Entretien avec le commissaire Síkela sur le nouvel investissement de plus de 50 millions d’euros de l’UE au Groenland

La Commission européenne planche sur un nouveau programme d’investissement de plus de 50 millions d’euros destiné au Groenland, a indiqué à Euractiv le commissaire européen aux Partenariats internationaux, Jozef Síkela, alors que Bruxelles cherche à renforcer son ancrage sur ce territoire arctique stratégique.

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EU Foreign Affairs Council in Brussels
BRUSSELS, BELGIUM - MAY 26: le commissaire européen aux Partenariats internationaux, Jozef Síkela. [Getty Images/Dursun Aydemir_Anadolu]

Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des déclarations faites la semaine dernière à Davos par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui avait annoncé son intention d’intensifier la présence de l’Union européenne au Groenland, dans un contexte de rivalités géopolitiques croissantes autour de la région.

Ce nouvel engagement financier viendrait s’ajouter aux fonds déjà alloués par l’UE et précède la présentation du prochain budget pluriannuel, dont l’enveloppe consacrée au Groenland devrait déjà doubler pour atteindre 530 millions d’euros sur la période 2028-2034.

En début de semaine, Jozef Síkela s’est entretenu avec le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, ainsi qu’avec le représentant du Groenland auprès de l’Union européenne.

Alors que Copenhague et Nuuk ont été soumis ces dernières semaines à de fortes pressions de la part de Washington concernant l’avenir du Groenland, ce nouveau programme d’investissement envoie un signal à peine dissimulé de l’engagement européen dans la région.

Ce qui suit est une version éditée de notre entretien avec Jozef Síkela.

Euractiv : Quelle est l’ampleur de ce programme et quelle sera l’origine des fonds ?

Jozef Síkela : Le financement proviendra du budget de la Commission [cadre financier pluriannuel (CFP), NDLR]. Nous réaffectons certaines ressources dans le cadre des instruments que je supervise.

Ce qui est important, c’est qu’il s’agit d’une contribution tangible et substantielle qui s’ajoute au financement déjà approuvé dans le cadre financier pluriannuel actuel. Ce nouveau paquet intervient avant l’adoption du prochain CFP, dans lequel le montant consacré au Groenland devrait augmenter de manière significative.

Pouvez-vous donner un ordre de grandeur — s’agit-il de plus de 50 millions d’euros ?

Oui, ce sera plus de 50 millions d’euros.

Considérez-vous le Groenland comme faisant partie de la sphère d’influence de l’UE ?

C’est au peuple groenlandais d’en décider. D’après les discussions que j’ai eues, j’ai l’impression que le pays voit d’un œil positif la manière dont l’UE est prête à le soutenir. Mais il ne s’agit pas d’influence, mais de partenariat et de soutien au développement durable.

Une partie des fonds devrait être consacrée au secteur minier. Pourquoi est-ce une priorité, compte tenu des coûts élevés de l’extraction au Groenland ?

J’ai passé 30 ans dans le secteur bancaire international avant de me lancer dans la politique, notamment dans des activités liées aux marchés des matières premières. Il est vrai que l’extraction des matières premières au Groenland peut coûter plusieurs fois plus cher que dans d’autres régions.

Mais nous avons eu de mauvaises expériences avec un pays contrôlant les principaux flux d’approvisionnement. La manipulation des flux de gaz par la Russie a entraîné des hausses de prix extrêmes.

Dans le domaine des matières premières critiques, nous constatons des risques de concentration similaires, par exemple dans le cas des terres rares. Il s’agit donc d’une question de sécurité, de résilience et de stabilité à long terme, et pas seulement de profit immédiat.

Compte tenu des tensions récentes impliquant les États-Unis et du débat sur l’accès au Groenland, ce paquet est-il également un message adressé à Washington ?

Le partenariat transatlantique reste extrêmement précieux, tant pour la sécurité que pour le commerce et l’emploi des deux côtés de l’Atlantique.

L’administration américaine peut avoir des points de vue légèrement différents sur la manière de résoudre certains problèmes mondiaux. Nous continuons à croire au multilatéralisme, à l’État de droit, aux institutions internationales, à la Charte des Nations unies et au droit des pays à l’intégrité territoriale et à la souveraineté. Ces principes guident notre approche au Groenland comme ailleurs.