La question de l’armement s'invite dans la campagne allemande
Les dépenses liées à l’achat d’armes ont augmenté en 2016 dans le monde. En Allemagne, l’opposition réclame un débat sur le sujet, qui pourrait devenir crucial dans la campagne électorale. Un article d’Euractiv Allemagne.
Les dépenses liées à l’achat d’armes ont augmenté en 2016 dans le monde. En Allemagne, l’opposition réclame un débat sur le sujet, qui pourrait devenir crucial dans la campagne électorale. Un article d’Euractiv Allemagne.
En 2016, l’armement a représenté une dépense de 1 547 milliards d’euros dans le monde, soit une augmentation de 0,4 % par rapport à l’année précédente, selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm, SIPRI.
Si les États-Unis restent le pays qui dépense le plus dans le secteur (560 milliards d’euros), l’Europe occidentale a de son côté augmenté ses dépenses, de 2,6 % pour la deuxième année consécutive. En tête des augmentations, l’Italie, qui a déboursé 11 % de plus qu’en 2015. La tendance dans les États de l’Est illustre également la nervosité des capitales à l’égard de l’expansionnisme russe.
Dans d’autres parties du monde, le budget alloué à l’armement a cependant été réduit. C’est notamment le cas dans les pays d’Amérique centrale et du Sud, suite à des problèmes économiques. Les pays exportateurs de pétrole, qui subissent sa perte de valeur, ont également revu leurs dépenses à la baisse.
Agnieszka Brugger, députée allemande des Verts, juge cette tendance à la hausse « très inquiétante » et qualifie d’« erronée » l’opinion selon laquelle plus d’armes mènent à plus de sécurité. Elle cite l’exemple de la vente d’armes et de tanks allemands à l’Arabie saoudite et au Qatar, qui ne contribue pas du tout à la stabilisation de la région, puisque ces deux pays sont impliqués dans une guerre sanglante au Yémen.
L’élue regrette également que les dépenses militaires détournent aussi des milliards de secteurs où cet argent est réellement nécessaire, comme l’éducation, la santé et l’aide humanitaire.
Reiner Braun, du Bureau international de la paix (IPB), estime que l’augmentation des dépenses ne fait cependant pas partie de la tendance précédente, mais d’une « augmentation de qualité », suite à des accords politiques en Europe occidentale pour dépenser plus dans la défense. Il ajoute que l’augmentation significative du budget en Europe de l’Est et les plans de réarmement en Asie indiquent une « transition » vers une nouvelle ère.
« Nous sommes à un carrefour : soit nous entrerons bientôt dans une nouvelle course à l’armement, soit nous retournons à une politique de détente », conclut-il.
Wolfgang Gehrcke, député de gauche, ne voit pour sa part aucun signe de désarmement pour l’instant. « Les grandes puissances ont initié cette spirale vers un armement toujours plus fort », mais c’est une tendance qui peut être inversée, estime-t-il, et l’Allemagne est bien placée pour montrer la voie.
L’Allemagne s’apprête de toute façon à entrer dans un nouveau débat public sur la défense. En cause, les armes nucléaires américaines postées sur son territoire et nécessitant une modernisation, et l’objectif non contraignant d’un budget de 2 % de l’OTAN. La pression de se soumettre à cet objectif devrait en effet aller croissant jusqu’au sommet de l’OTAN prévu pour le mois de mai.
La question du désarmement pourrait également devenir un sujet brûlant dans la campagne électorale. En février, 55 % des répondants à un sondage se sont exprimés contre l’augmentation des dépenses militaires. Une tendance qui confirme une enquête menée dans toute l’Europe l’an dernier.