Énergies renouvelables : le combat a commencé pour fixer l'objectif de 2030
Une majorité d’États membres de l’UE a soutenu un objectif de 40% d’énergies renouvelables d’ici 2030, s’opposant aux 45% proposés par la Commission européenne et soutenus par le Parlement.
Une majorité d’États membres de l’UE a soutenu un objectif de 40% d’énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire d’ici 2030, ce qui est loin de l’objectif de 45% proposé par la Commission européenne et soutenu par le Parlement au début de l’année en réponse à la guerre menée par la Russie en Ukraine.
Accélérer le déploiement des énergies renouvelables est « un élément essentiel de notre programme visant à abandonner progressivement les combustibles fossiles russes » et à isoler Moscou, a déclaré Kadri Simson, commissaire européenne à l’Énergie, lors d’une réunion du Conseil Énergie de l’UE lundi (19 décembre).
Les 51 gigawatts de puissance éolienne et solaire installés en 2022 ont permis à l’UE d’économiser environ 10 milliards de mètres cubes de gaz, a-t-elle ajouté pour illustrer la contribution des énergies renouvelables à l’indépendance énergétique de l’Europe.
Le Parlement européen est d’accord. En septembre, les eurodéputés avaient voté à une écrasante majorité en faveur de l’objectif de 45 %. Leur avis compte puisque le Parlement a le même poids que les États membres de l’UE dans l’adoption des lois européennes.
Pourtant, les 27 ministres de l’Énergie de l’Union sont parvenus à trouver une majorité pour soutenir seulement un objectif de 40 %, proposé par l’exécutif européen l’année précédant l’invasion russe, réitérant ainsi une position déjà exprimée lors d’une réunion précédente, en juin.
La position du Conseil étant officiellement adoptée, des discussions dites de trilogue peuvent maintenant avoir lieu entre la Commission européenne, le Conseil et le Parlement pour tenter de trouver un compromis.
Avec des positions toujours très éloignées, les lignes de bataille sont maintenant tracées.
Front commun en Europe de l’est
Lors du Conseil Énergie de lundi (19 décembre), de nombreux États membres de l’UE se sont montrés sceptiques quant à la capacité à relever de l’objectif de l’UE en matière d’énergies renouvelables, et des pays essentiels comme la France refusaient d’approuver l’objectif de 45%.
Anna Moskwa, ministre polonaise du Climat et de l’Environnement, a fait partie de ceux qui ont appelé l’UE à s’en tenir à l’objectif de 40% convenu en juin.
« Nous sommes tous ambitieux en ce qui concerne les énergies renouvelables, mais cela ne signifie pas que nous devons changer l’objectif d’un jour à l’autre, c’est pourquoi nous aimerions conserver les objectifs déjà convenus », a déclaré la ministre polonaise à ses collègues, invitant les plus ambitieux à mettre en œuvre des objectifs plus élevés au niveau national.
Elle a été soutenue par ses homologues bulgares, slovaques et hongrois. Ce dernier ayant insisté sur le maintien de « l’objectif global de 40% d’énergies renouvelables dans l’UE ». La Roumanie a fait écho à ce point de vue, en déclarant qu’un objectif de 45% « entraînerait une plus grande incertitude » dans la réalisation des objectifs des États membres.
D’autres, en revanche, ne partagent pas cet avis.
Le nord, le centre et le sud de l’Europe à la rescousse
Dans une déclaration commune, huit États membres de l’UE — l’Autriche, le Danemark, l’Estonie, l’Allemagne, la Grèce, le Luxembourg, le Portugal et l’Espagne — ont exprimé leur soutien à l’objectif de 45% et ont appelé à « accroître l’ambition » lors des prochaines discussions avec le Parlement européen et la Commission pour finaliser la loi.
Claude Turmes, le ministre luxembourgeois de l’Énergie, a déclaré que les États membres de l’UE « seraient mal avisés » de se contenter d’un objectif inférieur. « Si nous voulons réussir à lutter contre le changement climatique et à réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles, nous allons devoir fixer des objectifs plus élevés en matière de renouvelables », a-t-il déclaré à ses homologues.
Robert Habeck, vice-chancelier allemand et ministre du Climat et de l’Économie, a abondé dans ce sens. « Nous devons modifier l’objectif », a-t-il déclaré, soutenant les appels de ses collègues portugais et luxembourgeois à approuver un objectif de 45% pour les énergies renouvelables.
Au cours de la réunion de lundi, M. Turmes a soutenu la déclaration commune en faveur de l’objectif de 45%, appuyée par huit États membres de l’UE.
« Si nous additionnons ces pays, nous avons une minorité de blocage », a-t-il averti à la fin de l’échange.
Ne se prononce pas : la France
La Croatie et l’Irlande ont voté en faveur de l’objectif de 40% dans le texte de compromis proposé par la présidence tchèque du Conseil de l’UE, mais ont déclaré qu’elles seraient disposées à envisager un objectif plus élevé lors des prochaines discussions avec le Parlement pour finaliser la loi. La Finlande a déclaré qu’elle « soutiendrait l’objectif de 45% lors du passage à la phase suivante des négociations ».
Les Pays-Bas, quant à eux, ont déclaré qu’ils « seraient heureux d’avoir un objectif plus ambitieux », mais qu’ils pourraient s’accommoder de la fourchette de 40 à 45% suggérée par le Danemark.
La France est le seul État membre important à ne pas s’exprimer sur le sujet, la ministre Agnès Pannier-Runacher se contentant de dire que Paris est « évidemment favorable au développement des énergies renouvelables en Europe ».
Elle a toutefois ajouté que la France est plus largement favorable à « tout ce qui contribue » à la décarbonation de l’économie et à l’abandon des combustibles fossiles, autrement dit à l’énergie nucléaire.
Les négociations finales après le Nouvel An
La directive sur les énergies renouvelables entre maintenant dans sa phase finale d’adoption. Des discussions tripartites doivent avoir lieu après le Nouvel An entre les États membres, la Commission et le Parlement sous les auspices de la présidence suédoise du Conseil.
Lors d’une conférence de presse après la réunion du Conseil, Kadri Simson n’a pas pu cacher sa déception face à la décision des ministres d’approuver un objectif de 40%.
« Bien sûr, la proposition initiale de la Commission était beaucoup plus ambitieuse », a-t-elle admis.
« Dans les faits, nous constatons qu’il est possible d’atteindre un objectif plus élevé que 40% en matière d’énergies renouvelables », a ajouté Mme Simson, en exprimant l’espoir que les États membres de l’UE rehaussent leurs ambitions lors des discussions avec le Parlement européen.
Lorsque l’Union européenne a mis à jour sa dernière directive sur les énergies renouvelables en 2018, le désaccord entre les institutions de l’UE était similaire, débattant entre un objectif de 30% et 35%. Au final, elles avaient trouvé un terrain d’entente à mi-chemin, à 32,5%.