Giorgia Meloni pourrait encore jouer un rôle crucial pour le Parti populaire européen au Parlement, selon des analystes

Malgré les résultats des élections européennes qui donne une majorité pro-européenne claire au Parlement européen en passe de soutenir Ursula von der Leyen (PPE) pour un second mandat, les experts affirment que Giorgia Meloni pourrait encore jouer un rôle crucial pour le PPE.

EURACTIV Italie
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Selon M. Castellani, les votes de Mme Meloni pourraient être cruciaux pour assurer l’élection d’un président du PPE, qu’il s’agisse de Mme von der Leyen ou de quelqu’un d’autre. [[EPA-EFE/RICCARDO ANTIMIANI]]

Le soutien de la Première ministre italienne Giorgia Meloni n’apparaît plus aussi nécessaire après les élections européennes. En effet, une majorité pro-européenne claire au Parlement européen est en passe de soutenir Ursula von der Leyen (PPE) pour un second mandat en tant que présidente de la Commission européenne. Toutefois, les experts affirment que Giorgia Meloni pourrait encore jouer un rôle crucial pour le PPE.

Avant les élections, les spéculations allaient bon train sur le rôle potentiel de Mme Meloni comme faiseuse de reines dans la prochaine majorité européenne. Elle était courtisée à la fois par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et par la figure de proue du Rassemblement national français, Marine Le Pen.

Aujourd’hui, après le vote, une majorité plus large de Verts, de socialistes, de membres du PPE et de Renew semble susceptible de soutenir Mme von der Leyen, ce qui pourrait réduire l’influence de Mme Meloni, même si elle est sortie de ces élections avec le « gouvernement le plus fort de tous », comme elle l’a déclaré lundi (10 juin).

Mais tant Mme Meloni que Mme von der Leyen ne dévoilent pas leur jeu.

Mme Meloni a déclaré lundi qu’il était « trop tôt pour donner une réponse » sur la formation d’une majorité et son éventuel soutien au second mandat de Mme von der Leyen, tandis que cette dernière a indiqué qu’elle consulterait d’abord les « grandes familles européennes » qui ont « bien travaillé » avec le Parti populaire européen (PPE), tout en laissant les « portes ouvertes » à d’autres contacts.

« Je pense que [Giorgia] Meloni peut encore être une faiseuse de reines parce que le PPE ne fait probablement pas entièrement confiance aux Verts ou aux socialistes», a déclaré Lorenzo Castellani, un analyste politique à l’université LUISS Guido Carli, à Euractiv Italie.

Pour M. Castellani, Mme von der Leyen risque de faire face à l’opposition non seulement du S&D et des Verts, mais aussi de factions au sein du PPE lui-même, ce qui la conduira probablement à rechercher le soutien de la droite, avec Mme Meloni comme interlocutrice clé.

Selon M. Castellani, les votes de Mme Meloni pourraient être cruciaux pour assurer l’élection d’un président du PPE, qu’il s’agisse de Mme von der Leyen ou de quelqu’un d’autre.

« [Giorgia] Meloni pourrait être prête à voter pour un président du PPE afin de s’assurer un rôle de commissaire plus important en retour », a-t-il ajouté.

M. Castellani prévoit également des majorités variables dans le prochain Parlement européen, la majorité sortante d’Ursula ayant parfois besoin du soutien des conservateurs.

Selon M. Castellani, Mme Meloni a une emprise ferme sur le PPE : « Il suffit de penser à ce qui s’est déjà passé lors de votes tels que l’immigration ou les politiques environnementales, c’est pourquoi je suis sceptique quant à la possibilité que les Verts puissent faire partie de cette majorité de manière permanente », a-t-il déclaré.

S’adressant à Euractiv Italie, Leo Goretti, responsable du programme de politique étrangère à l’Institut italien des Affaires Internationales (IAI), s’est montré du même avis. Il a toutefois noté une convergence entre le PPE, le groupe CRE et en partie l’ID sur des questions telles que le Green Deal, qui, selon lui, deviendra une « démarcation politique significative lors de la prochaine législature européenne ».

M. Goretti voit également une convergence entre les groupes en ce qui concerne l’externalisation de la gestion des flux migratoires et de la défense.

Selon lui, Mme Meloni reste une faiseuse de reines non pas en raison de son vote décisif potentiel au Parlement, mais en raison de son rôle au Conseil européen en tant que dirigeante d’un pays majeur avec un mandat solide, contrairement au président français Emmanuel Macron et au chancelier allemand Olaf Scholz.

Un super-groupe au Parlement européen ?

Alors que Giorgia Meloni et Marine Le Pen ont appelé à une unification de la droite européenne, M. Goretti estime que cela est peu probable, car leurs deux positions différentes « les poussent dans des directions différentes ».

Cela pourrait changer si Mme Le Pen est élue.

En tant que Première ministre italienne, Mme Meloni doit prendre en compte « des intérêts plus larges que les objectifs électoraux de son parti. Ce pragmatisme l’a conduite à adopter une position coopérative vis-à-vis de la Commission européenne, reconnaissant la nécessité de faire avancer l’agenda global de l’Italie, ce qui requiert un engagement avec les institutions européennes ».

En revanche, Mme Le Pen, toujours dans l’opposition, peut se permettre d’adopter une position plus conflictuelle, « rejetant ouvertement un second mandat pour Mme von der Leyen afin de prendre ses distances avec l’establishment européen ».

M. Goretti suggère que si Mme Le Pen était présidente de la France, elle adopterait probablement une approche plus pragmatique, similaire à celle de Mme Meloni.