Groenland : l’OTAN tente de désamorcer la polémique et de recentrer le débat sur la sécurité de l’Arctique
Face aux nouvelles tentatives des États-Unis pour remettre en cause la souveraineté danoise sur le Groenland, l’OTAN s’efforce d’éviter d’être entraînée dans un différend bilatéral. L’Alliance privilégie un recentrage du débat sur la sécurité collective dans l’Arctique, face à l’activisme croissant de la Russie et de la Chine dans la région.
Pour Fabrice Pothier, PDG de Rasmussen Global et ancien directeur de la planification de l’OTAN, la réaction « modérée » de l’OTAN s’explique probablement par le fait que l’Alliance « est prise entre deux feux ». « Lorsqu’il y a un différend bilatéral entre alliés, l’OTAN reste silencieuse », poursuit Fabrice Pothier.
Ce réflexe est de nouveau à l’œuvre alors que le président américain Donald Trump relance son ambition de prendre le contrôle du Groenland, une initiative que le Danemark juge susceptible de porter un coup sévère à l’Alliance atlantique.
« Ce n’est pas le lieu pour résoudre ce problème, et ils essaient de ne pas aggraver la situation en intervenant », affirme le Français.
Au lieu de cela, les alliés « discutent de mesures pratiques à prendre pour garantir la sécurité de l’Arctique, car nous sommes tous d’accord pour dire que cela doit être une priorité », expliquait lundi 12 janvier le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, sans confirmer les détails d’une nouvelle opération dans l’Arctique.
Son porte-parole n’a pas non plus été en mesure d’apporter des informations supplémentaires, se contentant de déclarer que Mark Rutte « travaille en étroite collaboration avec les dirigeants et les hauts responsables des deux côtés de l’Atlantique ».
S’unir face à une menace commune
Les personnes contactées par Euractiv ont refusé de spéculer sur ce que pourrait devenir l’OTAN si le rêve de Donald Trump se réalisait. Mais « l’ambiance est plus constructive qu’on pourrait l’imaginer », note un diplomate de l’OTAN.
En réponse à l’affirmation de Donald Trump selon laquelle des navires russes et chinois « encerclent » le Groenland — ce que le commandement maritime de l’OTAN refuse de confirmer —, l’Alliance a commencé à discuter davantage de ce qu’elle devrait faire dans l’Arctique.
« Tout le monde s’accorde à dire que les Russes et les Chinois sont de plus en plus actifs dans la région », selon Mark Rutte, en raison de l’ouverture de nouvelles voies maritimes suite au changement climatique.
Pour l’Alliance, la Russie maintient une présence navale dans la région, et l’OTAN surveille les navires de recherche et les garde-côtes chinois, ainsi que la coopération croissante entre Moscou et Pékin.
Les opérations chinoises et russes dans l’Arctique comprennent la cartographie des fonds marins, afin de trouver comment « contrer les capacités de l’OTAN sur et sous la mer », précise le commandant en chef de l’OTAN, le général Alex Grynkewich.
Le Groenland revêt une importance stratégique pour la défense aérienne et la défense antimissile, ce qui fait de sa sécurité « l’intérêt de l’ensemble de l’Alliance », justifiant ainsi l’implication de l’OTAN, confiait récemment l’envoyé de la Lituanie auprès de l’OTAN à LRT.
Revenir à l’essentiel
Il semblerait que le Danemark préfère que ses voisins européens ne commentent pas la querelle avec les États-Unis, afin de ne pas jeter de l’huile sur le feu. Cela n’a toutefois pas empêché les Alliés de réfléchir à d’autres moyens d’apporter leur aide.
Au siège de l’OTAN, « l’objectif principal est de renforcer la sécurité dans l’Arctique », déclare un diplomate de l’OTAN.
Le Royaume-Uni et l’Allemagne envisagent de renforcer la présence militaire de l’OTAN dans l’Arctique, en particulier au Groenland, rapporte Bloomberg. Et le ministre belge de la Défense a suggéré une opération de l’OTAN dans le Grand Nord.
L’OTAN dispose déjà de patrouilles dans la région. Et Mark Rutte a déclaré que le Danemark serait « tout à fait d’accord » pour que les États-Unis renforcent leur présence militaire au Groenland, ce qu’ils peuvent faire grâce à un accord avec le Danemark.
Copenhague a annoncé son intention de renforcer sa propre présence militaire sur l’île, une initiative que les alliés considèrent comme un signal envoyé à Washington pour montrer que le Danemark prend la sécurité de l’Arctique au sérieux.
Pour que l’Alliance apporte une valeur ajoutée, l’OTAN devrait élaborer un « paquet Arctique solide », estime Fabrice Pothier. Un tel paquet pourrait « identifier les lacunes en matière de posture, les besoins en matière de surveillance, ce que les Européens et les Canadiens peuvent faire, afin que Donald Trump voie que d’autres contribuent à son sentiment de sécurité dans l’hémisphère ».