Guerre en Ukraine : les agriculteurs du Groupe de Visegrad demandent le report de la nouvelle PAC

Les représentants des plus grandes organisations agricoles du Groupe de Visegrad et de cinq autres pays ont conjointement demandé un report temporaire de la réforme de la PAC ainsi que celui d’autres mesures environnementales.

/ EURACTIV Slovaquie
This article is part of our special report "Comment la guerre en Ukraine transforme la PAC"
Burgas,bulgaria-march,17,2020:aerial,View,Of,A,Tractor,Spraying,The,Field.
La déclaration conjointe a été cosignée par les représentants des plus grandes organisations agricoles du Groupe de Visegrad — à savoir la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie — ainsi que par leurs homologues de Bulgarie, Lituanie, Roumanie, Croatie et Estonie. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/burgasbulgariamarch-17-2020aerial-view-tractor-spraying-1676410390" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK</a>]

Les représentants des plus grandes organisations agricoles des quatre États membres du Groupe de Visegrad (V4) et de cinq autres pays ont conjointement demandé un report temporaire de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE ainsi que celui d’autres mesures environnementales.

La déclaration conjointe, publiée le 1e avril, a été cosignée par les représentants des plus grandes organisations agricoles du Groupe de Visegrad — à savoir la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie — ainsi que par leurs homologues de Bulgarie, Lituanie, Roumanie, Croatie et Estonie.

Les représentants de ces associations nationales se sont réunis à Bratislava il y a deux semaines pour discuter de l’avenir de l’agriculture européenne dans le contexte de l’agression de la Russie en Ukraine.

Soulignant les préoccupations concernant les problèmes auxquels seront confrontés les pays frontaliers de l’Ukraine au cours des prochains mois, la déclaration avertit que les agriculteurs de ces régions s’attendent à des difficultés pour se préparer à la nouvelle programmation de la PAC.

À ce titre, les agriculteurs demandent « des ajustements ou un report temporaire » de toutes les restrictions sur la production.

« Par conséquent, nous demandons le report d’un an de la mise en œuvre de la nouvelle PAC », ont insisté les représentants des agriculteurs dans la déclaration, ajoutant que les conditions actuelles compromettraient pratiquement l’architecture verte de la réforme de la PAC, enterrant ainsi les objectifs de la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork).

La déclaration appelle également la Commission européenne à accorder des exemptions temporaires pour les conditionnalités, y compris les mesures d’écologisation et les mesures agroenvironnementales et climatiques du deuxième pilier de la politique européenne de subventions agricoles.

Les associations d’agriculteurs ont aussi insisté sur la nécessité de reconsidérer le calendrier des objectifs du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), citant une réduction de l’utilisation des pesticides et des engrais, une augmentation des surfaces non productives et une augmentation de l’agriculture biologique.

Parallèlement, la création d’un cadre réglementaire pour le stockage du carbone dans les sols agricoles devrait également être reportée, estiment-ils.

« Nous demandons instamment à la Commission européenne de tenir compte de nos exigences lors de la mise en œuvre de mesures visant à promouvoir la sécurité alimentaire ainsi que dans le processus d’évaluation des plans stratégiques [nationaux) de la PAC », peut-on lire dans la déclaration conjointe.

Cette déclaration s’ajoute aux appels croissants des États membres en faveur d’un réexamen de la PAC réformée — qui doit s’appliquer de 2023 à 2027 — à la lumière de la guerre en Ukraine.

Plus récemment, le gouvernement slovaque a demandé un ajustement de la PAC, y compris un report de la politique et une reconsidération des ambitions écologiques de l’UE, dans un contexte de craintes d’insécurité alimentaire causée par la guerre menée par Moscou contre Kiev.

Le ministère slovaque de l’Agriculture (MPRV) avait confié à EURACTIV Slovaquie en mars qu’il pensait qu’il serait « nécessaire de reconsidérer et de corriger partiellement » les objectifs de la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table », et la stratégie sur la biodiversité, au vu de la guerre et de « l’impact apparent du commerce agroalimentaire sévèrement limité (principalement les importations) sur l’agriculture de l’UE ».

« Le plus important est d’assurer la sécurité alimentaire », avait alors déclaré un porte-parole du ministère à EURACTIV.

Ce faisant, le ministère slovaque de l’Agriculture a ajouté sa voix à une liste croissante de ceux qui demandent à la Commission européenne d’apporter des changements à la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table », ainsi qu’à la stratégie sur la biodiversité.

Le gouvernement souhaite également augmenter le taux des paiements couplés pour les productions stratégiques pour lesquelles l’UE n’est pas autosuffisante, comme les protéines végétales et les céréales.

Bien qu’il y ait pu y avoir dans un premier temps des signes indiquant que l’exécutif européen pourrait envisager cette option, celle-ci l’a depuis lors fermement rejetée.