Espagne : Sumar veut unir les forces progressistes pour faire barrage à la droite
La formation politique Sumar cherche à unir les forces progressistes espagnoles afin d’empêcher une future coalition entre le Parti populaire de centre-droit et Vox, un parti d’extrême droite, après les élections générales de décembre.
La formation politique Sumar cherche à unir les forces progressistes espagnoles afin d’empêcher une future coalition entre le Parti populaire (Partido Popular, PP) de centre droit et Vox, un parti d’extrême droite, après les élections générales de décembre.
Sumar dispose d’une « arme secrète » pour se lancer dans la course : Yolanda Díaz, la ministre du Travail dans le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez. Selon les médias espagnols, elle devrait annoncer sa candidature officielle avec la formation politique en mars.
Mme Diaz a beaucoup participé aux activités de cette nouvelle formation, notamment à plusieurs rassemblements politiques dans le cadre d’une tournée à travers l’Espagne pour présenter le programme politique de Sumar.
La décision de Mme Díaz de présenter sa candidature, et peut-être d’abandonner sa coalition électorale actuelle, Unidas-Podemos, pourrait être un facteur décisif pour renforcer les chances d’un bloc de gauche uni comprenant également Unidas Podemos et le Parti socialiste ouvrier espagnol (Partido Socialista Obrero Español, PSOE) avant les nouvelles élections.
Les élections municipales auront lieu en mai, un scrutin que de nombreux analystes considèrent comme le premier test de résistance pour la coalition du Premier ministre socialiste avec Unidas Podemos.
Les élections générales auront quant à elles lieu en décembre, lors du dernier mois de la présidence espagnole du Conseil de l’UE, qui commence le 1er juillet.
Une nouvelle alternative de gauche
« Nous traversons une mauvaise passe, mais nous sommes bien mieux lotis que lorsqu’ils [le Parti populaire] ont géré la crise précédente », a souligné Mme Díaz lors d’un rassemblement de Sumar organisé samedi (25 février) à Murcie, dans le sud-est du pays.
Elle a défendu la nécessité d’avoir des alternatives politiques aux partis « traditionnels », à savoir le PSOE et PP. Selon elle, le système bipartisan « est un échec qu’ils [les deux partis] veulent ressusciter et qui ne résout pas les problèmes ».
Elle a reproché au leader du PP, Alberto Núñez Feijóo, de se vanter de l’expérience de son gouvernement « sans dire que lorsque le PP était au pouvoir, le taux de chômage en Espagne était de 27 %, le taux de chômage des jeunes de 56 %, qu’il a renfloué les banques [en 2008/2009] et a remis à l’Europe une réforme du travail qui a appauvri la classe ouvrière ».
« Il [M. Nuñez Feijóo] ne veut pas réévaluer les retraites ou augmenter le salaire minimum, mais il s’inquiète déjà de Sumar, qui sera la grande surprise de 2023, et il s’inquiète parce qu’il sait ce qui arrive aux dirigeants du PP quand ils ne gagnent pas les élections », a-t-elle déclaré.
Elle a insisté sur le fait que Sumar est la garantie d’un gouvernement de coalition progressiste pour les dix prochaines années. La ministre estime par ailleurs qu’il s’agit du temps nécessaire pour aborder les changements dont l’Espagne a besoin.
En ce qui concerne la politique étrangère, la formation progressiste a une vision claire de ce qu’il faut faire pour arrêter la guerre en Ukraine et éviter une escalade du conflit. En effet, elle estime — tout comme Unidas Podemos, que la réponse n’est pas d’intensifier les envois de chars et d’autres armes offensives européennes vers Kiev.
Geler les dépenses de défense et renforcer l’autonomie militaire de l’UE
Dans une tribune pour le Le Grand Continent, Mme Díaz souligne que les citoyens européens « ne doivent pas et ne peuvent pas compter éternellement sur les Américains pour leur sécurité ». En effet, selon elle, l’UE a besoin, « d’une lecture autonome du monde ».
« Tant que nous dépendrons des États-Unis pour notre sécurité, nous n’aurons pas l’autonomie nécessaire pour décider et organiser notre propre rôle vis-à-vis, par exemple, de la Chine […] », a-t-elle souligné.
« Nous devons transférer ces responsabilités d’une OTAN instable vers un espace européen de sécurité soumis à un contrôle démocratique. Pour ce faire, nous n’avons pas besoin de plus de dépenses de défense, mais de dépenses plus coordonnées, de systèmes d’acquisition et d’investissement partagés », a ajouté la ministre.
Une grande coalition avec des forces de gauche hétérogènes ?
Dans l’esprit de Mme Díaz, il pourrait s’agir d’une union de toutes les forces progressistes de gauche, y compris le PSOE, afin d’empêcher un futur gouvernement formé par le PP et Vox, que de nombreux experts voient à la tête du pays si le parti de centre droit n’obtient pas une victoire claire aux élections pour gouverner seul.
Vox est actuellement la troisième force du parlement espagnol et gouverne avec le PP dans la région de Castille et León.
La gauche espagnole et le PSOE ont à plusieurs reprises mis en garde contre les nombreux « dangers » qu’un tel duo conservateur pourrait représenter pour les droits et libertés des citoyens, mais la possibilité d’une coalition est sur la table.
La « réponse préventive » de Sumar à cette éventualité pourrait être une grande coalition de gauche avec des forces progressistes très hétérogènes, allant du PSOE de centre gauche à la fédération de partis post-communiste Gauche Unie (Izquierda Unida, IU), en passant par Más País ou encore Compromís (un parti régional de gauche à Valence).
La formation progressiste Sumar propose de mettre les citoyens au centre de toutes les actions politiques et de leur faire prendre conscience qu’une autre façon de faire de la politique est possible.
« Nous devons traiter avec respect les citoyens qui souffrent après la pandémie et, à présent, avec les effets de la guerre en Ukraine. La politique a pour objectif d’établir la confiance », a-t-elle indiqué.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]