Européennes 2024 : les libéraux allemands accusent les conservateurs de « cacher » Ursula von der Leyen

Le Parti libéral-démocrate allemand (FDP) a accusé ses opposants de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de « cacher » leur tête de liste aux élections européennes — la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen — en raison de ses performances politiques médiocres.

Euractiv.com
Free Democratic Party (FDP) party congress in Berlin
Bien que Mme von der Leyen soit officiellement la tête de liste du PPE, elle ne figure pas sur les affiches. [EPA-EFE/HANNIBAL HANSCHKE]

Le Parti libéral-démocrate allemand (FDP) a accusé ses opposants de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de « cacher » leur tête de liste aux élections européennes — la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen — en raison de ses performances politiques médiocres.

Lors d’une convention de deux jours à Berlin samedi (27 avril), six semaines avant les élections européennes, le FDP (Renew Europe) a intensifié son offensive contre la CDU (PPE) de centre droit, son rival principal pour les électeurs favorables aux entreprises.

La CDU a dévoilé ses premières affiches de campagne le 19 avril. Bien que Mme von der Leyen soit officiellement la tête de liste du Parti populaire européen (PPE), elle ne figure pas sur les affiches. Au lieu de cela, les affiches se focalisent sur trois mots : « liberté », « sécurité » et « prospérité ».

Le parti a rétorqué que des images de Mme von der Leyen seraient présentées à l’approche des élections.

« Il y a une raison pour laquelle la CDU cache sa tête de liste pour l’Europe sur ses affiches. En effet, les tracas bureaucratiques de notre pays ont un prénom : Ursula », a accusé Christian Lindner, ministre des Finances et chef de file du FDP.

M. Lindner reproche à Mme von der Leyen de multiplier les formalités administratives et les coûts de mise en conformité des entreprises, y compris les nouvelles obligations en matière de rapports, les normes plus strictes et les interdictions, telles que l’interdiction totale de vente de voitures dotées d’un moteur à combustion interne en 2035.

Par ailleurs, Svenja Hahn, deuxième sur la liste du FDP pour les élections européennes, a déclaré à Euractiv qu’« apparemment, même la CDU ne fait pas campagne pour sa candidate ».

« Il n’y a pas d’affiches pour elle, on ne la voit pas dans la campagne électorale, elle n’est pas sur le bulletin de vote. On peut donc se demander si Mme von der Leyen est bien candidate », a ajouté Mme Hahn.

La tête de liste du FDP, Marie-Agnes Strack-Zimmermann, a quant à elle affirmé à la convention qu’au cours de ses cinq dernières années à la tête de l’exécutif européen, Mme von der Leyen avait échoué sur les trois priorités de son parti.

« En tant qu’ancienne ministre de la Défense [de l’Allemagne], Mme von der Leyen ne s’est pas préoccupée de la sécurité de l’Europe, alors que les signaux envoyés par les États-Unis étaient clairs : l’Union européenne, y compris au sein de l’OTAN, doit fournir davantage d’efforts, doit en faire plus », a asséné Mme Strack-Zimmermann.

« En tant qu’ancienne ministre du Travail, Mme von der Leyen ne s’est guère intéressée à l’économie — et certainement pas aux PME », a-t-elle ajouté, soulignant que « les entreprises quitteront l’Europe et investiront dans d’autres pays en raison de mauvaises conditions commerciales et d’une bureaucratie galopante ».

« En tant que chrétienne-démocrate, Mme von der Leyen doit justifier pourquoi elle a donné de l’argent au Premier ministre hongrois Viktor Orbán — pour mener à bien les négociations d’adhésion avec l’Ukraine — alors que les fonds pour la Hongrie avaient été gelés en raison de la corruption », a ajouté Mme Strack-Zimmermann, qui dirige également la campagne de l’ALDE, l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe.

Défier les bureaucrates et les nationalistes

Voter pour le FDP serait un « double cri de guerre », selon M. Lindner.

« D’une part, nous défions les bureaucrates à la Ursula von der Leyen. Mais nous sommes aussi un cri de guerre contre l’AfD [extrême droite], qui flirte sérieusement avec l’idée de faire sortir l’Allemagne de l’Union européenne et de l’union monétaire », a affirmé M. Lindner.

Ces critiques interviennent quelques jours après que Mme von der Leyen s’est vantée devant le Parlement européen que l’économie de l’UE est « plus forte qu’il y a cinq ans » dans de nombreux domaines, y compris le chômage, qui, selon elle, est « à son plus bas niveau historique ».

Cependant, son pays natal, l’Allemagne, enregistre des résultats économiques particulièrement mauvais, que le FDP, tout comme les entreprises, attribue notamment à l’augmentation de la charge réglementaire qui pèse sur ces dernières.

« Au cours de notre mandat, nous avons déjà mis en place les fondements d’un redressement économique », a assuré M. Lindner, citant la mesure récemment prise par l’Allemagne pour réduire les formalités administratives.

« Mais en même temps que nous réduisons la bureaucratie dans les législations nationales, de nouvelles législations arrivent de Bruxelles et doivent être mises en œuvre », a-t-il déploré.

Mme Hahn a ajouté que la promesse de Mme von der Leyen de réduire de 25 % les obligations de déclaration pour les entreprises n’était pas crédible.

« La Commission elle-même ne sait même pas combien d’obligations de rapport existent et quel type de duplication existe », a-t-elle souligné, citant une réponse de la Commission à une demande du Parlement européen par l’eurodéputé libéral Moritz Körner (Renew).

Le quotidien allemand Der Spiegel a rapporté que, selon une réponse du vice-président exécutif de la Commission, Maroš Šefčovič, l’exécutif européen est encore en train de déterminer « l’effort total associé aux obligations de déclaration ».

« Cela signifie que la Commission doit d’abord faire ses devoirs », a conclu Mme Hahn.

[Édité par Anna Martino]