Européennes 2024 : le Pacte vert ranime le vieux clivage gauche-droite

Les principales têtes de liste françaises pour les élections européennes ont débattu mardi (16 avril) à Angers du Pacte vert, offrant un retour aux vieux clivage gauche/droite.

Euractiv France
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Point de presse des eurodéputés français (à gauche, François-Xavier Bellamy, à droite, Raphaël Glucksmann) suite au débat sur l'état de l'Union européenne 2023 [Union européenne 2023]

Les principales têtes de liste françaises pour les élections européennes ont débattu mardi (16 avril) à Angers du Pacte vert, offrant un retour aux vieux clivages gauche/droite.

Les élections européennes « sont probablement les élections les plus importantes auxquelles nous avons à faire sur les sujets environnementaux », a déclaré en préambule des débats Jean-Marc Jancovici, témoin d’honneur de la soirée organisée par l’association Les Shifters.

« 80-90 % des mesures environnementales sont d’inspiration européenne », a-t-il rappelé. Le pacte vert européen (EU Green Deal), pierre angulaire des politiques de l’UE pour atteindre la neutralité carbone en 2050, n’est pas pour démentir le célèbre ingénieur.

Depuis son lancement en 2019, il fait les frais des désaccords profonds entre les groupes de gauche et de droite au Parlement européen, ravivant les clivages traditionnels. À l’approche des élections européennes des 6 et 9 juin prochains, et à l’aube d’une possible restructuration des équilibres dans l’hémicycle strasbourgeois, les principales têtes de liste françaises se sont vues poser la question suivante : « quel avenir pour le Pacte vert européen  ? »

Thèmes abordés : la fin de vente des voitures thermiques neuves, le mix énergétique européen ou encore le financement de la transition climatique.

La fin des voitures thermiques

Les têtes de liste ont d’abord été interrogées sur la fin de vente des véhicules thermiques neufs en 2035, adoptée non sans mal en mars 2023. La mesure climatique la moins populaire d’Europe dispose du soutien des élus de gauche, pied au plancher, quand ceux de droite écrasent la pédale de frein.

Si tous sont d’accord pour développer les alternatives à la voiture thermique, à gauche, Manon Aubry (La France insoumise, groupe La gauche) et Raphaël Glucksmann (Parti socialiste-Place publique, groupe S&D) ont insisté sur l’impérieuse nécessité, selon eux, de développer les transports publics à moindres frais pour les classes moyennes et pauvres.

La tête de liste du camp d’Emmanuel Macron (Renaissance, groupe Renew) Valérie Hayer, a, quant à elle, énuméré les mesures déployées par le gouvernement pour faire advenir l’alternative électrique (leasing social, déploiement accéléré de bornes de recharge, etc.).

Elle a rappelé que les véhicules d’occasion n’étaient pas concernés par le leasing social, ce qui a fait dire au leader conservateur (Les républicains, groupe PPE) François-Xavier Bellamy que l’UE allait devenir le prochain Cuba avec « un secteur du transport à deux vitesses » divisé entre les véhicules électriques neufs et les voitures thermiques d’occasion.

De toute façon, pour le député français Jean-Philippe Tanguy, représentant du Rassemblement national (groupe ID) en l’absence de la tête de liste Jordan Bardella, « l’objectif 2035 est déjà mort », puisqu’inatteignable.

Une remarque qui pourrait se révéler vraie en cas d’instabilité réglementaire, a laissé entendre le patron du conglomérat de constructeurs Stellantis, Carlos Tavares, dans les colonnes du quotidien Les Echos mardi.

Sa solution : « arrêtez de changer les règles ou de laisser penser qu’elles pourraient changer » en maintenant l’objectif de fin des voitures thermiques neuves en 2035.

La tête de liste écologiste (Les verts/ALE) Marie Toussaint a aussi insisté sur le besoin de donner de la « visibilité aux industriels » plutôt que de réduire les ambitions.

Énergie et climat

Mme Toussaint a profité du débat pour défendre la réduction drastique de la consommation d’énergie et le développement massif des renouvelables. Deux thèmes également vantés par Mme Aubry et M. Glucksmann.

« Il ne faut pas confondre la fin et les moyens », selon le candidat socialiste. M. Glucksmann n’oppose pas nucléaire et renouvelable, mais rappelle qu’en matière de renouvelable, la France est en retard sur ses objectifs.

La France, en effet, n’a pas atteint les objectifs européens qui lui ont été fixés pour 2020 et rechigne à reconnaître ceux qui doivent lui être attribués pour 2030.

« Sanctionner la France parce qu’elle n’atteint pas son objectif de renouvelable alors que son mix est décarboné […] c’est une absurdité totale », s’emporte de son côté M. Tanguy.

La solution réside, selon lui, dans la relance du nucléaire, notamment de 4e génération, capable de générer beaucoup d’énergie avec peu de matière.

Sur une ligne similaire, M. Bellamy rappelle surtout que le premier objectif est de sortir, au niveau mondial, du charbon. Il avance également que pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’une des mesures les plus efficaces est d’élargir le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE, adopté en décembre 2022. Il permet d’interdire l’accès au marché unique européen des produits étrangers qui ne respecte pas les standards environnementaux de l’UE.

Financement

In fine, « qui paye ? » pour les milliards d’euros qu’il sera nécessaire d’investir en Europe et en France pour la transition énergétique, demande Mme Aubry.

Les besoins d’investissement sont en effet gigantesques, de plus de 60 milliards d’euros par an en France d’ici à 2030, dont un peu moins de la moitié pour la rénovation des bâtiments.

En ce domaine – l’UE vient d’adopter un texte clivant – M. Glucksmann propose un emprunt commun à l’échelle européenne, et de taxer les « superprofits » et les plus hauts patrimoines.

M. Bellamy, dont le groupe a voté contre la directive sur la rénovation énergétique des bâtiments (energy performance building directive, EPBD, en anglais), préfère « mobiliser l’épargne des Européens ».

Pour M. Tanguy, il faudrait surtout faire marcher la planche à billets en déployant une politique « d’assouplissement quantitatif » (quantitative easing, en anglais) consistant à injecter des liquidités dans l’économie.

Clivage gauche/droite

In fine, l’élu d’extrême droite considère que la transition écologique n’est possible qu’en remettant sur la table le vrai problème : la « mondialisation ». Le Green Deal, en ce sens, n’étant qu’une « fausse promesse », un plan de plus parmi « tous les plans qui ont échoué ».

M. Bellamy, lui, souhaite décloisonner au plus vite la question climatique des questions économiques et sociales, ce que le Green Deal ne serait pas en mesure de faire.

Mme Hayer propose de lancer, en parallèle du Green marché, un « Blue Deal » tourné vers la protection de l’économie et de l’environnement marin, dans le sillage d’une proposition similaire portée par des eurodéputés en octobre dernier.

À gauche, les élus veulent aller plus loin. Mme Aubry prône la sortie totale du libre-échange, quand Mme Toussaint rappelle que son groupe plaide, depuis le lancement du Green Deal, pour rehausser le rythme européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« L’UE devrait viser une réduction des émissions de gaz à effet de serre 70 à 75 % d’ici 2030 [par rapport à 1990] », a-t-elle conclu.