Guerre en Ukraine : sauver des vies alors que les bombes pleuvent est un véritable défi

Avec l’invasion russe en cours en Ukraine, il est de plus en plus difficile pour les Ukrainiens d’accéder aux soins de santé, et il également devenu plus complexe pour le personnel de santé de sauver les personnes de maladies courantes.

EURACTIV.com
Newly-opened hospital deployed by American doctors from the Samaritan’s Purse organization in Lviv
Des médecins examinant un patient dans l’hôpital récemment ouvert et déployé par des médecins américains de l’organisation Samaritan’s Purse dans un parking souterrain du centre commercial King Cross Leopolis dans le village de Sokilnyky, près de Lviv, en Ukraine, le 14 mars 2022. [EPA-EFE/MYKOLA TYS]

Avec l’invasion russe en cours en Ukraine, il est de plus en plus difficile pour les citoyens ukrainiens d’accéder aux soins, et il également devenu plus complexe pour le personnel de santé de sauver les personnes de maladies courantes, affirme un responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Un mois après le début de la guerre en Ukraine, quelque 10 millions de personnes déjà ont été déplacées, dont six millions et demi à l’intérieur du pays.

Parmi les personnes déplacées à l’intérieur du pays, un tiers ont un enfant de moins de cinq ans, 25 % sont handicapées et la moitié ont une personne de plus de 60 ans à charge. Un autre tiers des personnes déplacées a un membre de sa famille atteint d’une maladie chronique et 10 % sont des femmes enceintes, indiquent les conclusions de l’Organisation pour les migrations présentées par l’OMS mercredi 23 mars.

« La lecture de ces chiffres est saisissante lorsque l’on prend en compte la vulnérabilité des personnes déplacées à l’intérieur du pays », a expliqué Michael Ryan, directeur des urgences à l’OMS, lors de la séance d’information.

Il a ajouté qu’« on estime que 12 millions de personnes supplémentaires se trouvent dans les zones de conflit et ne peuvent pas se déplacer pour le moment ». Cela signifie que la moitié de la population ukrainienne est déplacée ou se trouve dans la zone de conflit direct.

« C’est une statistique terrible et honteuse, quatre semaines après le début de cette invasion », a estimé M. Ryan.

L’accès aux soins est soit extrêmement difficile, soit totalement impossible pour ces personnes.

Dans certains cas, les établissements de santé sont directement attaqués par les forces russes. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a annoncé cette semaine que 64 attaques contre des hôpitaux, des centres de santé et des ambulances avaient été recensées.

Jusqu’à présent, l’OMS a livré environ 150 tonnes de matériel médical par le biais de lignes d’approvisionnement établies depuis l’entrepôt de Lviv vers d’autres régions de l’Ukraine. Toutefois, compte tenu de la situation actuelle, rien ne garantit que l’aide sanitaire parvienne aux patients.

« Un convoi humanitaire vers Marioupol n’a pas pu être envoyé en raison de l’insécurité. Nous continuons à faire face à de sérieuses contraintes de trésorerie qui entravent notre capacité à fournir une aide vitale », a expliqué Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Ibrahima Socé Fall, directeur adjoint de l’OMS chargé des urgences, a ajouté que même si l’aide parvient à ceux qui en ont besoin, rien ne garantit que le personnel de santé ou les patients puissent y accéder en toute sécurité.

L’aide aux patients en Ukraine reste « problématique »

Cette situation place les patients atteints de maladies non transmissibles dans des situations où leur vie est menacée.

Le directeur général de l’OMS a déclaré que « l’interruption des services et des approvisionnements dans toute l’Ukraine fait courir un risque extrême aux personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, de cancer, de diabète, du VIH et de tuberculose, qui figurent parmi les principales causes de mortalité dans le pays ».

Selon M. Fall, l’évacuation des personnes atteintes de maladies non transmissibles reste également un problème. « Voir qui doit être évacué et comment nous allons évacuer ces personnes est un autre défi », a-t-il confié.

M. Fall a ajouté que l’OMS travaille avec ses partenaires, mais qu’en l’absence de couloirs humanitaires, il « sera très difficile de sauver les personnes atteintes de maladies très courantes ».

Mercredi, lors d’un webinaire de la Plateforme européenne pour la politique de santé, Mike Morrissey, directeur général de l’Organisation européenne contre le cancer (ECO), a exprimé sa frustration face à l’incapacité des organisations gouvernementales à « agir aussi rapidement » que les organisations de patients et les ONG pour évacuer les patients d’Ukraine.

« Les patients atteints de cancer en Ukraine qui sont encore en vie aujourd’hui, grâce au travail des organisations de patients et d’autres ONG, qui ont travaillé seules ou en groupe pour faire sortir les Ukrainiens atteints de cancer d’Ukraine. Des actes de bravoure incroyables, des actes de bonté incroyables, et une action très rapide », a affirmé M. Morrissey.

L’UE prend en charge les patients qui ont franchi ses frontières

Entre-temps, la Commission européenne a établi une procédure opérationnelle standard pour soutenir le transfert de patients d’un État membre à l’autre, a annoncé Cinthia Menel Lemos, de la DG Santé.

Ce transfert serait possible pour les personnes déplacées en raison de la guerre souffrant de maladies graves ou potentiellement mortelles et nécessitant des soins hospitaliers ininterrompus.

« Ce qui n’entre pas dans le cadre de cette procédure opérationnelle standard, ce sont les évacuations à l’intérieur de l’Ukraine directement ou de la Moldavie, car ces pays ne sont pas des États membres de l’UE », a précisé Mme Lemos.

Elle a ajouté que la Commission discute actuellement avec les autorités ukrainiennes et moldaves de la manière dont elles pourraient évacuer les patients vers la frontière avec l’UE.

« Une fois que les patients seront dans l’UE, nous serons en mesure de les prendre en charge », a expliqué Mme Lemos.

En vertu d’une directive sur la protection temporaire, le coût du traitement est totalement pris en charge par le pays d’accueil, tandis que la Commission couvre 75 % du coût du transport des personnes.