Emmanuel Macron dissout l'Assemblée nationale face à la montée de l'extrême droite
Le président français Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale et la convocation d’élections législatives anticipées suite au triomphe du Rassemblement national aux élections européennes avec 32,3 % des voix, contre 15,2 % pour sa liste.
Le président français Emmanuel Macron a annoncé dimanche (9 juin) la dissolution de l’Assemblée nationale et la convocation d’élections législatives anticipées, suite au triomphe du Rassemblement national (RN) aux élections européennes, avec 32,3 % des voix, contre 15,2 % pour la liste Besoin d’Europe du président de la République.
« Les partis d’extrême droite, qui, ces dernières années, se sont opposés à tant d’avancées permises par notre Europe, […] progressent partout sur le continent », a affirmé le président lors d’un discours solennel prononcé dimanche (9 juin) soir depuis l’Élysée.
« Après avoir procédé aux consultations prévues à l’article 12 de notre Constitution, j’ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote », a-t-il déclaré.
Les élections se tiendront le 30 juin et le 7 juillet, quelques semaines avant que la France n’accueille les Jeux olympiques d’été.
Cette annonce provoque un séisme politique en France, alors que le RN était annoncé comme le grand vainqueur de Européennes depuis des mois. Mené par Jordan Bardella, le parti d’extrême droite devrait envoyer 31 eurodéputés au Parlement européen.
Raphaël Glucksmann, la tête de liste du Parti socialiste (PS), a rapidement critiqué Emmanuel Macron, déclarant qu’il ne comprenait pas pourquoi le président français avait « obtempéré aux exigences de Jordan Bardella ». « Nous mènerons le combat contre l’extrême droite », a-t-il ajouté.
Jordan Bardella avait plusieurs fois demandé à Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale si son parti arrivait en tête.
Tous derrière le RN
La liste Besoin d’Europe du président de la République est arrivée loin derrière le RN, avec seulement 15,2 % des voix et devrait envoyer 14 législateurs à Bruxelles, tandis que les socialistes de Raphaël Glucksmann obtiennent 13 sièges.
Le RN arrive en tête des élections européennes pour la troisième fois consécutive, mais jamais il n’avait obtenu un écart aussi important avec ses rivaux.
Selon les estimations disponibles, le RN devrait également obtenir la plus grande délégation du Parlement européen, devançant les conservateurs allemands de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et de l’Union chrétienne-sociale (CSU), toutes deux membres du Parti populaire européen (PPE).
Cette victoire pourrait également faciliter de futures négociations avec l’autre groupe d’extrême droite, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), présidé par Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. Marine Le Pen avait laissé entendre il y a quelques semaines qu’elle serait prête à s’unir avec la Première ministre italienne.
Autre revers pour Emmanuel Macron, le mouvement d’extrême droite Reconquête ! d’Éric Zemmour devrait également être en mesure d’apporter quatre ou cinq eurodéputés – contre un seul actuellement – au groupe CRE au sein du Parlement européen.
Un avertissement sévère
Les résultats des Européennes sont un désaveu pour le parti présidentiel. Sa tête de liste, Valérie Hayer, n’a jamais réussi à donner à la campagne l’élan dont elle avait besoin, et les engagements personnels du président Macron et du Premier ministre Gabriel Attal, y compris le débat télévisé de ce dernier avec Jordan Bardella de RN, n’ont rien fait pour inverser la tendance.
« Nous nous sommes préparés à une issue difficile », expliquait un conseiller ministériel à Euractiv, refusant de blâmer Valérie Hayer, estimant qu’elle avait « fait ce qu’elle pouvait ».
Cette contre-performance devrait rapidement questionner l’influence des libéraux français au sein du groupe Renew Europe. Sa présidente Valérie Hayer avait déjà été confrontée à une levée de boucliers, après avoir appelé à l’éviction du parti néerlandais VVD, en raison d’un accord de coalition nationale conclu avec l’extrême droite.
De leur côté, Les Républicains (PPE) passent de 8,48 % des votes en 2019 à 6,9 % et pourrait obtenir six sièges. Leur tête de liste, François-Xavier Bellamy, avait lancé de sévères critiques contre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et n’a pas exclu des alliances politiques ponctuelles avec les Conservateurs et réformistes européens (CRE).
Du côté de la gauche, Raphaël Glucksmann, a réussi à doubler la taille de sa délégation, passant de six eurodéputés à probablement 13, attirant des électeurs déçus du camp Macron et de l’extrême gauche, mais n’a pas réussi à dépasser Besoin d’Europe et se placer en deuxième position, se contentant de 14,3 % des parts de voix.
« Je suis fier de ce que nous avons fait ensemble, mais je ne suis pas d’humeur à faire la fête. L’extrême droite représente aujourd’hui 40 % des voix en France », a-t-il expliqué. « Notre responsabilité est de lutter contre son inexorable montée en puissance. Nous ne nous y résignerons jamais ».
La France insoumise (LFI) semble récolter les fruits d’une campagne fortement axée sur la défense de la Palestine, avec 8,3 % des voix, et devrait gagner un ou deux sièges par rapport aux résultats de 2019.