Européennes 2024 : au Parlement européen, un glissement vers la droite attendu

Les partis anti-UE, populistes et d’extrême droite devraient remporter un nombre important de voix lors des élections européennes de juin, selon un rapport du Conseil européen pour les relations internationales, un groupe de réflexion indépendant.

Euractiv.com
Election,In,European,Union,-,Voting,At,The,Ballot,Box.
Les partis populistes anti-UE devraient arriver en tête des sondages dans neuf États membres de l’Union européenne, notamment en Autriche, en Belgique, en République tchèque, en France, en Hongrie, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne et en Slovaquie, selon les dernières projections du Conseil européen pour les relations internationales. [Shutterstock/Ivan Marc]

Les partis anti-UE, populistes et d’extrême droite devraient remporter un nombre important de voix lors des élections européennes de juin, selon un rapport publié mercredi (24 janvier) par le Conseil européen pour les relations internationales (European Council on Foreign Relations), un groupe de réflexion paneuropéen indépendant.

« Les résultats de notre analyse devraient sonner l’alarme auprès des responsables politiques de l’UE quant aux enjeux des élections du Parlement européen de 2024. Les implications de ce vote sont considérables en ce qui concerne l’orientation géopolitique du Conseil européen et de la Commission européenne à partir de 2024 », a déclaré le groupe.

Les partis populistes anti-UE devraient arriver en tête des sondages dans neuf États membres de l’Union européenne, notamment en Autriche, en Belgique, en République tchèque, en France, en Hongrie, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne et en Slovaquie, selon les dernières projections du Conseil européen pour les relations internationales.

Selon les derniers sondages, ils arriveraient également en deuxième ou troisième position en Bulgarie, en Estonie, en Finlande, en Allemagne, en Lettonie, au Portugal, en Roumanie, en Espagne et en Suède.

Alors que le Parti populaire européen (PPE) et l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates européens (S&D) continuent à perdre des sièges, les gains les plus importants devraient être réalisés par les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et le groupe populiste d’extrême droite Identité et Démocratie (ID), selon les dernières projections de du groupe de réflexion.

Europe Elects a lui aussi prévu des gains pour la droite, ID devant devenir le quatrième groupe le plus important au sein du Parlement européen.

Les politologues Simon Hix et Kevin Cunningham, qui ont rédigé le rapport pour le groupe de réflexion, prévoient que l’équilibre des pouvoirs se déplacera vers la droite au sein du Parlement européen.

Près de la moitié des sièges au Parlement pourraient échapper à la « super grande coalition » du PPE conservateur, du S&D de centre gauche et du groupe libéral Renew, qui devraient passer de 60 % à 54 % ensemble, selon les projections de l’étude. Les auteurs avertissent que cette proportion pourrait ne pas être suffisante pour garantir une victoire du centre.

Les coalitions de gauche et de centre gauche devraient elles aussi perdre des sièges, et même si elles obtiennent le soutien de Renew, elles ne disposeront que de 45 % des sièges au sein de l’hémicycle, soit une baisse de 5 % par rapport à la situation actuelle.

En outre, bien que la coalition de centre droit composée du PPE, de Renew et du CRE pourrait perdre des sièges, une coalition populiste de droite composée du PPE, du CRE et d’ID gagnera probablement des sièges pour atteindre une part commune de 49 %.

En outre, 28 partis nationaux n’ont pas encore déterminé leur appartenance politique au niveau européen, les plus importants étant Frères d’Italie (Fratelli D’Italia), le Mouvement 5 étoiles (Movimiento 5 Stelle) italien — qui pourrait rejoindre le groupe de La Gauche (GUE/NGL) — et le Fidesz hongrois. La plupart de ces partis devraient rejoindre des groupes situés plus à droite que le PPE, à moins que ceux qui sont non affiliés le restent.

Concrètement, cela pourrait signifier la création d’une coalition majoritaire de droite au Parlement pour la première fois depuis sa création — ce qui aurait des conséquences sur la prise de décision au niveau européen, a expliqué Susi Dennison, membre senior du Conseil européen pour les relations internationales, à Euractiv.

En raison de cela, « dans des domaines clés tels que la migration, le climat, le soutien à l’Ukraine, certains consensus, qui sont restés présents dans la politique européenne au cours des cinq dernières années sous le parlement actuel, deviendront plus difficiles à faire passer », a déclaré Mme Dennison.

Par exemple, en matière de politique environnementale, les voix de centre gauche ont pris le dessus dans les configurations précédentes, mais seulement avec des marges faibles. Le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et les actions politiques en faveur du climat pourraient faire les frais d’un glissement vers la droite au sein de l’Assemblée de l’UE.

Mme Dennison a déclaré qu’avec la composition prévue du Parlement, le vote en faveur de la loi sur la restauration de la nature adoptée par les eurodéputés en juillet dernier, qui était déjà passé de justesse, ne passerait plus, par exemple.

« C’est la combinaison d’un plus grand nombre de votes pour les groupes d’extrême droite et d’une plus grande volonté du centre de coopérer avec la droite qui entraînera ce changement », a déclaré Mme Dennison.

Une position davantage pro-russe ?

En ce qui concerne la guerre en Ukraine, plus d’eurodéputés ayant des positions pro-russes pourraient rejoindre le Parlement européen. En matière de politique fiscale, il pourrait également y avoir une plus grande pression en faveur d’une moins grande centralisation de ces politiques.

Les auteurs de l’étude prévoient toutefois que les schémas de vote concernant la plupart des mesures resteront inchangés.

« Nous n’assisterons pas à un changement radical dans la composition du Parlement européen, mais nous assisterons à un important glissement vers la droite », a souligné Mme Dennison. « Il s’agira d’une augmentation du pouvoir des partis d’extrême droite plutôt que de quelque chose de radicalement nouveau. »

Ces résultats pourraient symptomatiques d’une tendance populiste croissante au niveau de l’UE, mais ils pourraient aussi annoncer la couleur pour d’autres élections au niveau national. Dans les États membres clés que sont la France, l’Allemagne et l’Autriche, les groupes de droite qui gagneront des sièges pourraient présager une tendance similaire pour les élections à venir dans ces pays.

Connexions personnelles avec Donald Trump

Selon Mme Dennison, les projections fournissent également des indices sur la relation potentielle entre les prochains législateurs de l’UE et les États-Unis, et notamment le candidat à la prochaine présidentielle et ex-président Donald Trump.

« Je pense clairement que si vous avez une administration Trump II et un Parlement européen plus à droite, les Européens seront très peu enclins — du point de vue de la relation transatlantique — à faire autre chose que de lever le pied en matière d’action climatique et d’adopter une approche très nationaliste en matière d’immigration, centrée sur la fermeture des frontières », a noté Mme Dennison.

Interrogée pour savoir si les États-Unis protégeraient encore les alliés européens dans le cas d’un deuxième mandat de M. Trump, Mme Dennison a déclaré que les dirigeants d’extrême droite, comme Marine Le Pen en France et Viktor Orbán en Hongrie, pourraient tirer parti de leurs relations personnelles avec le milliardaire américain pour garantir la sécurité de l’Europe.

Mme Dennison pense « qu’ils intensifieront leurs relations personnelles avec l’administration Trump pour s’assurer qu’ils sont ceux qui peuvent offrir [à l’UE] le type de relation avec les États-Unis qui [garantit] la sécurité de leurs votes. »

Une deuxième administration Trump n’est pas la seule éventualité à laquelle l’Europe doit se préparer, a averti Mme Dennison.

Témoin des difficultés du Congrès américain à accorder un soutien pour l’Ukraine et une résolution concernant le conflit entre Israël et Gaza, elle a ajouté qu’une seconde administration Biden pourrait également contraindre l’Europe à agir de manière indépendante sur la scène mondiale.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]