La Grèce adopte une loi controversée sur la surveillance des universités
Bénéficiant du soutien du parti populiste de droite Solution grecque, le parti conservateur au pouvoir Nouvelle démocratie a adopté une loi jeudi (11 février) prévoyant la création d’un corps de police spécial pour surveiller les universités.
Bénéficiant du soutien du parti populiste de droite Solution grecque, le parti conservateur au pouvoir Nouvelle démocratie a adopté une loi jeudi (11 février) prévoyant la création d’un corps de police spécial pour surveiller les universités.
Tous les partis de l’opposition ont rejeté le projet de loi, arguant qu’il s’agissait d’un texte autoritaire allant à l’encontre des universités publiques et traçant la voie à « plus de répression ».
Les étudiants et les établissements de formation ont déferlé dans les rues d’Athènes et Thessalonique, appelant au retrait du projet de loi.
Les universités publiques sont la « plaie béante » de la société grecque depuis des années. Au fil du temps, les gouvernements successifs ont refusé de leur octroyer quelconque investissement, entraînant parfois des incidents violents.
Les sections jeunes des partis politiques jouent certes un rôle essentiel au sein du monde universitaire grec, mais leurs actions ne portent pas toujours leurs fruits.
Les autorités nationales accusent l’opposition de tolérer, et même d’encourager, les actes de violence de la part de mouvements universitaires gauchistes.
Par ailleurs, l’aile jeunesse du parti conservateur (DAP) – le plus grand mouvement politique universitaire en Grèce – est affiliée à Nouvelle Démocratie.
S’adressant au Parlement grec, Yanis Varoufakis (Gauche, DIEM-25) a exprimé des critiques acerbes à l’égard dudit parti universitaire conservateur.
« Le DAP coopère quotidiennement avec des professeurs corrompus. Ses membres gaspillent les fonds européens, avec lesquels ils payent l’armée de votre parti [Nouvelle démocratie] », a déploré M. Varoufakis, ajoutant que le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis préférait fermer les yeux sur la situation actuelle.
« Création d’un État policier »
L’opposition, quant à elle, accuse le gouvernement d’investir davantage dans le contrôle de la vie étudiante plutôt que de soutenir financièrement le système éducatif et l’améliorer.
« Vous [Kyriákos Mitsotákis] ne faites pas partie du sérail politique centriste, vous êtes un politique extrémiste qui n’éprouve aucune empathie à l’égard de ce que traversent les citoyens pour le moment », a fustigé le leader de l’opposition Alexis Tsipras (Syriza) au sein du Parlement grec.
Le législateur Giannis Ragkousis (Syriza) est lui allé plus loin, arguant qu’une telle décision s’apparentait aux tactiques hongroises de Viktor Orbán.
« Pour la presse étrangère, [cette loi] est la preuve irréfutable que votre gouvernement s’identifie aux régimes Trump, Orbán et Kaczyński. Autrement dit, qu’il se tourne vers l’extrême droite », a-t-il renchéri.
Aux yeux des membres du parti socialiste Mouvement pour le changement, il est certes pertinent de protéger les universités, mais pas de créer un « État policier ».
« Oui à l’amélioration du fonctionnement de l’université publique. Non à la présence policière au sein des universités. Non aux matraques et aux menottes. Non aux caméras de surveillance dans les salles de classe. Non aux contrôles par drones », a déclaré la leader du Mouvement, Fofi Gennimata.
« Nous ne réinventons pas la roue »
De son côté, le Premier ministre a indiqué qu’avec cette loi, son gouvernement ne réinventait pas la roues, étant donné qu’elle s’applique déjà de façon semblable dans toutes les universités à travers le monde.
Illustrant ses propos par deux photos de centres de contrôle à Cambridge et Oxford, il explique : « Voici ce à quoi ressemble les universités d’aujourd’hui […] La police est présente dans toutes les universités internationales, et elle est même parfois armée. »
« Dans quel pays peut-on voir un chaos universitaire semblable à celui que vous avez instauré et que vous maintenez en Grèce ? », a répondu M. Mitsotákis à M. Tspiras.