Hollande veut un gouvernement pour l'avant-garde de la zone euro
Le chef de l'Etat veut renforcer l'union politique, mais seulement pour les 6 Etats fondateurs de l'UE.
Le chef de l’Etat veut renforcer l’union politique, mais seulement pour les 6 Etats fondateurs de l’UE.
L’approfondissement de la zone euro était un thème de campagne du candidat Hollande. Il a refait surface ces derniers jours, alors que les observateurs les plus affûtés de la crise grecque ne peuvent que constater l’incomplétude de l’Union économique et monétaire à la lumière des derniers évènements. Le président l’a appelé de ses vœux le 14 juillet, son Premier ministre Manuel Valls l’a répété devant l’Assemblée nationale le 15, et François Hollande a enfoncé le clou avec une tribune publiée le 19 juillet dans le Journal du Dimanche.
>>Lire : Plaidoyer pour un gouvernement de la zone euro lors du débat sur la Grèce
Parachever l’intégration, une évidence théorique
Les désordres économiques que crée une union monétaire sans son pendant budgétaire sont à la fois connus et documentés, notamment par des prix Nobel comme l’Américain Stiglietz. D’un point de vue économique, l’appel au renforcement de la gouvernance politique de la zone euro relève donc de l’évidence. Le comble c’est que les principales nations de la zone euro sont d’ailleurs plutôt pour ; c’est le cas d’une majorité de la classe politique allemande notamment. En France, en Italie ou en Espagne, ce projet se tient toutefois plus à gauche de la scène politique, alors que la droite traîne des pieds à la fois sous motif de protection de la souveraineté nationale, et pour éviter de perdre –encore- une part de son électorat anti-européen à l’extrême-droite.
Au sein des institutions européennes, les convictions sont aussi là.
Comme l’a montré le rapport des 5 présidents publié en juin dernier, largement documenté sur EURACTIV (là, là ou encore là), les dirigeants de la BCE, de la Commission, du parlement européen, de l’Eurogroupe et du Conseil européen convergent pour réclamer plus d’intégration aux pays de la zone euro.
Mais contrairement à François Hollande dans sa tribune, les dirigeants de l’UE proposent des réformes à petits pas, mais précises : ils proposent un calendrier et des réformes concrètes, comme la mise en place d’ici 2017 d’un mécanisme de réassurance des dépôts des épargnants qui permettrait d’éviter le retrait massif de liquidités constaté ces 6 derniers mois en Grèce, et qui a fini de déstabiliser l’économie grecque.
>>Lire : La zone euro veut s’épargner les paniques bancaires
Le chef de l’État fait, lui, des propositions plus vagues : celle d’ajouter une nouvelle couche administrative avec un Parlement et un gouvernement propre à la zone euro, d’une tribune-hommage à Jacques Delors qui fête lundi 20 juillet ses 90 ans.
Le club des 6, le retour
Il opte aussi clairement pour une « avant-garde » de la zone euro, constituée avec les pays qui le souhaitent, soit en fait la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.
Un vocabulaire qui suppose que l’essentiel des 19 pays actuels de la zone soient exclus. Le terme d’ avant-garde », qui suppose que les autres restent derrière, a vivement été critiqué sur les réseaux sociaux. Il renvoie à une conception élitiste de la zone, avec quelques grands pays moteurs et d’autres suiveurs, qui supposerait de concrétiser dans les traités une situation de fait.
Comme le montrent les mini-sommets répétés entre « grands États » de la zone, tous les États ne sont pas égaux en Europe. En matière de politique internationale, le format « Normandie » qui prévaut pour la discussion Europe/Russie/États-Unis sur la question ukrainienne illustre bien le problème : seuls la France et l’Allemagne prennent part aux échanges.
De même en matière économique, la crise grecque a une nouvelle fois montré cette prévalence des plus gros : Alexis Tsipras s’est régulièrement retrouvé en train de négocier directement avec Hollande et Merkel, plutôt qu’avec les 19 chefs d’État ou leur représentant en matière économique, Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe. La crise a d’ailleurs montré le manque d’interlocuteur et d’institutions pour représenter la zone euro, d’autant que le président du Conseil européen, Donald Tusk, était nécessairement moins impliqué, la Pologne ne faisant pas partie de la zone euro.
L’idée d’une nouvelle chambre européenne pour représenter la zone euro nécessiterait par ailleurs un budget, une question restée sans réponse dans le texte de François Hollande, qui ne propose pas non plus de calendrier. En revanche, Manuel Valls a promis qu’un texte français qui étayerait ces propositions serait publié d’ici la fin de l’été..
Les conseillers des chefs d’État français et allemand avaient déjà publié, début juin, un texte faisant été du besoin de renforcement des institutions de la zone euro.