Européennes 2024 : les têtes de liste Renew et ID mènent le débat, Ursula von der Leyen reste en retrait

Les désaccords entre les têtes de liste libérale et d’extrême droite ont marqué le second débat électoral télévisé des Spitzenkandidaten. La membre du PPE de centre droit Ursula von der Leyen et le socialiste Nicolas Schmit n’ont quant à eux pas vraiment créé de surprises lors de ce débat.

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À Maastricht, Ursula von der Leyen avait défendu avec conviction son Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), ainsi que ses positions sur l’immigration, la défense et la guerre d'Israël en Palestine face à sept autres candidats. Cependant, ni elle, ni M. Schmit (Parti socialiste européen, PSE), qui représentaient respectivement le PPE de centre droit et le groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) de centre gauche — les deux plus grands groupes au Parlement européen — ne semblaient très engagés dans le débat de mardi. [shutterstock/Belish]

Les désaccords entre les têtes de liste libérale Sandro Gozi (Renew) et d’extrême droite Anders Vistisen (Identité et Démocratie, ID) ont marqué le second débat électoral télévisé des Spitzenkandidaten mardi (21 mai). La membre du Parti populaire européen (PPE) de centre droit Ursula von der Leyen et le socialiste Nicolas Schmit, deux autres prétendants à la présidence de la Commission européenne pour les cinq années à venir, n’ont pas vraiment créé de surprises lors de ce débat.

L’évènement, organisé mardi par Bruegel, un groupe de réflexion sur la politique européenne, et le Financial Times, se concentrait sur les questions économiques. Il s’agissait du second débat des Spitzenkandidaten (les têtes de listes), le premier s’étant tenu à Maastricht fin avril.

À Maastricht, Ursula von der Leyen avait défendu avec conviction son Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), ainsi que ses positions sur l’immigration, la défense et la guerre d’Israël en Palestine face à sept autres candidats. Cependant, ni elle, ni M. Schmit (Parti socialiste européen, PSE), qui représentaient respectivement le PPE de centre droit et le groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) de centre gauche — les deux plus grands groupes au Parlement européen — ne semblaient très engagés dans le débat de mardi.

En revanche, Sandro Gozi, homme politique d’origine italienne représentant le parti Renaissance (Renew) d’Emmanuel Macron, a ouvertement confronté son adversaire danois, Anders Vistisen, cofondateur du groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) et membre du Parti populaire danois (DF), sur plusieurs des sujets, principalement liés aux dépenses communes de l’Union.

L’eurodéputé libéral a fermement défendu les programmes phares du budget de l’UE, tels que la Politique agricole commune (PAC) et les fonds de cohésion face aux critiques de M. Vistisen sur leur inefficacité.

S’il était vrai que les dépenses communes sont meilleures que les dépenses nationales, « alors nous devrions avoir l’agriculture la plus compétitive au monde et nous ne devrions pas avoir de régions défavorisées […] en particulier dans les pays membres les plus anciens », a déclaré M. Vistisen. Or, « quand on regarde les chiffres, ce n’est pas le cas », souligne-t-il.

« Sans la Politique agricole commune, il n’y aurait plus d’agriculture ni en France ni en Italie », a rétorqué M. Gozi.

« Regardez le taux de croissance de l’Espagne et du Portugal depuis qu’ils ont rejoint l’Union [européenne], regardez le taux de croissance de la Pologne, et vous changerez d’avis sur la cohésion », a-t-il ajouté.

Budget de l’UE et fonds de cohésion

Au cours du débat, Mme von der Leyen a réitéré ses remarques faites dans une interview au Financial Times plus tôt le même jour. Elle a suggéré que les paiements au titre du fonds de cohésion, qui représentent environ un tiers du budget septennal de l’UE (le cadre financier pluriannuel, CFP) de 1 200 milliards d’euros pour la période 2021-2027, devraient être conditionnés à des réformes structurelles. Cela se fait sur le modèle de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), un instrument de relance post-crise doté de 723,8 milliards d’euros, dont elle a vanté les succès.

« La cohésion est inscrite dans les traités au cœur de l’Union européenne. Mais nous pouvons toujours nous améliorer », a-t-elle expliqué.

M. Gozi a convenu que le budget de l’UE dans son ensemble devrait être soumis à des conditionnalités alignées sur les priorités politiques de l’Union, y compris la sécurité économique et la transition écologique.

« Vous devez établir des principes cohérents avec vos priorités et vos objectifs politiques », a-t-il déclaré. « Les ressources propres de l’UE doivent être liées à des comportements favorables conformes à nos objectifs communs en matière de politiques. »

« Il y a une chose que nous devons renforcer et étendre : le mécanisme de conditionnalité de l’État de droit », a souligné le candidat. « Nous devons être beaucoup plus exigeants sur la manière dont nous lions le budget au respect fondamental de l’État de droit. »

Sandro Gozi et Nicolas Schmit ont largement approuvé les propositions de politique économique de Mme von der Leyen, qui a souligné la nécessité de renforcer les fonds propres de l’Union et de stimuler l’économie de l’Europe en approfondissant l’Union des marchés de capitaux (UMC) pour favoriser les investissements privés.

L’actuelle présidente de l’exécutif européen a cité les « conclusions fortes » du sommet du Conseil européen d’avril, ajoutant qu’il incombe désormais aux gouvernements nationaux de compléter l’UMC en « accélérant et en accomplissant leur tâche », notamment en négociant la question controversée de la centralisation de la supervision financière.

Politique vis-à-vis de la Chine

La Chine a également dominé le débat de mardi, où tous les candidats, à l’exception de Mme von der Leyen, ont adopté des positions résolument hostiles à la politique de subventions aux industries de Pékin.

Sandro Gozi a condamné les politiques commerciales « de plus en plus agressives » de la Chine, tandis que Anders Vistisen a affirmé que l’Europe devrait « s’unir » aux États-Unis « pour repousser l’expansion économique chinoise dans le monde ».

De son côté, Nicolas Schmit a averti que l’Europe pourrait connaître le « début d’une guerre [commerciale] » avec Pékin, ce qui contraste fortement avec la position plus mesurée de Mme von der Leyen sur la question.

L’Allemande a toutefois minimisé les risques d’une escalade de la guerre commerciale, en déclarant que l’Europe était désormais mieux placée pour l’éviter grâce à la stratégie de réduction des risques récemment mise en place afin de réduire la dépendance de l’Union vis-à-vis du géant asiatique dans des secteurs stratégiques. La présidente de la Commission avait privilégié cette stratégie plutôt que d’opérer un « découplage » économique complet.

« J’ai donné le mot d’ordre suivant : réduire les risques, mais ne pas découpler. Et je pense qu’il est évident que nous nous trouvons dans la catégorie de la réduction des risques par rapport à la Chine. Nous nous sommes découplés de la Russie. C’est donc très clair : découplage avec la Russie, mais pas avec la Chine. »

Elle a également souligné que l’attitude de l’Europe à l’égard de la Chine était « beaucoup plus ciblée [et] beaucoup plus adaptée » que celle des États-Unis, qui ont imposé des droits de douane élevés sur une série de produits chinois la semaine dernière.

La présidente a néanmoins affirmé que si les enquêtes anti-subventions en cours de la Commission contre la Chine révélaient des violations des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans le soutien apporté par Pékin à ses industries, « le niveau des droits de douane que nous imposerions correspondrait à l’ampleur des dommages » causés.

Le troisième et dernier débat des Spitzenkandidaten se tiendra au Parlement européen jeudi (23 mai).

[Édité par Anne-Sophie Gayet]