Crispation autour des quotas de réfugiés au sommet européen

Les dirigeants européens ont clôturé la première journée du Conseil européen par un dîner houleux autour de l'enjeu de la répartition des migrants.  

EURACTIV.com
Jean-Claude Juncker et Donald Tusk [<a href="http://ec.europa.eu/avservices/photo/photoDetails.cfm?sitelang=en&ref=035923#32" target="_blank" rel="noopener">[European Commission]</a>]

Les dirigeants européens ont clôturé la première journée du Conseil européen par un dîner houleux autour de l’enjeu de la répartition des migrants.

La majorité des dirigeants européens ont quitté les quartiers généraux du Conseil à Bruxelles sans s’adresser à la presse dans la nuit de vendredi, après un débat tendu de plus de deux heures sur la migration.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le président du Conseil, Donald Tusk, n’ont pas organisé de conférence de presse commune, contrairement à leur habitude lors des sommets.

« La discussion était intense car les divergences d’opinion sont encore abyssales », a déclaré le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, après les longues tractations autour du dîner. « Il n’y a pas de solution pour trouver un consensus sur les quotas. »

Quant au Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, il a déclaré aux journalistes : « il est dangereux de croire que nous pouvons faire sans un mécanisme permanent ».

Les chefs d’État se retrouvent à nouveau le vendredi 15 décembre pour parler du Brexit et de l’union économique et monétaire.

Les tensions avaient déjà éclaté entre la Commission et le Conseil après que Donald Tusk a qualifié la proposition de l’exécutif pour des quotas obligatoires de répartition des réfugiés entre les États membres d’« inefficace », dans une lettre aux chefs d’État et de gouvernement.

Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais, a demandé aux dirigeants de se mettre d’accord sur une solution d’ici à juin 2018. Sa lettre qui n’a pas été bien reçue par la Commission et qualifiée d’« anti-européenne » par le commissaire en charge de la migration, Dimitris Avramopoulos.

Dans une brève déclaration aux journalistes à sa sortie du sommet, Jean-Claude Juncker a déclaré que les dirigeants avaient discuté de manière controversée autour de la proposition de Donald Tusk.

Selon une source européenne, le terme « anti-européen » n’a pas surgi durant le débat « sobre et honnête » sur la migration.

Elle a également assuré que le sommet était l’occasion de discuter de la réponse de l’UE à l’immigration depuis le Moyen-Orient et les pays africains car le nombre de personnes arrivant en Europe chutait depuis le pic de la crise en 2015.

Malgré tout, même la baisse du nombre de réfugiés n’a pas aidé les dirigeants à surmonter leurs désaccords.

Ils sont divisés sur les quotas obligatoires : les pays du sud, dont l’Italie, veulent que chaque pays soit obligé d’accueillir des réfugiés alors que certains pays de l’est s’y opposent.

La Commission a introduit le mécanisme de quotas en 2015 pour aider la Grèce et l’Italie à gérer l’afflux de demandeurs d’asile. La semaine dernière, l’exécutif européen a poursuivi la République tchèque, la Pologne et la Hongrie devant la Cour de justice de l’UE car ces pays ignorent les quotas de relocalisation des réfugiés depuis la Grèce et l’Italie.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a fustigé la proposition de Donald Tusk de reconsidérer le système de quotas. « Je ne suis pas d’accord avec la simple déclaration selon laquelle les règles que nous avons mis en place de marchent pas. Nous avons encore beaucoup de travail à ce sujet », a-t-elle commenté à sa sortie du Conseil.

« La solidarité ne peut pas seulement avoir une dimension externe, elle doit aussi exister en interne », a-t-elle ajouté. L’Allemagne a accepté plus d’un million de réfugiés en 2015.

Certains dirigeants ont soutenu le travail de la Commission consistant à réduire le nombre de migrants arrivant par la Méditerranée.

Le chancelier autrichien sortant, Christian Kern, a salué l’Italie, la Commission et Angela Merkel pour l’élaboration d’un projet pour réduire la migration depuis la Libye et pour l’accord UE-Turquie de 2016 pour juguler la migration.

Selon lui, la baisse des chiffres de la migration a ôté un peu de pression du débat sur les quotas, mais « il manque encore une approche globale ».

En début de journée (14 décembre), les Premiers ministres des pays de Višegrad – Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie – ont promis 35 milliards d’euros pour soutenir le programme italien de réduction de la migration depuis la Libye vers l’Europe.

Dans une déclaration, le groupe des pays de l’est a soutenu que l’engagement financier reflétait la volonté des pays de régler le problème de la migration en s’attaquant à ses causes. Le groupe de Višegrad s’oppose au système de quotas obligatoires.

Une source européenne a confirmé que l’engagement des quatre pays était important mais qu’il ne serait pas décisif dans le débat sur les quotas.

« Nous continuerons à insister sur la nécessité d’un engagement vis-à-vis de la relocalisation des réfugiés », a déclaré le Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, à son arrivée au sommet.