Giorgia Meloni s’évertue à essayer de sauver l’accord de gestion de l’immigration avec l’Albanie

L’Italie s’efforce de reclasser ses centres de gestion des migrants en Albanie en simples centres de rapatriement, afin d’éviter de nouveaux obstacles juridiques, selon les médias nationaux.

/ EURACTIV Italie
A group of migrants seen entering the hotspot
Un groupe de migrants vu entrant dans le centre de rétention de Shengjin dans le cadre de l’accord entre l’Italie et l’Albanie. [Valeria Ferraro/SOPA Images/LightRocket via Getty Images]

ROME — L’Italie s’efforce de reclasser ses centres de gestion des migrants en Albanie en simples centres de rapatriement, afin d’éviter de nouveaux obstacles juridiques, selon les médias nationaux.

Lors d’une réunion vendredi, des responsables politiques auraient discuté des moyens de maintenir en activité les centres, que l’Italie a financés à hauteur de 653,5 millions d’euros, malgré trois décisions de justice négatives consécutives qui ont bloqué l’ensemble du projet.

Signé en novembre 2023, l’accord migratoire entre Rome et Tirana prévoit le transfert en Albanie de migrants adultes provenant de « pays tiers sûrs » secourus en mer par l’Italie. Dans le centre de Shengjin, ils seraint soumis à des examens médicaux, tandis que dans celui de Gjader ils attendraient les décisions concernant leur demande d’asile.

Cependant, par trois fois la marine italienne a voulu y envoyer des personnes secourues en mer, et par trois fois elle a échoué en raison de refus de validation de détention par des tribunaux italiens.

L’affaire a été renvoyée vers la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour une décision finale, attendue le 25 février.

Pour contourner les obstacles judiciaires, le gouvernement prévoit de limiter les centres aux seules expulsions.

S’ils étaient reclassés, les centres de Shengjin et de Gjader, initialement conçus pour traiter les migrants interceptés en mer, serviraient à détenir les migrants en situation irrégulière déjà en Italie — y compris ceux qui se trouvent dans les camps et les centres d’accueil en attendant leur expulsion.

« Nous allons de l’avant, nous n’abandonnerons pas le travail en Albanie », a déclaré lundi à Rome le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, évoquant la transformation en centres de renvoi.

L’avenir des « solutions innovantes »

Bien qu’ils soient opérationnels depuis le 11 octobre 2024, les centres de gestion des migrants, construits par l’Italie en Albanie, n’ont pas encore accueilli un seul migrant.

Le dernier revers est survenu la semaine dernière, lorsque la Cour d’appel de Rome a refusé de valider la détention de 43 migrants en Albanie, ordonnant leur retour en Italie. Six d’entre eux avaient déjà été renvoyés car ils étaient mineurs, ou en mauvais état de santé.

Malgré tous ces obstacles juridiques, le gouvernement ne semble avoir aucune intention de faire marche arrière, et la Première ministre Giorgia Meloni a déclaré qu’elle était prête à « passer toutes ses nuits » dans les centres jusqu’à la fin de son mandat, si nécessaire.

Au niveau européen, le projet est au cœur des discussions sur les « solutions innovantes » en matière de gestion de l’immigration, souvent liées au concept vaguement défini de « centres de retour ». La Commission européenne devrait dévoiler sa nouvelle approche commune en matière de retour le mois prochain.

Lundi, la Commission a refusé de commenter la reclassification des centres albanais, la qualifiant d’affaire nationale. Cependant, elle a affirmé être « au courant » des discussions concernant la reclassification potentielle des installations.

L’avenir du projet Italie-Albanie dépend désormais de la décision finale de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). « Nous évaluerons s’il faut agir avant le verdict », a déclaré dimanche le ministre des Affaires européennes, Tommaso Foti.

(AM)