Groupe SOS : « L’économie sociale est une économie de la paix »

À l’aune de deux jours de rencontre avec des décideurs européens les 7 et 8 novembre, Alexandre Lourié, directeur général chargé de l’international au Groupe SOS, appelle à des réformes structurelles pour soutenir les « artisans de la paix ».

/ Euractiv France
L’ESS vient également en aide aux réfugiés ukrainiens. Au début de l’invasion russe, Groupe SOS a ouvert 3 000 places d’accueil en France. En parallèle, des places ont également été ouvertes en Roumanie, en partenariat avec le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU, où 1 million d’Ukrainiens s’étaient réfugiés. [ DUMITRU DORU/EPA-EFE]

À l’aune de deux jours de rencontre avec des décideurs européens les 7 et 8 novembre, Alexandre Lourié, directeur général chargé de l’international au Groupe SOS, appelle à des réformes structurelles pour soutenir les « artisans de la paix ».

« Le Groupe SOS est avant tout un opérateur de terrain, mais nous avons la volonté de devenir une force de propositions politiques à l’échelle européenne ». Pour Alexandre Lourié, l’économie sociale et solidaire (ESS), qui représente 13 millions d’emplois en Europe et dont l’objectif ultime est de subvenir aux besoins des plus précaires, a son mot à dire sur la scène économique mondiale.

Le Groupe SOS, « groupe associatif leader de l’entrepreneuriat social en Europe », regroupe 650 associations, entreprises sociales et établissements sociaux et médico-sociaux. En 2021, il employait 22 000 personnes dans 40 pays, « pour un chiffre d’affaires d’un milliard et demi d’euros », ajoute M. Lourié.

Aujourd’hui, le groupe se positionne en acteur incontournable face aux crises énergétique et économique qui frappent l’Europe de plein fouet alors que la guerre en Ukraine ne faiblit pas.

« L’ESS fait constamment le grand écart entre ce que la puissance publique ne fait pas elle-même et ce qu’elle souhaite accomplir », explique le directeur.

De fait, l’Etat fait preuve de « grande intelligence » lorsqu’il reconnaît ne pas pouvoir tout faire, et s’appuie par conséquent sur les entreprises et associations de l’ESS pour assurer « une meilleure qualité de service pour l’usager et une moindre dépense publique ».

Structurer l’ESS en Europe

Il est donc impératif de structurer le secteur pour soutenir au mieux les plus fragiles, en commençant par une harmonisation des structures juridiques.

Associations loi 1901, entreprises privées d’intérêt général, mais aussi coopératives, fondations et mutuelles… Autant de structures qui permettent d’avancer vers une économie plus vertueuse mais qui ont « montré [leurs] limites territoriales », explique l’Observatoire européen de l’économie sociale.

En pratique, le trop-plein de structures ressemble parfois à un « pot-pourri » qui empêche toute harmonisation à l’échelle européenne, abonde M. Lourié.

« Le secteur de l’ESS est structuré en France, mais ce n’est pas le cas dans d’autres pays d’Europe. L’accès aux financements est particulièrement complexe car il n’existe pas de reconnaissance générale européenne des structures de l’ESS », détaille-t-il.

Les entreprises sociales et solidaires représentent 25 % des créations d’entreprises en Europe, selon les chiffres de Groupe SOS, mais peinent à lever des fonds : accès aux subventions publiques trop complexes, investisseurs frileux…

Un statut associatif unique au niveau européen répondrait-il aux problèmes ? « Des discussions sont en cours, c’est une initiative que nous soutenons ». Des avancées qu’il souhaite voir s’opérer dans les débats autour du Plan d’action européen pour l’économie sociale, dont les contours doivent être définis courant 2023.

« Investir dans l’entrepreneuriat de la paix, c’est partager de la valeur, créer des services à la personne de qualité, surtout chez les plus précaires. L’ESS est une économie de la paix : il est temps de mettre les moyens pour la soutenir » lance le directeur.

Et d’ajouter : « il faut décomplexer le sujet du financement public et privé pour l’ESS, ce qui n’est pas forcément évident pour certaines associations ».

Répondre aux crises

Sujet d’autant plus pressant que 72 millions d’Européens vivent sous le seuil de pauvreté, et 15 % des jeunes entre 15 et 29 ans sont sans emploi ni formation, selon Eurostat.

« La mise en œuvre de chantiers d’insertion, le développement de l’apprentissage et de formations adaptées à des publics qui ont pendant longtemps été éloignés de l’emploi : aujourd’hui, cette connaissance du terrain est plus importante que jamais », souligne M. Lourié.

Avec 32 autres acteurs européens de l’ESS européen, il appelle donc dans une tribune publiée sur EURACTIV à « une volonté politique forte à l’échelle européenne, pour inciter tous les Etats-membres à adopter des politiques ambitieuses d’inclusion par l’emploi », pour les plus jeunes mais aussi les seniors, maillons faibles du marché de l’emploi.

L’ESS vient également en aide aux réfugiés ukrainiens. Au début de l’invasion russe, Groupe SOS a ouvert 3 000 places d’accueil en France. En parallèle, un programme d’accompagnement des réfugiés a été créé en Roumanie, en partenariat avec le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU, où 1 million d’Ukrainiens ont passé la frontière et 10% sont restés. 

Parle-t-on déjà de reconstruction de l’Ukraine ? « Nous sommes en contact avec de nombreux entrepreneurs ukrainiens pour travailler ensemble sur la relance d’entreprises sociales sur le terrain. L’ESS sera clef dans la reconstruction du pays, j’en suis certain », conclut-il.