Espagne : le scrutin européen marqué par des questions nationales, sur fond de montée de l’extrême droite

La campagne pour les Européennes en Espagne a été animée par des questions nationales délicates : les socialistes au pouvoir mettent en garde contre la montée de l’extrême droite, tandis que le Partido Popular attaque ce qu’il qualifie de « capitulation » face aux séparatistes catalans.

EFE avec EURACTIV.com
This article is part of our special report "Tour d’horizon des capitales à l’approche des élections européennes"
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L’Espagne a fait l’objet d’une polarisation politique extrême entre deux grands blocs : la gauche, avec le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sánchez et le parti progressiste Sumar, et la droite, avec le PP et le parti d’extrême droite Vox, qui gouvernent ensemble dans plusieurs régions et conseils municipaux, même si ce n’est pas toujours en parfaite harmonie.

La campagne pour les élections européennes en Espagne a été animée par des questions nationales délicates : les socialistes du Premier ministre Pedro Sánchez mettent en garde contre la montée de l’extrême droite dans le pays, tandis que le Partido Popular (PP, Parti populaire européen/PPE), parti d’opposition, attaque la loi d’amnistie pour les séparatistes catalans, qu’il qualifie de « capitulation » des socialistes.

Selon une enquête Eurobaromètre de 2023, 83 % des Espagnols se sentent « très européens » et souhaitent un renforcement des pouvoirs de l’Union, soit 11 % de plus que la moyenne européenne. Cependant, les débats électoraux dans le pays ne mentionnent guère les grandes questions qui animent l’UE, telles que l’immigration, l’agriculture ou encore la sécurité et la paix.

Au lieu de cela, les débats électoraux ont été marqués par des questions d’ordre national.

L’Espagne a fait l’objet d’une polarisation politique extrême entre deux grands blocs : la gauche, avec le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sánchez et le parti progressiste Sumar, et la droite, avec le PP et le parti d’extrême droite Vox, qui gouvernent ensemble dans plusieurs régions et conseils municipaux, même si ce n’est pas toujours en parfaite harmonie.

Les Européennes, un tremplin pour le PP

Les principaux thèmes de campagne du PP et de sa tête de liste, Dolors Montserrat, visent à faire des élections européennes un tremplin pour le parti en vue des prochaines élections nationales, au terme desquelles le parti espère revenir au pouvoir.

Le parti de droite espère que Pedro Sánchez ne pourra pas terminer son mandat (qui s’achève en 2027) et que des élections anticipées seront convoquées si les séparatistes catalans lui retirent leur soutien essentiel au parlement.

Le PP et Vox centrent en grande partie leur campagne européenne sur la loi d’amnistie controversée pour les séparatistes catalans adoptée jeudi dernier (30 mai) par le parlement espagnol, qu’ils considèrent comme anticonstitutionnelle.

Dans ce contexte, le PP a lancé une offensive politique à Bruxelles contre la loi, pour laquelle il bénéficie du soutien total de Manfred Weber, chef du PPE.

La plupart des sondages — sauf un — prévoient une victoire du PP aux Européennes, avec entre 22 et 23 sièges (33,5 % des voix), suivis du PSOE, avec 20-21 sièges (31 %), de Vox, avec entre cinq et six sièges (8,9 %), de Sumar, avec jusqu’à quatre sièges (6 %), et du parti de gauche Podemos, avec un ou deux sièges (3,9 %).

L’Espagne disposera de 61 sièges dans le prochain Parlement européen, soit deux de plus qu’actuellement.

Alors que le PP, qui a remporté les élections générales anticipées du 23 juillet 2023 mais n’a pas pu former une majorité pour accéder au pouvoir, considère les élections européennes comme une étape vers la prise du pouvoir au niveau national, Pedro Sánchez et le PSOE soulignent le risque de voir les forces « ultra » gagner en puissance, comme le prévoient la plupart des sondages.

Alliance internationale d’extrême droite

Vox, troisième parti au parlement espagnol, fait partie de l’extrême droite montante de l’UE, avec toutes les forces des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), qui est le groupe européen auquel ils appartiennent, et le groupe Identité et Démocratie (ID), qui représentent un « grave danger » pour l’UE, comme l’a récemment déclaré la tête de liste du PSOE, Teresa Ribera.

Pour renforcer le message sur la menace que représente l’extrême droite, Pedro Sánchez a appelé les Espagnols à voter pour le PSOE et à éviter l’Europe de l’ex-Premier ministre espagnol membre du PP José María « Aznar, [du président du PP Alberto Núñez] Feijóo, [de la présidente de la communauté de Madrid et membre du PP Isabel Díaz] Ayuso, [du Premier ministre israélien Benyamin] Netanyahou, [du président argentin et membre du Parti libertarien Javier] Milei et [de la Première ministre italienne du parti Fratelli d’Italia Giorgia] Meloni », qui préside également le Parti des conservateurs et réformistes européens.

Sumar veut « envoyer le PP et Vox en enfer »

Pedro Sánchez a fait savoir que le PP et Vox devaient être stoppés de toute urgence par les électeurs. Il a également mis en garde contre d’éventuelles alliances entre le PPE et le groupe CRE, comme l’a récemment laissé entendre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, tête de liste du parti de centre droit européen, qui était en Espagne ce week-end pour soutenir le PP.

Sumar, dirigé par la vice-première ministre et ministre du Travail Yolanda Díaz, joue également sur la peur des forces « ultra » en amont des élections européennes et utilise des messages directs pour attirer les électeurs.

Le week-end dernier, le parti a déployé une grande affiche dans une rue centrale de Madrid sur laquelle on pouvait lire : « Envoyez-les en enfer. Votez Sumar le 9 juin ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]