Enquête de l’UE sur les véhicules électriques chinois : attaquer ou négocier ?

Alors que les tensions commerciales entre la Chine et l’UE ne cessent de croître, certains appellent à une négociation afin d’éviter une guerre commerciale.

Euractiv.com
Belgium EU China Summit
Les constructeurs automobiles allemands, en particulier, s’inquiètent des restrictions potentielles qui pourraient affecter leurs activités en Chine, le plus grand marché automobile du monde. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Alors que les tensions commerciales entre la Chine et l’UE ne cessent de croître — Bruxelles ayant déclaré être prête à imposer des droits de douane sur les véhicules chinois en cas de dumping avéré et Pékin ayant menacé de représailles — certains appellent à une négociation afin d’éviter une guerre commerciale.

La Commission européenne a lancé en septembre dernier une enquête sur les véhicules électriques chinois, qu’elle soupçonne d’avoir bénéficié de subventions créant un effet de distorsion sur le marché mondial.

Au terme de son enquête, elle pourrait imposer des droits de douane à toute importation de véhicules électriques chinois.

Dans une lettre envoyée au commissaire européen chargé du Commerce, Valdis Dombrovskis, dont Euractiv a découvert l’existence il y a quelques jours, le ministère chinois du Commerce a menacé de riposter en frappant les secteurs de l’agriculture et de l’aviation de l’Union.

Les experts s’attendent à ce que l’exécutif de l’UE présente les conclusions de son enquête et annonce des mesures préliminaires dès le 10 juin, au lendemain des élections. Dès novembre 2024, des barrières douanières plus importantes pourraient être mises en œuvre.

Selon David Kleimann, expert en commerce international auprès de l’ODI, un think tank spécialisé sur la géopolitique, l’annonce de droits de douane provisoires pourrait être considérée comme « un point de départ » pour des négociations entre les deux parties.

En conséquence, les barrières à l’entrée seraient plus basses que les niveaux préconisés à la suite de l’enquête, si les responsables chinois et européens arrivent à trouver un accord.

« La période de quatre mois entre juillet et novembre au cours de laquelle les droits provisoires s’appliqueraient offre une occasion idéale pour la Chine, l’UE, les États membres et les producteurs concernés d’entamer des discussions et des négociations sur d’éventuelles alternatives » à une guerre commerciale, a-t-il expliqué.

M. Kleimann a ajouté que des négociations avaient déjà commencé, la Chine ayant fait part de ses demandes et lignes rouges à la Commission.

L’Allemagne, par la voix de son ministre des Transports Volker Wissing, a déjà laissé savoir que les droits de douane n’étaient pas une bonne approche, et qu’un accord à l’amiable serait privilégié.

L’approche doit « toujours consister à créer une concurrence loyale au lieu de s’efforcer de l’entraver », a précisé le ministre.

Menaces et représailles

Les constructeurs automobiles allemands s’inquiètent particulièrement des restrictions qui pourraient affecter leurs activités en Chine, le plus grand marché automobile du monde.

Pour John Clarke, ancien responsable des affaires internationales à la Commission, le choix de la Chine de viser l’agriculture en guise de représailles n’est guère surprenant étant donné le caractère hautement sensible du secteur.

« L’agriculture a malheureusement tendance à être la première et la plus facile des victimes », souligne-t-il. Le secteur est aussi au cœur de toutes les attentions politiques et électorales dans de nombreux États membres.

À l’inverse, les menaces du géant asiatique de frapper Airbus, dont le siège est aux Pays-Bas, de sanctions est « un choix plus intéressant« , explique M. Clarke.

« La Chine a besoin d’Airbus en ce moment parce que [son concurrent américain] Boeing est considéré comme dangereux. D’autre part, la Chine pourrait profiter de [la suspension de l’accès d’Airbus à son marché] pour accélérer son propre secteur de transport aérien ».

« Toute négociation devrait logiquement avoir lieu après une décision sur les droits provisoires afin de maximiser l’effet de levier », conclut l’ancien fonctionnaire international.

Perspectives de négociation

Niclas Poitiers, expert sur les enjeux de politique commerciale au sein du think tank Bruegel, estime que « d’un point de vue européen, il est préférable de dialoguer avec Pékin, et régler cette question des subventions de manière concertée ».

Mais il nuance : « je ne pense pas que cela soit possible ». Il en veut pour preuve la nature complexe des subventions octroyées par le gouvernement chinois : si parfois l’État investit directement dans une entreprise, il peut aussi soutenir un secteur par un accès préférentiel aux prêts bancaires, pratique beaucoup plus opaque et compliquée à contrôler.

Idem pour l’accès préférentiel à des terrains bon marché pour la création d’usines, ou à la passation truquée de marchés publics.

Autant de types de financements différents qui ne sont pas forcément conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et qui engrangeraient de nouvelles questions juridiques complexes, explique le chercheur.

Le gouvernement américain a récemment augmenté ses droits de douane sur les voitures électriques chinoises de 25 % à 100 %, ce qui, selon les experts, enfreint les règles de l’OMC.

« La question clé est de savoir si le taux de droit de douane provisoire sera suffisamment incitatif pour que la Chine s’asseye à la table des négociations », résume David Kleimann.

[Édité par Théo Bourgery-Gonse & Anne-Sophie Gayet]