FACTCHECKING : le budget européen recule-t-il vraiment ?
Le budget 2014-2020 a été validé par le Parlement européen. L'enveloppe globale baisse, mais la France voit sa contribution nette progresser de plus de 2 milliards.
Le budget 2014-2020 a été validé par le Parlement européen. L'enveloppe globale baisse, mais la France voit sa contribution nette progresser de plus de 2 milliards.
Cette fois c'est bon : le Parlement européen a entériné mardi le nouveau budget européen pour 2014-2020, après de longues tractations. Le cadre avait été avalisé depuis juin dernier par les États représentés au sein du Conseil européen. Mais le Parlement a longtemps tardé à adopter ce texte que nombre d'eurodéputés jugent piteux.
Pour la première fois depuis que l'Union a un budget, celui-ci a dû subir une cure d'amincissement, crise oblige. Pour Daniel Cohn-Bendit, « le sado-masochisme est dans la culture du Parlement ». « Nous faisons l'austérité, nous continuons d'emmener les citoyens dans le mur », a déclaré l'eurodéputé vert.
Reculs par ci, hausses par là
Si les montants globaux reculent, avec un budget total de 960 milliards d'euros, soit une baisse de près de 4 % des montants engagés par rapport à la période précédente, certains pays voient leur contribution augmenter, en raison de l'évolution des choix politiques du nouveau cadre budgétaire.
Le nouveau budget vise à gommer les inégalités des régions moins développées, et met l'accent sur la croissance et l'emploi.
Les pays du Sud ont toujours été plutôt bénéficiaires, tandis que ceux du Nord et de l'Ouest paient plus qu'ils ne reçoivent des fonds européens.
La France paiera 2,2 milliards d'euros supplémentaires
Pour la France, le budget européen ne recule pas, au contraire : la facture progresse de 2,2 milliards d'euros par an environ, soit 15 milliards d'euros sur 7 ans.
Malgré tout, la France se tire plutôt bien de ce round de négociations, dans la mesure où l'agriculture continuera d'accaparer l'essentiel des ressources de l'Union européenne avec près de 40 % des dépenses. Or la France étant le premier pays agricole de l'Union européenne, ses dotations sont nécessairement importantes.
Pour la période 2014-2020, elles atteindront un total de 64 milliards d'euros, soit 9,14 milliards d'euros par an qui bénéficieront à l'agriculture française. Le recul est modeste par rapport aux contributions de la période précédente, qui avoisinaient les 10 milliards d'euros.
La politique de cohésion, qui alimente les différents fonds régionaux comme le FEDER ou le FAEDER, sera dotée de 16 milliards d'euros. Soit 2,2 milliards d'euros par an pour les régions françaises.
Une dizaine de régions pourra aussi avoir accès à un dispositif « spécial jeunes » : celles dont le taux de chômage des – de 25 ans dépasse les 25 %.
Enfin le fonds européen d'aide aux plus démunis permettra à la France de récupérer 500 millions d'euros supplémentaires.
Au total, sur la période 2014-2020, la France récupérera 80,5 milliards d'euros , soit 11,5 milliards d'euros par an.
Au regard de ces recettes, il faut opposer des dépenses de 20,1 milliards d'euros consacrés au budget européen dans le budget 2014. En terme de dépenses nettes, l'Union européenne coûtera donc 8,6 milliards d'euros par an à la France, contre 6,4 milliards sur la période précédente. Soit une hausse annuelle de 2,2 milliards d'euros.
Le réconfort des grands travaux
Le recul global du budget européen ne concerne pas les deux plus gros contributeurs que sont la France et l'Allemagne. Mais la France peut toutefois se consoler avec la promesse de financements de grands projets qui lui bénéficieront directement.
En effet, afin d'accélérer les interconnexions, le budget consacré aux transports, à l'énergie et aux télécoms progresse à 21,9 milliards d'euros pour la période 2014-2020. Or la France est la principale concernée par deux grands projets: le canal Seine Nord et la ligne de TGV Lyon-Turin.
Le canal Seine Nord doit relier l'Oise à Dunkerque et sera désormais financé à 40 % par des crédits européens. Mais c'est surtout la ligne TGV Lyon-Turin, dont les travaux démarrent ces jours-ci, qui bénéficie d'un coup de pouce de l'Europe.
Au total, 15 milliards d'euros de travaux seront réalisés principalement au bénéfice de la France : un lot de consolation qui correspond presque à l'euro près à l'augmentation de la contribution nette de l'Hexagone à l'Union européenne entre 2014 et 2020.