Industrie verte : la politique européenne serait « supérieure » à l'Inflation Reduction Act américain

L’approche européenne vis-à-vis du développement d'une industrie verte serait « supérieure » à l'Inflation Reduction Act américain, affirment des économistes allemands et français dans un rapport publié vendredi, appelant au calme face aux risques de délocalisations.

Euractiv.com
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Alors que les États-Unis s’appuient principalement sur des subventions pour développer la production industrielle respectueuse du climat, le principal instrument politique de l’UE est le système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne (SEQEUE) qui fixe un prix pour les émissions de carbone des industries traditionnelles émettrices de CO2 — dont les recettes sont également utilisées pour promouvoir l’adoption d’une production propre. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/packed-rolls-steel-sheet-cold-rolled-670931380" target="_blank" rel="noopener">PhotoStock10/shutterstock</a>]

L’approche européenne vis-à-vis du développement d’une industrie verte serait « supérieure » au Inflation Reduction Act (IRA) américain, affirment des économistes allemands et français dans un rapport publié vendredi (22 septembre), appelant au calme face aux risques de délocalisations.

Depuis que les États-Unis ont lancé en août 2022 leur plan phare, l’IRA, pour soutenir la transition écologique de leur industrie, de nombreux responsables politiques européens ont fait part de leurs craintes que des entreprises européennes délocalisent leur production de l’autre côté de l’Atlantique, en investissant dans de nouveaux sites sur le sol américain plutôt que dans l’Union européenne.

Toutefois, des économistes des gouvernements allemand et français, dans un rapport publié conjointement, ont appelé à moins d’alarmisme, affirmant que la politique industrielle verte européenne est « clairement une approche supérieure ».

Les craintes de délocalisation sont souvent surestimées, affirme en outre le rapport, précisant que « l’IRA devrait avoir des effets relativement limités sur la production américaine et les transferts de production [européens] vers les États-Unis ».

Alors que l’IRA s’appuie principalement sur des aides d’Etat et avantages fiscaux, le principal instrument européen est le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE-UE) qui fixe un prix pour les émissions de carbone des industries traditionnelles émettrices de CO2 — et dont les recettes sont utilisées pour promouvoir la décarbonation des pratiques industrielles.

En ce sens, « les subventions à l’investissement et à la production sont moins efficaces pour traiter les externalités environnementales que l’approche européenne », notent les économistes. « Sans tarification du carbone, le montant des subventions nécessaires pour atteindre un objectif de décarbonisation devient plus élevé ».

La réduction des émissions de carbone par une double approche — de récompenses et de sanctions — comme le fait l’Europe, pourrait donc être cinq à six fois moins coûteuse que si l’on s’en remettait uniquement aux subventions, écrivent les experts.

« Bidenomics » vs SEQE-UE

L’utilisation massive de subventions aux États-Unis fait partie de l’analyse économique du président Joe Biden, connue plus familièrement sous le nom de « Bidenomics »,. Elle vise à combiner les investissements dans la transition verte avec des incitations pour ramener la production industrielle aux États-Unis, notamment pour réduire la dépendance à l’égard de la Chine.

Elle est également considérée comme une réponse à l’échec de l’introduction d’une tarification du carbone, qui se heurte à une résistance beaucoup plus forte aux États-Unis qu’en Europe.

L’UE, en revanche, a récemment adopté un resserrement drastique de son marché du carbone, qui devrait faire grimper les prix de la production industrielle à forte intensité de CO2 et des combustibles de chauffage et de transport.

Les revenus du marché du carbone, qui vont principalement aux budgets nationaux et en partie aux fonds gérés par l’UE, sont également utilisés pour promouvoir l’adoption de technologies vertes. Cependant, ces programmes d’adoption sont souvent trop compliqués, notent les experts.

« L’Europe devrait s’inspirer de la simplicité et de la rapidité de l’IRA », écrivent-ils, qui ajoutent que « les crédits d’impôt de l’IRA et les conditions dans lesquelles une entreprise peut les obtenir sont faciles à comprendre et à prévoir ».

« En revanche, les subventions de l’UE sont généralement accordées à l’issue d’un processus de demande dont le résultat est incertain », ajoutent-ils.

L’UE et ses États membres doivent donc redoubler d’efforts pour réduire le poids de la bureaucratie afin que les entreprises puissent bénéficier de programmes de financement tels que le fonds d’innovation de l’UE, le mécanisme de relance et de résilience de l’UE (« Next Generation EU ») et les régimes de subventions nationaux.

Cependant, au total, « le niveau de financement global des programmes de l’UE est comparable à celui de l’IRA » et « dépasserait déjà l’IRA en termes de soutien financier aux énergies renouvelables », notent les experts.

L’UE en avance

Alors que l’IRA a suscité des inquiétudes quant au retard de l’Europe dans les secteurs de l’industrie verte, les fabricants européens seraient en fait à la pointe de technologies telles que les voitures électriques (VE) et les électrolyseurs pour la production d’hydrogène, affirment les experts.

« L’Europe est en avance sur les États-Unis dans le secteur des véhicules électriques », notent-ils, ajoutant que « nous ne nous attendons pas à ce que l’expansion du marché américain des véhicules électriques attire une demande ou une production substantielle au détriment de l’Europe ».

Étant donné que la plupart des voitures ne seraient de toute façon pas expédiées sur de longues distances jusqu’à leur lieu de vente, en raison des coûts de transport élevés, les sites de production des voitures destinées à être vendues en Europe resteraient probablement en Europe, affirment les experts.

De même, « les fabricants allemands sont des leaders technologiques dans la production d’électrolyseurs efficaces », qui sont nécessaires pour produire de l’hydrogène. Le régime de subvention américain visant à promouvoir la production d’hydrogène profiterait donc également aux entreprises européennes, car il « stimulerait la demande de haute technologie européenne ».

Par conséquent, la réponse politique européenne aux États-Unis ne devrait se concentrer que sur quelques secteurs « pour lesquels les pays de l’UE ont des avantages comparatifs et qui génèrent des externalités significatives », au lieu de se lancer dans une vaste course aux subventions avec les États-Unis.

Les décideurs politiques européens devraient se préoccuper davantage des prix de l’énergie, qui devraient rester plus élevés en Europe qu’aux États-Unis pendant une longue période.

« Des efforts conjoints pour réduire les prix de l’énergie en Europe sont donc d’une importance primordiale », affirment les experts, qui ajoutent que « l’offre d’énergie doit augmenter rapidement en accélérant l’expansion de l’offre d’énergie renouvelable ».

Pour ce faire, l’Allemagne et la France devraient également mettre fin à leur conflit actuel sur l’utilisation de l’énergie nucléaire et plutôt « se soutenir mutuellement dans ces efforts », notent les experts.