Guerre en Ukraine : les États membres divisés sur les livraisons de systèmes de défense aérienne Patriot
La pression exercée sur les États membres de l’UE pour fournir à l’Ukraine les systèmes avancés de défense aérienne dont elle a besoin de toute urgence est de plus en plus forte, mais les efforts s’enlisent en raison de la réticence de certains pays.
La pression exercée sur les États membres de l’UE pour fournir à l’Ukraine les systèmes avancés de défense aérienne dont elle a besoin de toute urgence est de plus en plus forte, mais les efforts s’enlisent en raison de la réticence de certains pays à déplacer des équipements vitaux pour leurs plans de défense régionaux.
Deux jours avant les discussions entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’UE et leurs homologues ukrainiens lundi (22 avril), la Chambre des représentants des États-Unis avait approuvé le programme d’aide militaire de 60 milliards de dollars, longtemps retardé, qui a été perçu comme un soulagement de ce côté-ci de l’Atlantique.
« Nous l’avons échappée belle, mais, malheureusement, beaucoup d’autres obstacles nous attendent », a déclaré le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, à des journalistes à Luxembourg.
« Nous pouvons nous réjouir le temps d’une journée, mais nous devons nous préparer aux batailles de demain », a-t-il ajouté.
Ses commentaires ont été repris par les diplomates de l’UE qui craignent que la nouvelle aide américaine ne conduise à une certaine complaisance quant à l’urgence des efforts européens.
Défense aérienne : la pression monte
« Nous avons demandé à tous les États membres de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour accroître la capacité de défense aérienne de l’Ukraine », a affirmé Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’UE, à la presse.
Toutefois, lors des discussions de lundi, il n’y a eu aucune promesse supplémentaire concernant les systèmes de défense aérienne dont l’Ukraine a cruellement besoin.
« Nous avons multiplié les avertissements et les lettres, demandant [aux États membres de l’UE] de voir ce que nous pouvions faire », a assuré M. Borrell à la veille des négociations.
« Nous avons besoin de plus de munitions. Nous avons besoin de plus de lanceurs », a-t-il ajouté.
La pression monte pour les États membres de l’UE qui possèdent des systèmes de défense aérienne Patriot fabriqués aux États-Unis afin d’augmenter leurs livraisons à l’Ukraine.
L’Ukraine a déclaré avoir identifié plus de 100 systèmes de défense aérienne Patriot dont ses alliés pourraient se passer s’ils le souhaitaient.
Kiev a spécifiquement demandé sept systèmes Patriot supplémentaires, capables d’abattre les missiles hypersoniques russes qui font des ravages, car Moscou a intensifié ces dernières semaines les frappes de missiles sur les infrastructures civiles et énergétiques ukrainiennes.
« Nous n’excluons pas que l’infrastructure de nos autres centrales nucléaires et réseaux de distribution soit également menacée par la terreur russe », a affirmé le président ukrainien Volodymyr Zelensky aux dirigeants de l’UE la semaine dernière.
« Nous avons aujourd’hui besoin de décisions concrètes et ambitieuses pour fournir à l’Ukraine des systèmes Patriot et SAMP/T [missiles sol-air] supplémentaires, des missiles, de l’artillerie et des munitions, ainsi que d’autres armes et équipements dès que possible », a expliqué lundi le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, à ses homologues européens.
« Maintenant que vous êtes tous réunis autour de la table, il est temps d’agir, pas de débattre », a-t-il ajouté.
Les discussions de lundi ont montré clairement que la pression s’accroît sur les pays européens qui pourraient fournir au moins un de leurs systèmes à Kiev, selon des diplomates de l’UE.
Six États membres de l’UE — l’Allemagne, la Grèce, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie et l’Espagne — utilisent actuellement des systèmes Patriot.
La semaine dernière, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a confirmé que les membres de l’alliance occidentale disposaient d’autres systèmes de défense aérienne pouvant être envoyés en Ukraine et qu’ils feraient de nouvelles annonces « prochainement ».
Systèmes de défense aérienne Patriot
Toutefois, nombre de ces États membres affirment qu’ils ne peuvent pas se passer de ses systèmes de défense et les envoyer à l’Ukraine, car ils font toujours partie de leurs plans de défense nationaux ou de ceux de l’OTAN.
Avant les discussions, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a renouvelé les appels aux autres États membres de l’UE pour qu’ils fournissent davantage de systèmes Patriot à Kiev, après que Berlin a annoncé à la mi-avril son intention d’équiper l’Ukraine d’une troisième batterie Patriot.
« Chaque système de défense aérienne supplémentaire sauve des vies en Ukraine », a-t-elle plaidé aux journalistes. « C’est pourquoi il est si important que nous unissions nos forces dans ce domaine précis ».
Selon des diplomates de l’UE, la Pologne, qui possède deux systèmes Patriot, et la Roumanie subissent moins de pressions pour fournir ces systèmes à l’Ukraine, car ils seraient nécessaires pour leurs plans de défense territoriale.
Les quatre autres États membres de l’UE ont toutefois fait l’objet d’un examen plus approfondi lors des négociations de lundi sur les livraisons à Kiev, selon des personnes au fait des discussions.
« Certains pays de l’UE n’ont pas un besoin immédiat de leurs systèmes de défense aérienne, mais les gardent jalousement alors que des vies sont perdues à quelques centaines de kilomètres de là », a souligné un second diplomate de l’UE.
La Grèce possède le plus grand stock de systèmes Patriot, selon les diplomates de l’UE, ainsi que de systèmes S-300 (missiles antiaériens) qui intéressent Kiev, car c’est un système que les forces armées ukrainiennes connaissent mieux.
En 2022, la Grèce avait offert son système vieillissant de missiles sol-air S-300 pour armer l’Ukraine, tout en gardant ses systèmes Patriot, qu’Athènes juge vitaux pour la sécurité régionale vis-à-vis de la Turquie, membre de l’OTAN.
Les deux voisins méditerranéens ont des différends de longue date concernant leurs frontières maritimes et aériennes, ce qui a entraîné par le passé des tensions autour des îles grecques proches du littoral turc.
« Nous avons déjà apporté une aide concrète à l’Ukraine et à son peuple », a annoncé lundi à la presse le porte-parole du gouvernement grec, Pavlos Marinakis.
« Toutefois, il convient de souligner qu’aucune action ne sera entreprise — et j’insiste sur ce point — qui pourrait, même de loin, mettre en danger les capacités de dissuasion ou la défense aérienne de notre pays », a ajouté M. Marinakis.
L’Espagne possède quatre systèmes Patriot, dont trois sont utilisés pour la défense du flanc sud de l’OTAN. L’un d’eux est actuellement stationné à la frontière turque avec la Syrie, et pourrait éventuellement être déplacé.
Interrogé par les journalistes sur cette possibilité, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a laissé entendre que Madrid pourrait renforcer la défense aérienne de l’Ukraine, mais a évité de donner une réponse directe.
« Nous sommes tout à fait conscients de la nécessité de disposer de systèmes de défense aérienne et en particulier de systèmes Patriot », a assuré M. Albares. « J’insiste. L’Espagne a toujours fait tout ce qu’elle pouvait [pour l’Ukraine] », a-t-il ajouté.
La ministre néerlandaise des Affaires étrangères, Hanke Bruins Slot, a expliqué que La Haye étudiait « toutes les possibilités », mais a prévenu qu’il serait « difficile » de vider les stocks actuels d’équipements de défense des Pays-Bas.
[Édité par Anna Martino]