Espace Schengen : la Bulgarie s’indigne des commentaires « offensants » de Mark Rutte

En Bulgarie, le président et certains ministres ont réagi aux commentaires du Premier ministre néerlandais, qui a indiqué qu’il était possible de traverser la frontière bulgare avec un pot-de-vin de 50 euros.

EURACTIV Bulgarie
European Council in Brussels
Les relations entre les Pays-Bas et la Bulgarie se sont encore détériorées après que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a déclaré que la Bulgarie autorisait la corruption à ses frontières. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

En Bulgarie, le président et certains ministres ont réagi aux commentaires du Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui a indiqué qu’il était possible de traverser la frontière bulgare avec un pot-de-vin de 50 euros et que c’était l’une des raisons pour lesquelles il a bloqué la candidature de la Bulgarie à l’espace Schengen.

Selon les dernières recommandations d’experts de la Commission européenne, la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie sont prêtes à rejoindre l’espace Schengen, la zone de libre circulation de l’UE. Toutefois, les Pays-Bas s’opposent fermement à l’adhésion de la Bulgarie, et l’Autriche s’oppose quant à elle à l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie.

Les relations entre les Pays-Bas et la Bulgarie se sont encore détériorées après que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a déclaré que la Bulgarie autorisait la corruption à ses frontières.

« Récemment, trois policiers bulgares ont été tués alors qu’ils protégeaient la frontière extérieure de l’UE. Aujourd’hui, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a insinué de manière inacceptable que l’on pouvait franchir cette frontière pour 50 euros. Au lieu de bénéficier de la solidarité européenne, la Bulgarie a droit au cynisme ! » s’est exclamé vendredi soir (2 décembre) le président bulgare Rumen Radev.

Le procureur général bulgare Ivan Geshev a également critiqué le dirigeant néerlandais.

« Concernant la déclaration du Premier ministre du Royaume des Pays-Bas, Mark Rutte, au média public NOS indiquant qu’il “veut exclure la possibilité de franchir illégalement la frontière entre la Turquie et l’espace Schengen en Bulgarie avec un billet de 50 euros”, en tant que procureur général de la République de Bulgarie, je déclare que le cabinet du procureur ne dispose d’aucune donnée ou preuve à ce sujet », a déclaré son cabinet dans un communiqué.

Dans ce même communiqué, le cabinet demande également aux Néerlandais de fournir des données sur les affaires de pots-de-vin afin que celles-ci puissent faire l’objet d’une enquête et être traduites en justice devant une cour bulgare.

« La Bulgarie est un État membre de l’Union européenne et, en tant que tel, respecte et protège les valeurs européennes », peut-on encore lire dans le communiqué.

La réaction la plus virulente aux déclarations du néerlandais est venue de Stefan Yanev, ancien Premier ministre et actuel leader du parti conservateur et eurosceptique Réveil bulgare (Bulgarski vuzkhod, BV). Il est allé jusqu’à soumettre au parlement un projet de décision qui obligerait le Premier ministre bulgare à s’opposer à toutes les initiatives néerlandaises au niveau de l’UE.

Les ministres bulgares de la Justice et de l’Intérieur, Krum Zarkov et Ivan Demerdzhiev, ont également répondu à M. Rutte de manière très forte.

« Chaque jour, les forces de sécurité bulgares défendent […] la paix de tous les citoyens européens, y compris les Néerlandais, à la frontière extérieure terrestre la plus chargée de l’Union européenne, et ce en dépit de la pression migratoire accrue — qui est quatre fois supérieure à celle de l’année dernière », a expliqué le ministre bulgare de l’Intérieur, Ivan Demerdzhiev, qui s’est rendu aux Pays-Bas avec le ministre des Affaires étrangères Nikolay Milkov cette semaine pour tenter de faire changer La Haye de position.

« Les insinuations selon lesquelles on peut franchir la frontière pour 50 euros sont extrêmement offensantes. Nos efforts ne méritent pas d’être insultés », a-t-il poursuivi.

Le ministre bulgare de la Justice, Krum Zarkov, a déclaré que « les Bulgares sont morts pour nous protéger, mais aussi pour protéger [les Néerlandais] » et a appelé M. Rutte à rester « prudent ».

Réticence à l’élargissement de l’UE dans les Balkans

Ces commentaires interviennent après qu’un rapport a révélé qu’une grande partie de l’opinion publique néerlandaise n’est pas convaincue par la perspective de l’élargissement de l’UE.

En effet, en plus d’avoir déjà mis des bâtons dans les roues de divers candidats par le passé, les Néerlandais ne sont généralement pas très favorables à l’élargissement de l’Union.

Une enquête réalisée par le Balkans in Europe Policy Advisory Group (BiEPAG), le Fonds européen pour les Balkans (EFB) et le think tank néerlandais d|part révèle une légère amélioration des perceptions, mais les chiffres ne sont toujours pas rassurants pour les pays dans la salle d’attente de l’UE.

L’enquête révèle que quelque 45 % pensent que l’élargissement à la région serait positif ou très positif, tandis que 55 % pensent qu’il serait négatif, très négatif, ou ne sont pas sûrs.

Par ailleurs, 49 % pensent que l’élargissement aux Balkans occidentaux pourrait avoir un impact négatif ou neutre sur leur vie. Les principales craintes et préoccupations concernent l’État de droit, les droits civils et l’utilisation de l’argent des contribuables néerlandais.

Le Dr Jan Eichhorn, directeur de recherche chez d|part et co-auteur de l’étude, a déclaré que cette situation pouvait être améliorée en communiquant davantage avec les citoyens sur le fonctionnement de l’UE, a déclaré.

« Au lieu de cela, les inquiétudes concernant l’élargissement sont souvent le reflet de préoccupations concernant le fonctionnement de l’UE en général. Ainsi, commencer par engager les citoyens avec les institutions et les processus européens existants est la meilleure façon de construire un soutien à l’expansion. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]