L’industrie chimique allemande en difficulté inquiète les pouvoirs publics
La détérioration du secteur allemand de la chimie suscite des inquiétudes au plus haut niveau politique alors que le gouvernement prépare actuellement son plan de 200 milliards d’euros pour venir en aide aux ménages et aux entreprises.
La détérioration du secteur allemand de la chimie suscite des inquiétudes au plus haut niveau politique, alors que le gouvernement prépare actuellement son plan de 200 milliards d’euros pour venir en aide aux ménages et aux entreprises.
L’industrie chimique est étroitement liée au secteur industriel allemand, et ce depuis l’invention des teintures synthétiques à la fin des années 1800. Aujourd’hui, les produits chimiques représentent 10 % des exportations de l’Allemagne et le pays abrite le plus grand groupe chimique au monde, BASF.
Cependant, si des secteurs comme ceux de l’acier, de l’aluminium et du papier ont jusqu’à présent réussi à surmonter la crise énergétique, celui de l’industrie chimique a été durement touché par celle-ci.
La production de cette industrie, qui fait partie intégrante de nombreux processus industriels tels que la fabrication d’engrais ou de plastiques, a fortement diminué en 2022. Une enquête menée en novembre par la chambre allemande de l’Industrie et du Commerce a révélé que plus de 25% des entreprises de l’industrie chimique avaient réduit leur production.
À la fin du mois d’octobre, BASF a annoncé qu’elle allait réduire « de manière permanente » ses activités en Europe, invoquant la hausse des coûts de l’énergie et les inquiétudes liées à la réglementation.
Pour les responsables politiques allemands, l’annonce a été un choc.
« L’industrie fait partie intégrante de la culture et de la façon dont nous vivons en Allemagne », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz lors d’une visite dans une usine BASF mardi (1er novembre).
Le même jour, le vice-chancelier Robert Habeck a visité l’usine chimique Wacker en Saxe, qui fabrique le polysilicium, un matériau utilisé dans la fabrication de panneaux solaires. En attendant la fin de la crise énergétique, « l’État doit veiller à ce que le tissu économique résiste », a indiqué M. Habeck.
Une industrie particulièrement sensible aux coûts de l’énergie
Le secteur de la chimie est particulièrement vulnérable aux hausses des prix de l’énergie.
« Les coûts de l’électricité, du pétrole et du gaz représentent environ 12 % des coûts de production dans l’industrie chimique », une proportion qui atteint « plus de 70 % » pour des produits chimiques tels que l’ammoniac ou le chlore, explique Wolfgang Große Entrup, PDG de l’association allemande de l’industrie chimique VCI.
Or, au cours des deux dernières années, « les coûts énergétiques ont plus que quadruplé », a-t-il confié à EURACTIV.
Les grands groupes chimiques comme BASF ont jusqu’à présent été largement protégés de la hausse des prix de l’énergie. Les grandes entreprises, qui disposent de salles de marché dédiées à l’énergie, peuvent couvrir leurs coûts grâce à des stratégies d’achat à long terme.
Wacker, par exemple, reçoit encore 50 % de son énergie dans le cadre de contrats à long terme à prix réduit sur son site de production en Saxe.
Toutefois, ces contrats arrivent progressivement à leur terme et « la situation va empirer dans les mois à venir, lorsque les contrats d’approvisionnement existants arriveront à échéance », a déclaré Christian Hartel, le PDG de Wacker.
Règles différentes pour les entreprises en concurrence sur le marché européen
Le programme d’aide de 200 milliards d’euros de Berlin, annoncé fin septembre, pourrait permettre de soulager l’industrie chimique allemande.
Dans le cadre de ce programme, 25 000 grands consommateurs pourront demander à bénéficier d’un tarif groupé à partir du 1er janvier 2023. Les entreprises qui en bénéficieront paieront 70 % de leur consommation de gaz, calculée sur la consommation de l’année précédente, à un coût allégé de 0,7 € par kilowattheure (kWh).
Le géant allemand de la chimie BASF a toutefois annoncé publiquement son intention de ne pas en faire la demande, alors qu’il pourrait potentiellement gagner des milliards en revendant son attribution de gaz.
Les autorités européennes chargées de la concurrence suivront la situation de près. Le programme d’aide annoncé par Berlin a en effet suscité de nombreuses inquiétudes en Europe, d’autres États membres de l’UE estimant qu’il pourrait donner le coup d’envoi d’une course aux subventions que seule l’Allemagne peut gagner.
S’exprimant à Dresde mardi, M. Habeck a évoqué un compromis entre les autorités européennes de la concurrence et le gouvernement allemand. Les entreprises qui sont en concurrence sur le marché unique de l’UE pourraient être soumises à des règles différentes, a-t-il avancé.
Il est également question de lier les aides d’État à des garanties en matière d’emploi. « Le fait que le maintien de l’emploi doit être mentionné séparément comme un objectif montre la gravité de la situation », a déclaré M. Entrup.
Une mesure coûteuse
Lors de sa visite à l’usine de produits chimiques Wacker, M. Habeck a de nouveau été appelé à agir contre la hausse des coûts énergétiques.
Wacker est le « dernier producteur de polysilicones dans le monde occidental » et constitue un maillon essentiel de la chaîne de valeur du photovoltaïque, a fait remarquer le PDG de l’entreprise, Christian Hartel, qui espérait ainsi jouer de la sensibilité de M. Habeck par rapport aux questions écologiques.
Mais lorsque M. Hartel a demandé que le prix de l’électricité soit de 0,04 € par kilowattheure, son interlocuteur a répondu que c’était le rôle du ministère des Finances de s’occuper des questions d’argent et que plafonner le prix de l’électricité serait trop coûteux.