Inflation : entre frugalité et solidarité européenne

La pression s'accentue sur l'Allemagne en raison de son refus d'envisager des instruments européens d'emprunt conjoint pour faire face à la crise inflationniste actuelle, l'Espagne avertissant qu'elle risque de mettre en péril le marché unique.

/ / / EFE avec EURACTIV.com / EURACTIV Allemagne / Euractiv France
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Le secrétaire d’État allemand à l’Action pour le climat, Sven Giegold (à gauche), et la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera (à droite), lors de la réunion des ministres européens de l’Énergie à Prague, en République tchèque, le 12 octobre 2022. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

La pression s’accentue sur l’Allemagne en raison de son refus d’envisager des instruments européens d’emprunt conjoint pour faire face à la crise inflationniste actuelle, l’Espagne avertissant qu’elle risque de mettre en péril le marché unique.

Dans le même temps, la décision de l’Allemagne accroît la pression sur les gouvernements traditionnellement conservateurs sur le plan fiscal, qui doivent suivre l’exemple de Berlin et protéger leur propre économie.

Certains des plus grands États membres de l’UE — l’Italie, la France et l’Espagne — manifestent un mécontentement croissant face au refus allemand d’adopter des mesures communes pour faire face à la crise.

Bien que l’Allemagne ait depuis lors donné suite à d’autres idées européennes d’action commune pour faire face à la crise, avec un récent changement de position concernant l’achat commun de gaz, considéré comme un « rameau d’olivier » pour apaiser les critiques, Berlin s’en tient largement à son idée de dépenser jusqu’à 200 milliards d’euros pour soulager son économie du poids de la flambée des prix de l’énergie, tout en restant réticent à faire de même au niveau européen.

S’il est nécessaire de prendre en considération les différentes « positions et difficultés » des États membres de l’UE, cela ne peut se faire au détriment des autres membres du bloc, a confié la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, à la presse à Bruxelles, mercredi (12 octobre).

« L’Allemagne et d’autres États membres, qui étaient très dépendants du gaz russe, ont besoin de la compréhension des autres, mais pas si cela implique de mettre les autres en danger », a déclaré la ministre espagnole, selon EFE, média partenaire d’EURACTIV.

En attendant, les capitales européennes et notamment Madrid et Paris, attendent que l’exécutif européen donne son verdict sur le plan allemand.

« Le rôle de la Commission est de s’assurer qu’il n’y a pas de distorsion du marché », a indiqué une source gouvernementale française à EURACTIV.

Des emprunts conjoints

La Commission européenne et la plupart des États membres considèrent actuellement l’emprunt conjoint au niveau de l’UE comme l’une des principales options pour faire face à la crise.

Cet appel à recourir à des emprunts conjoints a été lancé par une tribune des commissaires européens à l’Économie et au Marché intérieur, Paolo Gentiloni et Thierry Breton, la semaine dernière, et a depuis obtenu un soutien considérable de la part des plus grands États membres — à savoir la France, l’Italie et l’Espagne.

Étant donné qu’un deuxième recours au fonds européen pour la relance de 750 milliards d’euros décidé durant la pandémie est improbable et que son adoption prendrait trop de temps, la coalition en faveur de l’emprunt en commun propose actuellement une option moins controversée.

Le système envisagé permettrait à la Commission européenne d’emprunter de l’argent à des conditions avantageuses sur les marchés internationaux et de le transmettre, aux mêmes conditions, aux États membres dont la crédibilité est moindre que celle de l’institution.

Le nouvel instrument s’inspirera probablement du mécanisme SURE, parmi les premières mesures prises au niveau de l’UE durant la pandémie. Il s’agit d’un mécanisme de prêt européen dans le cadre duquel la Commission a levé 100 milliards d’euros sur les marchés. L’emprunt était assorti d’un système de garanties des États membres destiné à alléger la charge budgétaire des efforts déployés par les autorités nationales pour soutenir les travailleurs et préserver les emplois.

La nouvelle version de ce système viserait à faire en sorte que les États membres possédant la moins bonne notation financière aient accès à des prêts à des taux moins coûteux. Toutefois, il laisserait de côté des pays plus riches comme la France ou l’Allemagne, qui ont déjà accès à des taux de financement avantageux.

Alors que l’Italie, par exemple, paie actuellement 4,7 % pour ses obligations sur dix ans, la Commission européenne ne paie quant à elle que 3,2 %.

Cependant, parmi les États qui ont déjà fait part de leur opposition au nouveau mécanisme, comme les Pays-Bas ou la Finlande, on retrouve également la plus grande économie du bloc : l’Allemagne.

Si le chancelier allemand Olaf Scholz a un jour fait l’éloge du fonds européen pour la relance en le qualifiant de véritable « moment hamiltonien » pour l’UE qui ouvrirait la voie à une union fiscale à part entière, le gouvernement allemand actuel a adopté une position plus radicale sur la question.

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a clairement indiqué à plusieurs reprises que l’emprunt commun réalisé pendant la pandémie de Covid n’était que ponctuel, et a, par ailleurs, rejeté les appels à l’introduction de ce nouveau système, pour l’instant du moins.

Frugalité

Toutefois, la décision de Berlin a eu pour effet d’accroître la pression interne sur les gouvernements de l’UE traditionnellement considérés comme « frugaux », ce qui pourrait les amener à assouplir leur position au niveau communautaire.

L’industrie autrichienne, par exemple, qui représente environ 28 % du PIB du pays et est étroitement liée à son voisin, souhaite désormais bénéficier d’un grand programme similaire à celui de l’Allemagne.

« L’Autriche doit suivre cet exemple pour assurer sa compétitivité », a expliqué Christoph Walser, président de la chambre de commerce du Tyrol.

Dans le même temps, les très influentes chambres de commerce de presque tous les Länder du pays ont exprimé leurs inquiétudes concernant l’Allemagne.

« La compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne, le plus important marché pour nos entreprises commerciales et artisanales à l’étranger, est en jeu », a souligné Renate Scheichelbauer-Schuster, responsable du commerce à la chambre de commerce autrichienne.

Selon les représentants de l’industrie, le paquet colossal de 200 milliards d’euros de Berlin lui donne la sécurité de planifier « bien au-delà de 2024 », ce dont les entreprises autrichiennes ont « désespérément besoin ».

L’industrie du pays a déjà reçu le soutien du Parti social-démocrate d’Autriche (Sozialdemokratische Partei Österreichs, SPÖ), un parti d’opposition, qui jouit actuellement d’une avance de cinq points dans les sondages.