend de notre capacité à nous transformer et à adopter les transitions numérique et écologique. Cela nécessite des investissements audacieux dans l’action climatique et l’atténuation des effets du changement climatique. Les entreprises de l’UE ont compris que le changement climatique n’est plus une réalité lointaine », a déclaré Debora Revoltella, économiste en chef de la BEI. Consultez l’intégralité du rapport ici.
(Valentina Romano | EURACTIV.com)
Agenda
AVRIL
- 18 et 19 AVRIL. Réunion informelle des ministres de l’Environnement.
MAI
- 17 MAI. Mesures visant à réduire les rejets de microplastiques dans l’environnement.
JUIN
- JUIN. Vote en plénière du Parlement européen sur la loi européenne sur la restauration de la nature.
- 6-7 JUIN. Semaine verte de l’UE.
- 19 JUIN. Conseil « Énergie ».
- 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
- 21 JUIN. Paquet pour un fret plus vert.
- 29 et 30 JUIN. Conseil européen.
- 30 JUIN. Date limite pour la mise à jour par les États membres européens de leurs plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) révisés
DEUXIÈME SEMESTRE 2023
- Q4. Révision du règlement Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques (règlement REACH).
- 26 et 27 OCTOBRE. Conseil européen.
- 30 NOVEMBRE—12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), Dubaï.
- 14 et 15 DÉCEMBRE. Conseil européen.