L'Italie prolonge les contrôles aux frontières avec l'Espagne

La décision risque d'aggraver et de prolonger le conflit entre les deux pays de l'UE au sujet de la crise de Ceuta

/ EURACTIV.com
La Première ministre Giorgia Meloni et le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi, lors de l'exposé de la Première ministre devant la Chambre des députés sur l'action du gouvernement. Rome (Italie), le 9 avril 2026 [Photo : Massimo Di Vita/Archivio Massimo Di Vita/Mondadori Portfolio via Getty Images]

L’Italie prolonge de 15 jours supplémentaires les contrôles aux frontières pour les voyageurs en provenance d’Espagne, ce qui aggrave le conflit au sein de l’espace Schengen déclenché par la crise migratoire de grande ampleur qui touche l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord.

Le ministère italien de l’Intérieur a annoncé lundi qu’il va notifier à la Commission européenne la prolongation des contrôles à ses frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne.

« Cette décision a été prise […] car les facteurs qui avaient conduit à leur réintroduction le 1er août persistent », a indiqué le ministère.

Ces mesures, initialement mises en place le 1er août pour une durée d’un mois, avaient été motivées par l’afflux sans précédent de migrants à Ceuta et par les craintes quant aux conséquences potentielles en matière de sécurité et d’immigration pour l’ensemble de l’espace Schengen, où la libre circulation sans passeport est en vigueur.

Le gouvernement espagnol avait alors annoncé que si l’Italie ne levait pas les contrôles aux frontières à l’égard de ses citoyens, il imposerait des contrôles réciproques dans les ports et aux postes-frontières espagnols aux passagers en provenance d’Italie. Le 8 août, Madrid a mis sa menace à exécution et a imposé des contrôles aux frontières jusqu’au 7 septembre.

Cette décision risque de prolonger et d’intensifier un affrontement exceptionnel entre deux pays de l’UE qui, en temps normal, permettent à leurs citoyens de circuler librement à travers leurs frontières.

Environ 72 000 personnes ont traversé la frontière depuis le Maroc pour entrer à Ceuta le 30 juillet, lors d’un afflux massif qui a fait des dizaines de morts et laissé des milliers de personnes bloquées dans l’enclave. Entre 5 000 et 8 000 migrants, dont des mineurs non accompagnés, se trouvent toujours à Ceuta.

La mesure de prolongation a été communiquée personnellement par le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi à son homologue espagnol, Fernando Grande-Marlaska, a indiqué le ministère italien.

Le ministère espagnol de l’Intérieur n’a pas immédiatement répondu à notre demande de commentaires.

L’Espagne a également sollicité une aide supplémentaire de l’UE pour traiter les dossiers des personnes encore présentes sur son territoire, en demandant officiellement le soutien de Frontex, l’agence européenne des frontières, ce qu’elle s’était abstenue de faire jusqu’à présent.

« Toute cette situation me semble absurde », a déclaré Pedro Sánchez lorsqu’on lui a demandé lundi matin, lors d’une interview à la radio, si l’Espagne compte étendre les contrôles à l’Italie.

« Ceuta et Melilla ne font pas partie de l’espace Schengen, les contrôles s’effectuent à la frontière […] Il n’y a aucune raison, aucun argument qui justifie cela. »

La Commission européenne n’a pas immédiatement répondu à notre demande de commentaires.

(bw)