Exportations de céréales ukrainiennes : faire confiance à la Russie serait suicidaire, selon le ministre allemand de l’Agriculture
L’Ukraine ne peut pas faire confiance à Vladmir Poutine pour honorer ses engagements et permettre aux navires de transport de céréales de passer en toute sécurité.
L’Ukraine ne peut pas faire confiance à Vladmir Poutine pour honorer ses engagements et permettre aux navires de transport de céréales de passer en toute sécurité. C’est ce qu’a déclaré le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, lors d’une visite à Kiev vendredi (10 juin), au cours de laquelle il a également promis de débloquer des fonds pour soutenir des voies d’exportation alternatives.
Le blocage par la Russie des ports ukrainiens de la mer Noire a empêché le pays d’exporter la majeure partie de ses stocks de céréales, contribuant ainsi à la pénurie alimentaire dans les régions du monde tributaires des importations et soulevant des inquiétudes concernant le lieu de stockage de la prochaine récolte.
Dernièrement, Moscou a laissé entendre que le Kremlin pourrait permettre aux navires de transport de céréales ukrainiens de passer en toute sécurité par la mer Noire en échange d’un assouplissement des sanctions occidentales. Toutefois, cette idée a été accueillie avec un certain cynisme par l’Ukraine ainsi que par plusieurs de ses partenaires, qui craignent que la Russie ne profite de l’ouverture des routes commerciales pour attaquer des villes côtières telles qu’Odessa.
À l’issue d’une réunion avec son homologue ukrainien, Mykola Solsky, M. Özdemir a déclaré qu’il partageait le scepticisme de l’Ukraine quant aux promesses de la Russie. « Faire confiance à [Vladimir] Poutine sans qu’il y ait de garanties militaires crédibles et effectives serait suicidaire pour l’Ukraine », a-t-il expliqué.
Après sa visite en Pologne mercredi et jeudi (8-9 juin), le ministre allemand s’est rendu à Kiev vendredi (10 juin) pour discuter de l’aide à apporter à l’Ukraine ainsi que des voies sûres pour les exportations de denrées alimentaires.
« Tant que [Vladimir] Poutine bloque la voie maritime, nous devons utiliser et renforcer toutes les alternatives disponibles : les routes, le rail et le Danube », a affirmé M. Özdemir, ajoutant que l’Allemagne ne « céderait pas » sur ce point.
Problèmes logistiques
Afin de soutenir les efforts visant à faire sortir le blé ukrainien du pays par le Danube, le ministre a promis de nouveaux fonds pour augmenter les capacités des navires à réduire les temps de rotation.
La veille, la rencontre entre M. Özdemir et son homologue polonais, Henryk Kowalczyk, a porté principalement sur le renforcement des exportations de céréales par voie ferroviaire. Dans ce domaine, la Pologne, le plus grand État membre de l’Union européenne voisin de l’Ukraine, est devenue une importante plate-forme logistique.
À l’issue de la réunion, M. Kowalczyk a déclaré qu’en tant que pays directement limitrophe de l’Ukraine, la Pologne avait une « responsabilité particulière » dans l’aide à l’exportation de produits agricoles. Il a également annoncé qu’il accueillerait bientôt le ministre ukrainien de l’Agriculture à Varsovie pour discuter de la question de la logistique des exportations.
Malgré ces efforts, ainsi que ceux de l’UE, qui a récemment mis en place des « couloirs de solidarité » pour aider à renforcer les voies d’exportation alternatives pour le blé ukrainien, des obstacles logistiques et administratifs ont entravé le transport ferroviaire des céréales.
Pour y remédier, M. Özdemir a déclaré que M. Kowalczyk et lui-même avaient discuté de la manière dont le dédouanement des marchandises pouvait être simplifié, ajoutant que cette procédure devait être « aussi simple que possible » sur le plan administratif.
Le ministre allemand, qui a également visité un point de passage à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine pour se rendre compte sur place de l’état des transports transfrontaliers, a salué les efforts de la Pologne dans ce domaine. « Je sais que, aux postes frontières par exemple, les Polonais travaillent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », a-t-il affirmé.
Pour exporter, l’Ukraine doit gagner la guerre
Néanmoins, toute solution autre que la réouverture des routes commerciales de la mer Noire est « une solution de deuxième ou troisième choix », a déclaré M. Özdemir, soulignant que, même s’ils sont utilisés à leur pleine capacité, « le transport ferroviaire, routier ou fluvial ne résoudra pas ce problème ».
Cela fait écho à un point soulevé par le vice-ministre ukrainien de l’Agriculture, Markiyan Dmytrasevych, lors d’un récent entretien avec EURACTIV où il a souligné que, bien que pleins de bonnes intentions, les efforts visant à créer des voies d’exportation alternatives ne seraient jamais en mesure d’égaler les capacités de transport via la mer Noire.
« L’enjeu principal est d’aider l’Ukraine à redevenir souveraine et indépendante et à revenir sur les marchés mondiaux », a conclu M. Özdemir.