Kaja Kallas offensive sur la Russie et la Chine mais reste vague sur le Moyen-Orient
Kaja Kallas, la candidate désignée au poste de Haute représentante de l’UE, a appelé à un renforcement des liens avec les États-Unis en matière de sécurité vis-à-vis de la Russie et de la Chine, mais est restée évasive quant à la gestion du conflit au Moyen-Orient.
Kaja Kallas, candidate désignée au poste de Haute représentante de l’Union européenne (UE), a appelé mardi 12 novembre à un renforcement des liens entre Bruxelles et Washington en matière de sécurité, pour faire face à la Chine et à la Russie, mais elle est restée très évasive sur la politique qu’elle comptait mener au Moyen-Orient.
« Le monde est en feu, nous devons donc nous serrer les coudes », a affirmé Kaja Kallas, soulignant la nécessité pour l’UE de peser de tout son poids en tant qu’« acteur géopolitique ».
L’approbation de la candidate estonienne ne faisait guère de doute depuis qu’elle avait été directement sélectionnée par les dirigeants de l’UE en juillet dernier. Toutefois, mardi après-midi, elle a été mêlée à la « prise d’otage » politique de ses collègues commissaires désignés à une vice-présidence exécutive.
Bien que ses réponses diplomatiques sur la plupart des grands sujets aient plu aux eurodéputés — notamment sur la Russie et la Chine —, elle n’a pas réussi à exposer de développements concrets sur le Moyen-Orient et sur d’autres régions du monde, selon plusieurs sources au sein du Parlement.
Forte sur l’axe Russie-Chine
« Nous voyons l’Iran, la Corée du Nord, la Chine et la Russie s’aligner de manière à soutenir la Russie en Ukraine et à s’étendre aux actions déstabilisatrices de l’Iran au Moyen-Orient et même en Europe, comme en Suède », a affirmé Kaja Kallas.
« Si les États-Unis sont préoccupés par les événements en mer de Chine méridionale, ils devraient également donner la priorité à la manière dont nous répondons à l’agression de la Russie en Ukraine — cela correspond également à leurs intérêts », a-t-elle affirmé, exhortant Donald Trump à renforcer les liens de sécurité entre l’UE et les États-Unis.
Elle a souligné que « sans le soutien de la Chine, la Russie ne pourrait pas poursuivre sa guerre avec la même force » et que Pékin « doit également payer un prix élevé » pour son soutien à la Russie en Ukraine, sans donner plus de détails sur la nature de ce prix.
De même, l’UE « devrait avoir une nouvelle approche vis-à-vis de l’Iran », selon la responsable politique estonienne, qui s’est engagée à soumettre la question aux ministres des Affaires étrangères de l’UE afin de discuter d’un « plan plus fort » vis-à-vis de Téhéran, accusée de fournir des équipements militaires à Moscou.
Toutefois, lorsqu’on lui a demandé si elle comptait revoir la stratégie de l’UE à l’égard de la Chine, Kaja Kallas n’a pas répondu par l’affirmative : « Nous avons mis en place notre propre politique à l’égard de la Chine et nous devons la suivre . Nous devons traiter la Chine davantage comme un concurrent et un rival systémique , nous devons vraiment réduire les risques ».
Elle a toutefois souligné que l’UE « ne devrait pas sous-estimer son propre pouvoir, car nous avons également un effet de levier dans la relation avec la Chine, puisque nous sommes une énorme puissance économique ».
Lorsqu’on lui a demandé si elle conclurait l’accord commercial UE-Mercosur avec les pays d’Amérique latine, Kaja Kallas a mis l’accent sur la Chine, arguant qu’entre 2020 et 2022, les investissements chinois dans la région du Mercosur avaient été multipliés par 34.
« Si nous ne concluons pas d’accord commercial avec eux [l’Amérique latine], ce vide sera comblé par la Chine », a-t-elle affirmé.
Contrairement aux réponses écrites qu’elle avait données aux eurodéputés, Kaja Kallas n’a pas évoqué la stratégie de sécurité économique de l’UE ni les efforts en faveur d’une nouvelle « politique économique étrangère », qui protégerait l’UE de ses « rivaux systémiques ».
Division UE-OTAN sur la défense
Abordant le « sous-investissement significatif » de l’Europe en matière de défense, Kaja Kallas a déclaré que « le problème de la défense, c’est que lorsque l’on en a besoin, il est en fait trop tard pour prendre les décisions — nous devons nous préparer maintenant, pendant que nous sommes en paix ».
Interrogée sur la manière dont elle envisage de garantir la complémentarité de l’UE avec l’OTAN en matière de défense, l’Estonienne a affirmé qu’elle considérait que « l’Union européenne et l’OTAN avaient deux rôles différents », Bruxelles se concentrant sur l’industrie de la défense et l’Alliance sur la défense en temps que telle.
« Je ne pense pas que l’UE ait besoin de pouvoirs militaires distincts », a précisé Kaja Kallas, mettant un terme aux idées fédéralistes d’une future armée européenne. « Si nous avons deux structures parallèles, la balle tombera entre les deux chaises, et nous n’avons pas besoin de cela ».
Faiblesse sur le Moyen-Orient et d’autres régions
Alors que l’audition de Kaja Kallas a été largement dominée par la Russie — et dans une moindre mesure par la Chine — les eurodéputés ont également pressée l’Estonienne de préciser son point de vue sur d’autres sujets sur lesquels ses réponses ont été moins claires.
En ce qui concerne le Moyen-Orient, elle a fait part de la « forte unité » de l’UE sur la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat à Gaza et au Liban, de la libération inconditionnelle des otages israéliens, de la poursuite de l’aide humanitaire et du soutien à une solution à deux États.
« Notre soutien à l’Autorité palestinienne et au droit d’Israël à exister étant reconnu dans toute la région, nous disposons d’une base solide pour les efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit », a-t-elle confié.
Toutefois, elle a peiné à trouver un ton confiant sur l’approche globale de l’UE au Moyen-Orient ou à mentionner l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), dont le financement est assuré par l’Union et qu’Israël a menacé d’interdire.
Elle n’a pas non plus précisé si elle suspendrait l’accord d’association entre l’UE et Israël, que Josep Borrell, l’actuel chef de la diplomatie de l’UE, doit soumettre à discussion lors de sa dernière réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à la mi-novembre.
Kaja Kallas n’a pas non plus réussi à convaincre les eurodéputés avec son plaidoyer en faveur d’un engagement avec les pays d’Afrique. Elle a promis de se servir d’un sommet conjoint l’année prochaine pour « écouter les dirigeants africains, et pas seulement pour prêcher notre mode de vie ».
« Je suis prête à investir mon temps en Afrique », a-t-elle affirmé. « Nous [l’Estonie] n’avons pas de passé [en Afrique], je suis donc un nouveau visage », a-t-elle ajouté, mais elle est restée très vague sur le contenu de la politique qu’elle voulait mettre en place dans la région, au-delà de la lutte contre l’immigration.
[Édité par Anna Martino]