Le Green Brief : l’Occident se prépare à affronter les arguments chinois lors de la COP28
La Chine, deuxième économie mondiale et premier émetteur de gaz à effet de serre, sera soumise à de nouvelles pressions occidentales pour renforcer son engagement dans la lutte contre le changement climatique lors de la prochaine COP28 qui se tiendra à partir du 30 novembre.
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La Chine, deuxième économie mondiale et premier émetteur de gaz à effet de serre, sera soumise à de nouvelles pressions de la part des pays occidentaux pour renforcer son engagement dans la lutte contre le changement climatique lors de la prochaine COP28 qui se tiendra à Dubaï à partir du 30 novembre.
Durant la COP28, les pays européens, les États-Unis et d’autres nations industrialisées tenteront de convaincre Pékin d’arrêter la construction de nouvelles centrales au charbon et de contribuer davantage au financement de la lutte contre le changement climatique, afin d’aider les pays en développement à passer à des énergies propres et à faire face aux catastrophes naturelles causées par le changement climatique.
Pour leur part, les économies encore considérées émergentes comme la Chine, l’Arabie saoudite et l’Afrique du Sud, s’inquiètent de devoir prendre des engagements plus fermes en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de financement de la lutte contre le changement climatique, a déclaré un diplomate occidental sous couvert d’anonymat.
Au vu de son économie, que la Chine fasse partie des pays émergents étonne : un statut qu’elle revendique pourtant depuis le début des négociations des Nations unies sur le climat en 1995.
En conséquence, Pékin estime pouvoir bénéficier de l’aide internationale en matière de climat plutôt que se retrouver du côté des contributeurs.
« La Chine est un pays en développement qui compte 1,4 milliard d’habitants confrontés à des difficultés considérables en termes de développement économique, d’amélioration des moyens de subsistance de la population, de prévention de la pollution et de protection de l’environnement », justifie Fu Cong, ambassadeur de la Chine auprès de l’UE.
Malgré ces difficultés, la Chine a rempli ses obligations vis-à-vis de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en s’engageant à atteindre le pic d’émissions de gaz à effet de serre avant 2030 et la neutralité carbone avant 2060, a déclaré l’ambassadeur lors du Bilan climatique européen (European Climate Stocktake) organisé par la Commission européenne à Bruxelles vendredi dernier (27 octobre).
« Les pays développés disposent de capacités supérieures et devraient assumer leurs responsabilités historiques », a-t-il affirmé, faisant référence au principe des responsabilités communes mais différenciées (PRCMD) qui a été intégré lors du Sommet de la Terre de 1992, qui a eu lieu à Rio de Janeiro, au Brésil.
Cela signifie que les actions climatiques entreprises par les pays en développement doivent être « proportionnelles au soutien qu’ils reçoivent », a souligné M. Fu.
« Dans cette optique, les économies développées devraient répondre aux préoccupations de longue date des pays en développement et tenir leur engagement en mobilisant 100 milliards de dollars américains chaque année avant la COP28 », insiste-t-il. Un engagement effectivement pris, mais pas encore honoré à ce jour.
Une nouvelle architecture pour le financement des projets climatiques
Les États-Unis, par exemple, devraient verser près de 40 milliards de dollars par an au Fonds vert pour le climat, doté de 100 milliards de dollars, mais n’ont contribué qu’à hauteur d’un milliard de dollars en 2023, après une interruption de six ans entamée sous la présidence de de Donald Trump.
Les États membres de l’UE, pour leur part, ont assuré l’année dernière que l’engagement de 100 milliards de dollars « sera respecté en 2023 ».
Mais pour l’heure, toujours rien.
L’année dernière, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), Fatih Birol, avait confié à Euractiv lors d’un entretien exclusif qu’il était persuadé que l’objectif de financement, fixé de longue date, serait atteint lors de la COP28.
Toutefois, « ce n’est pas une raison pour se réjouir. Nous sommes très en retard et il ne s’agit que d’une fraction de l’argent nécessaire », a-t-il déclaré lors d’un entretien le 11 octobre.
Selon les Nations Unies, les pays en développement auront besoin d’au moins 12 000 milliards de dollars d’ici 2030 pour atteindre les objectifs climatiques qu’ils se sont fixés.
L’engagement de 100 milliards de dollars expirant en 2025, une nouvelle architecture de financement du climat doit de toute façon être mise en place pour faire face à l’ampleur du problème.
Dans ces conditions, la contribution de Pékin au financement international de la lutte contre le changement climatique devient plus essentielle que jamais, ne serait-ce qu’en raison de son poids économique et de sa position croissante en tant que puissance mondiale dans le domaine des technologies propres.
« La Chine, comme d’autres pays qui possèdent les moyens financiers nécessaires, a la responsabilité de développer les énergies propres sur son territoire tout en soutenant les pays à faible revenu dans d’autres parties du monde », a déclaré M. Birol.
Alors que les investissements dans les énergies propres ont atteint 1,8 billion de dollars dans le monde cette année, soit une augmentation de 1 billion de dollars depuis 2015, « presque toute la progression provenait des économies avancées et de la Chine », a fait remarquer M. Birol. Pendant ce temps, dans les pays d’Afrique et dans d’autres pays à faible revenu, « la croissance des investissements dans l’énergie propre est restée stable », a-t-il souligné, appelant Pékin à jouer un rôle plus actif.
Une autre priorité de la COP28 sera de convaincre la Chine et d’autres économies émergentes de « cesser d’aggraver le problème » et de « cesser de construire de nouvelles centrales au charbon sans dispositifs d’atténuation ». Ce point a été souligné par l’envoyé américain pour le climat, John Kerry, dans un récent article d’opinion cosigné par M. Birol.
« Si nous permettons le déploiement continu de nouvelles centrales au charbon sans dispositif d’atténuation, en particulier en Asie, cela reviendra à annuler tous les progrès que nous réalisons aux États-Unis et en Europe pour décarboner l’économie », a expliqué Geoffrey Pyatt, secrétaire d’État adjoint des États-Unis, à la presse à Bruxelles en octobre.
« Notre objectif est donc d’éliminer le charbon aussi rapidement que possible », avait déclaré M. Pyatt, ajoutant que les États-Unis se concentreraient particulièrement sur cette question à l’approche de la COP28.
Du protectionnisme « vert »
Il ne sera certainement pas facile de rallier la Chine aux efforts mondiaux visant à mettre fin à l’utilisation du charbon et à contribuer au financement international de la lutte contre le changement climatique.
Pékin pourrait toutefois être convaincu si sa contribution s’accompagnait d’une reconnaissance simultanée de son rôle en tant que plaque tournante de la fabrication de technologies vertes et d’engagements de la part de l’Europe et des États-Unis à maintenir leurs économies ouvertes aux importations chinoises.
« Nous devons rechercher des avantages mutuels et résister au protectionnisme », a insisté M. Fu à l’occasion du Bilan climatique européen, qualifiant d’« injustifiée et regrettable » la décision de l’UE de lancer une enquête anti-subventions sur les véhicules électriques en provenance de Chine.
Et, au grand dam de la Chine, des enquêtes similaires pour l’industrie de l’éolien du solaire se préparent déjà, a-t-il fait remarquer.
Les tentatives de « découplage » ou de « réduction des risques » qui menacent les chaînes d’approvisionnement mondiales doivent être interdites, « afin de ne pas mettre en péril la coopération mondiale sur le changement climatique », a-t-il averti, faisant référence à la nouvelle doctrine de l’Europe sur la Chine.
« La gouvernance environnementale mondiale ne se fait pas dans n’importe quelles circonstances », a rappelé l’ambassadeur chinois, appelant l’Europe à « renforcer la confiance politique mutuelle » et à « rester vigilante face à la politisation et à l’instrumentalisation des questions climatiques ».
Le diplomate marque ici un point. En brandissant des bâtons plutôt que des carottes, il serait insensé d’attendre quoi que ce soit de la Chine lors de la COP28.
« Pourquoi chercher la confrontation politique d’une part et attendre la coopération inconditionnelle de l’autre ? », s’est-il interrogé.
Parallèlement, la Chine a de plus en plus de mal à défendre son statut de pays en développement, compte tenu de son poids économique et de sa position dominante au niveau mondial dans le secteur des technologies propres, qui a commencé avec les panneaux solaires il y a dix ans pour s’étendre à d’autres secteurs tels que les véhicules électriques et les turbines éoliennes.
« Grâce à plus de dix ans de soutien politique, la Chine est devenue le plus grand fabricant de technologies d’énergie propre et de leurs composants au niveau mondial, et elle semble prête à maintenir — voire à étendre — cette position dans les années à venir », peut-on lire dans un rapport de l’IEA de mai 2023 sur l’industrie des technologies propres.
L’Europe et les États-Unis ont la légitimité de défendre leurs propres industries vertes et de chercher à réduire leur dépendance excessive à l’égard des importations chinoises. Cependant, tout accord mondial sur le changement climatique doit également reconnaître le nouveau statut de la Chine en tant que leader mondial des technologies propres.
Pour que la COP28 soit un succès, les nations du monde entier devraient ambitionner de conclure un nouvel accord vert mondial, et non pas se lancer dans une guerre commerciale verte.
– Frédéric Simon
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- Olaf Scholz au Nigeria dans l’espoir de conclure un accord gazier – Nikolaus J. Kurmayer
- Métaux stratégiques : la France prépare son grand inventaire minier -– Paul Messad
- Emballages et déchets d’emballages : la commission ENVI adopte sa position (en anglais) – Kira Taylor
- La commission de l’Industrie du Parlement européen veut réinscrire le nucléaire dans la liste des technologies pour l’industrie verte (en anglais) – Nikolaus J. Kurmayer
- Le Parlement européen soutient la certification des absorptions de carbone – Frédéric Simon
Agenda
- NOVEMBRE (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Paquet mobilité : communications sur l’espace européen commun de données sur la mobilité, révision des voyages forfaitaires, révision du cadre des droits des passagers.
- Révision de la directive sur les transports combinés.
- Plan d’action pour faciliter le déploiement de réseaux.
- 20 NOVEMBRE. Règlement sur les emballages et les déchets d’emballages voté en plénière cette semaine.
- 20 NOVEMBRE. Vote sur le règlement pour une industrie « zéro net » en plénière cette semaine.
- 21 NOVEMBRE. Cadre de l’Union européenne pour la surveillance des forêts et plans stratégiques.
- 30 NOVEMBRE-12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï.
- DÉCEMBRE (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Protection des animaux en cours de transport.
- 7 DÉCEMBRE (à confirmer). Trilogue final sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB).
- 14-15 DÉCEMBRE. Conseil européen.
- 18 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement ».
- 19 DÉCEMBRE. Conseil « Energie ».
- Q1 2024 (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Communication sur les technologies de stockage du carbone.
- Communication sur l’objectif climatique 2040.
- Communication sur la résilience de l’eau.
- 22—25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6—9 JUIN. Élections européennes.
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