En Bavière, les Verts mettent fin au monopole historique de la CSU
Le parti bavarois affilié à la CDU d’Angela Merkel a subi un revers historique lors des élections régionales. Les Verts deviennent quant à eux la deuxième force politique du Land. Un résultat qui augure de nouvelles difficultés pour la chancelière.
Le parti bavarois affilié à la CDU d’Angela Merkel a subi un revers historique lors des élections régionales. Les Verts deviennent quant à eux la deuxième force politique du Land. Un résultat qui augure de nouvelles difficultés pour la chancelière.
Les chaînes nationales n’avaient pas prévu le coup. Les mêmes qui annonçaient 35 % des votes pour l’Union chrétienne-sociale (CSU), parti bavarois affilié à l’Union chrétienne-démocrate d’Angela Merkel (CDU), ont dû admettre qu’avec 12 points de moins qu’aux élections précédentes, il s’agit là de la pire performance de la droite conservatrice depuis qu’elle gouverne seule la Bavière en 1957.
Défiant tout pronostic, le Parti Vert bavarois a atteint 18,3 %, du jamais vu dans le Land traditionnellement chrétien et conservateur. Markus Söder, ministre-président de Bavière issu de la CSU, a toutefois fait savoir à la télévision allemande qu’il n’était pas favorable à une coalition noire-verte, évoquant des pourparlers difficiles à venir entre les deux groupes politiques.
L’AfD, frange dure de l’extrême droite, a récolté 11 % des voix et arrive ainsi en quatrième position, derrière un parti indépendant baptisé Électeurs libres.
Katharina Schulze, co-présidente charismatique des Verts bavarois âgée de 33 ans, ainsi que Ludwig Hartmann, ont salué ces résultats « historiques ».
« Nous avons atteint nos trois objectifs de campagne : nous voulions obtenir un résultat à deux chiffres en Bavière, devenir le second parti régional, et mettre fin au monopole de la CSU. Ce vote est une révolution pour la Bavière », se réjouit-elle.
« Ce Land a besoin d’un parti politique qui résout les problèmes du peuple et qui n’en crée pas de nouveaux », a ajouté Katharina Schulze.
Un positionnement qui ne laisse pas place au doute
Arne Jungjohann, politologue allemand spécialiste de l’Alliance 90/Les Verts, explique que la performance de ce dimanche 14 octobre n’était pas sans lien avec les positions politiques claires des Verts, tant au niveau régional que national.
« Ils sont aujourd’hui le seul parti allemand dont l’attitude proeuropéenne, favorable aux réfugiés et à la démocratie libérale est incontestable. Cette prise de position claire est la clé de voûte de leur communication. D’autres partis ont hésité à se prononcer clairement », déclare-t-il.
Arne Jungjohann souligne aussi que les Verts allemands participent à des coalitions au pouvoir depuis des décennies. « Les Verts ont montré qu’ils pouvaient mettre en pratique des politiques écologistes en collaboration avec différents partenaires. Ils gouvernent dans des coalitions avec nombre de partis et se sont imposés comme parti charnière dans le système allemand », précise-t-il.
Au pic de leur popularité, les Verts étaient dans les gouvernements de 11 des 16 Länder. C’est cette indépendance, assortie d’une focalisation sur la compétence première du parti, l’écologie et la protection du climat, qui ont donné une si haute crédibilité et visibilité au parti, estime l’analyste.
« Les électeurs savent ce que les Verts défendent. Ils les trouvent stables et fiables. C’est pourquoi le parti a attiré d’anciens électeurs du SPD et de la CSU, comme le montrent les premiers résultats », ajoute-t-il.
Vers une coalition noire et verte ?
Pour Arne Jungjohann, cette flexibilité politique fait des Verts un partenaire potentiel pour la CSU, malgré les différends politiques majeurs entre les deux partis, et une première réaction peu invitante de la part du parti majoritaire.
Reste à voir comment les élections bavaroises affecteront le gouvernement national, une coalition bancale composée de la CDU-CSU et du SPD. La CSU et son débat interne seront à présent sur la sellette, et des têtes devraient tomber.
Les résultats décevants entraineront sans doute un renouvellement au sein du parti, qui pourrait encore compliquer la tâche au gouvernement d’Angela Merkel. La pression monte déjà pour Horst Seehofer, ministre (CSU) de l’Intérieur.