Groenland : les leviers déjà à disposition de Donald Trump
Les dernières déclarations de Donald Trump sur le Groenland ont provoqué une levée de boucliers en Europe. Plusieurs dirigeants rappellent que Washington bénéficie déjà d’un accès militaire étendu à ce territoire stratégique.
Dans la foulée de l’intervention américaine au Venezuela, Donald Trump a de nouveau affirmé sa volonté de prendre le contrôle du Groenland. Cette ambition s’inscrit dans la continuité de son second mandat, après une première tentative en 2019 lorsqu’il avait proposé d’acheter l’île, puis la réouverture d’un consulat américain sur place en 2020.
Sur le plan diplomatique, le président américain a transféré le consulat dans un bâtiment plus grand à Nuuk, capitale groenlandaise, qui recrute actuellement des stagiaires non rémunérés pour expliquer la politique étrangère américaine aux habitants de l’île. Il a également nommé le gouverneur de Louisiane, Jeff Laundry, en tant qu’envoyé spécial au Groenland. Ce dernier a par ailleurs déclaré lors de sa prise de fonction qu’il s’agissait d’« un honneur » servir dans « cette fonction bénévole pour faire du Groenland une partie des États-Unis ».
Ces initiatives ont toutefois été accompagnées de déclarations plus inquiétantes. Donald Trump a en effet laissé entendre que les États-Unis pourraient recourir à la force militaire pour annexer la plus grande île du monde.
« Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de le faire », affirmait encore Donald Trump le week-end dernier. Des propos qui surprennent, dans la mesure où les États-Unis disposent déjà d’une présence militaire sur l’île, qu’ils pourraient renforcer de manière significative.
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L’argument sécuritaire avancé par Washington repose sur l’idée que le Groenland serait encerclé par des navires russes et chinois.
Les États-Unis et le Danemark ont conclu un accord de défense qui donne à Washington « un large accès au Groenland », a par ailleurs rappelé la Première ministre danoise Mette Frederiksen en réponse aux dernières menaces des États-Unis.
Cet accord, signé en 1951, a officialisé une présence américaine qui avait commencé dix ans plus tôt, lorsque les forces américaines avaient temporairement occupé le territoire pour empêcher les nazis d’y accéder pendant la Seconde Guerre mondiale.
La base de Pituffik au Groenland a été conçue pour accueillir jusqu’à 10 000 personnes, mais le nombre de personnel américain a été réduit à environ 150 personnes dans ce qui est aujourd’hui sa base la plus septentrionale, à la suite d’une réduction des effectifs après la fin de la guerre froide.
Cependant, l’accord de 1951 permet aux États-Unis d’augmenter ce nombre sans l’accord du Danemark, et les Américains peuvent opérer librement entre leurs bases. Cela dit, Pituffik est la seule base américaine restante sur le sol groenlandais, d’où les États-Unis peuvent détecter les missiles balistiques entrants et surveiller l’espace.
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Des puissances à l’affût dans l’Arctique
La Russie possède le plus long littoral arctique de tous les pays de la région et y maintient une présence navale de longue date. De son côté, la Chine considère la « route maritime polaire » comme une alternative aux voies maritimes plus au sud, telles que le canal de Suez et le détroit de Malacca, qui sont souvent encombrées.
Une carte de l’empreinte militaire dans l’Arctique montre que Moscou a installé des bases militaires tout le long de ses frontières nordiques, encerclant ainsi l’Arctique. Certaines de ces bases abriteraient des missiles balistiques capables d’atteindre l’Amérique du Nord, et par conséquent le Groenland.
« Nous constatons que la Russie continue de s’intéresser de très près à la région arctique, et cela fait partie de son calcul en matière de sécurité vis-à-vis des États-Unis et de l’OTAN », déclarait l’année dernière Iris A. Ferguson, sous-secrétaire adjointe à la Défense pour l’Arctique et la résilience mondiale.
Les Russes exploitent également des sous-marins, qui sont difficiles à suivre. Les experts suggèrent qu’ils pourraient se déplacer sous la glace.
Et Moscou a commencé à mener des patrouilles conjointes dans l’Arctique avec les garde-côtes de Pékin, ainsi que des entraînements communs, qui pourraient ouvrir la voie à une coopération militaire.
Avec sept membres de l’OTAN détenant des territoires dans l’Arctique, cette coopération croissante intéresse l’alliance, qui surveille déjà les navires de recherche et les garde-côtes chinois, a déclaré le commandant Arlo Abrahamson, porte-parole du Commandement maritime allié de l’OTAN, tout en refusant de se prononcer directement sur les déclarations de Trump.
Donald Trump n’est pas le premier président américain à suggérer de prendre le contrôle du Groenland à plein temps. Harry Truman avait envoyé une offre de 100 millions de dollars au Danemark pour l’île en 1946, qui avait été rejetée. L’accord de 1951 semblait avoir mis fin à ce sujet, jusqu’à présent.