Kiev ferait l'objet d'un « complot » d'après le premier ministre ukrainien
Le premier ministre ukrainien, Mykola Azarov, a affirmé que son pays était « pris en otage » dans l'affaire concernant son prédécesseur, Ioulia Timochenko. Selon lui, cette affaire prendrait des proportions exagérées en raison d'un « complot étranger » visant à empêcher son pays de se rapprocher de l'UE.
Le premier ministre ukrainien, Mykola Azarov, a affirmé que son pays était « pris en otage » dans l'affaire concernant son prédécesseur, Ioulia Timochenko. Selon lui, cette affaire prendrait des proportions exagérées en raison d'un « complot étranger » visant à empêcher son pays de se rapprocher de l'UE.
M. Azarov a déploré le « préjudice moral colossal » qu'avait subi son pays suite à l'affaire Timochenko. Il se demande d'ailleurs qui compensera l'Ukraine pour ces inconvénients.
Le ministre ukrainien s'est exprimé au Parlement européen après avoir été invité par le groupe des Socialistes et Démocrates avec lequel le Parti des régions au pouvoir en Ukraine tente de développer des relations.
Hier (15 mai), M. Azarov a participé à un conseil de coopération entre l'UE et l'Ukraine où il a rencontré la responsable de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, et le commissaire à l'élargissement et à la politique de voisinage, Štefan Füle.
Les relations entre l'UE et l'Ukraine se sont détériorées ces derniers mois, certains pays de l'Union évoquant le risque du renforcement de l'influence de Moscou si trop de pressions étaient exercées sur le pays vis-à-vis de l'affaire Timochenko (voir « Contexte »).
Mme Timochenko a été incarcérée l'année dernière suite à un procès pour abus de pouvoir que beaucoup considèrent comme une tentative de réduire au silence cette figure de l'opposition.
Lorsque l'eurodéputé socialiste polonais Bogus?aw Liberadzky lui a demandé de révéler les détails de ce « complot international », M. Azarov n'a pas cité de pays en particulier, se contentant d'affirmer qu'un jour ou l'autre, la vérité serait révélée.
« M. Liberadzky, je ne voudrais pas compliquer une situation déjà très complexe en Ukraine. Je pourrais vous faire part de mon opinion en privé. Je me suis fait mon opinion et elle n'est pas sans fondement. Mais je ne ferai pas de déclaration. Ce qui compte, c'est que tôt ou tard, tout devienne clair. Tôt ou tard, tout devient transparent et compréhensible », a-t-il déclaré, s'exprimant dans la langue de Pouchkine.
L'Allemagne manipulée par la Russie ?
EURACTIV a par la suite contacté M. Liberadzky, mais il aurait quitté la session pour une réunion de son groupe politique sans avoir eu de contact direct avec M. Azarov.
Certaines sources ont confié à EURACTIV que M. Azarov faisait allusion à la manière dont la Russie manipulerait l'UE via certains de ses Etats membres, l'Allemagne en particulier.
Le président russe, Vladimir Poutine, attache une grande importance à son projet d'Union eurasienne rassemblant les anciennes républiques soviétiques. Selon les experts, la participation de l'Ukraine serait cruciale pour Moscou. Nombreux sont ceux qui pensent que la Russie fait tout pour récupérer l'Ukraine à son bord en rompant ses liens avec Bruxelles.
Au cours de ces 90 minutes de débats avec les eurodéputés, M. Azarov a fustigé la Russie à plusieurs reprises et pointé du doigt l'Allemagne comme le pays auquel la Russie vend son gaz « deux fois moins cher » qu'à l'Ukraine.
Le premier ministre ukrainien a également saisi cette opportunité pour attaquer son prédécesseur, Mme Timochenko, quant à l'accord gazier signé en 2009 avec la Russie. Il l'a accusé d'avoir envoyé « des gens mourir » dans les hôpitaux en raison du manque de médicaments qui a découlé du prix élevé qu'elle a négocié pour le gaz.
M. Azarov a expliqué en long et en large que Mme Timochenko avait conclu un accord gazier désastreux pour compenser la Russie des 405 millions de dollars (318 millions d'euros) de pertes que l’ancienne première ministre aurait détournés des années auparavant. Elle aurait détourné cet argent pour son propre compte au détriment du ministère russe de la défense. Il a affirmé que cette somme équivalait au budget annuel de son pays pour la santé publique.
« Pourquoi la Russie a-t-elle jeté l'éponge ? Est-ce si peu d'argent ? Je pense que c'est beaucoup d'argent. Mais pourquoi la Russie s'est-elle montrée si généreuse envers Mme Timochenko ? Pourquoi la Russie a-t-elle abandonné les charges contre Mme Timochenko, pourquoi adopter cette attitude ? Pourquoi ? », a demandé M. Azarov.
Il a expliqué qu'il avait interrogé M. Poutine, premier ministre à l'époque, à propos du contrat gazier de 2009.
« Il y avait des intérêts privés de la part de Mme Timochenko », a-t-il affirmé.
En référence aux jeux de pouvoir qui s'opèrent en Russie, le premier ministre ukrainien a parlé du jour où la Russie avait eu besoin de l'accord de la Turquie pour construire le gazoduc South Stream via les eaux territoriales de ses voisins dans la mer Noire.
« Pourquoi le prix pour la Turquie est-il tombé à 190 dollars (150 euros), alors qu'il a grimpé à 520 dollars (408 euros) pour l'Ukraine ? […] je peux citer d'autres exemples », a affirmé M. Azarov, laissant entendre que la Russie achetait de l'influence politique avec des ristournes sur le prix du gaz.
Argent gaspillé ?
M. Azarov a expliqué que le gazoduc South Stream, conçu avec une capacité maximum de 68 milliards de mètres cubes par an (mmc/an) coûterait 20 milliards d'euros. D'après lui, cela revient à jeter l'argent par les fenêtres quand on sait que la modernisation des trois gazoducs de son pays coûterait 1,5 milliard d'euros et pourraient approvisionner l'Europe avec 120 mmc/an.
En raison de ses relations tendues avec la Russie, l'Ukraine envisage de développer l'exploitation du gaz de schiste, a-t-il déclaré. Selon M. Azarov, son pays et l'Europe regorgent de réserves de gaz de schiste. Il a cependant ajouté que l'Ukraine préfèrerait investir son argent dans la modernisation de son économie et de la société.
« La Russie a elle aussi des tonnes de problèmes », a-t-il assuré, laissant entendre que Moscou dépensait trop d'argent dans des projets politiques de gazoducs et pourrait mieux utiliser ses ressources.
Lorsqu'il lui a été demandé si l'affaire Timochenko pouvait se régler via une forme de grâce présidentielle, M. Azarov a donné la parole à un juriste qui a expliqué que l'ancienne première ministre devrait d'abord en faire la demande.