Kiev poursuit l’achat controversé de réacteurs nucléaires russes « hors d’usage »

Ravivant un projet de l’ère soviétique, le parlement ukrainien autorise l’achat à la Bulgarie de deux anciens réacteurs nucléaires russes pour 600 millions d’euros.

EURACTIV.com
Khmelnytskyi NPP Marks 20th Anniversary Of Power Unit No. 2 Putting Into Operation
Les travailleurs de la centrale nucléaire de Khmelnytskyï le 7 août 2024 à Netichyn, oblast de Khmelnytskyï, Ukraine. [Yan Dobronosov/Global Images Ukraine via Getty Images]

Ravivant un projet de l’ère soviétique, le parlement ukrainien autorise l’achat à la Bulgarie de deux anciens réacteurs nucléaires russes pour 600 millions d’euros.

Jeudi 16 janvier, la commission de l’Énergie du parlement ukrainien a voté en faveur d’une loi qui vise à améliorer l’environnement commercial dans le pays. Le texte contient également un amendement de dernière minute autorisant l’achat de deux vieux réacteurs nucléaires russes pour agrandir la centrale nucléaire de Khmelnytskyï.

« Le cabinet des ministres de l’Ukraine et/ou […] Energoatom […] sont autorisés à négocier, à finaliser le texte, à signer, à payer, à accepter et à stocker l’équipement », peut-on lire dans l’amendement, consulté par Euractiv.

La centrale de Khmelnytskyï, située dans le sud-ouest de l’Ukraine, a été imaginée au début des années 1970, à l’époque où Léonid Brejnev dirigeait l’Union soviétique. En raison de la catastrophe de Tchernobyl, la centrale n’a jamais fonctionné qu’à moitié.

En 2023, des négociations ont été entamées en vue de l’achat de deux réacteurs russes, prévus à l’origine pour la centrale nucléaire inachevée de Béléné, en Bulgarie. Le prix d’achat prévu est d’au moins 600 millions d’euros.

La société américaine Westinghouse prévoit de construire deux réacteurs sur le site ukrainien.

En juin 2024, le ministre ukrainien de l’Énergie, Herman Halouchtchenko, le plus grand promoteur de l’initiative, avait déclaré qu’il pariait sur des prêts étrangers pour financer l’achat. En décembre, le représentant de l’Union européenne (UE) à Kiev a exclu de soutenir le projet.

L’agrandissement de la centrale de Khmelnytskyï avec du matériel russe fait toutefois polémique. Non seulement la Russie et l’Ukraine sont en guerre, mais le conflit a montré que les centrales nucléaires et les zones de conflit ne font pas bon ménage.

Les législateurs reprochent également au projet de ne pas contribuer à l’approvisionnement énergétique à court terme, et d’avoir un impact négatif probable sur les factures d’électricité.

« Le système énergétique ukrainien, qui subit les attaques constantes de la Russie, a besoin d’être décentralisé », a soutenu Inna Sovsun, députée de l’opposition et membre de la commission de l’Énergie du parti libéral Holos.

Certains craignent également que l’achat ne fasse flamber les factures d’énergie, même si l’opérateur de la centrale nucléaire ukrainienne Energoatom a souligné que l’investissement serait réalisé sur des « fonds propres ».

Yaroslav Zheleznyak, également député du parti Holos, a quant à lui déclaré que « le financement proviendrait de l’augmentation des droits de douane », mettant en garde contre les risques de corruption sur son compte Telegram mercredi.

Volodymyr Omelchenko, du think tank Razumkov basé à Kiev, se montre lui aussi sceptique quant à l’achat de ce qu’il décrit comme « de la camelote russe par excellence ». Selon lui, il y a de bonnes raisons pour lesquelles la Bulgarie s’est efforcée de vendre les réacteurs.

La loi, y compris son amendement surprise, doit être adoptée en séance plénière avant que l’achat puisse avoir lieu. Elle ne donne cependant pas encore le feu vert à la construction, mais seulement à l’achat des réacteurs.

Un ministre controversé

Au cœur de l’achat précipité de ces réacteurs nucléaires se trouve le ministre de l’Énergie Herman Halouchtchenko, en poste depuis avril 2021. Ce dernier a déclaré à plusieurs reprises que l’achat était « urgent ». En septembre 2024, Sofia a toutefois repoussé la date limite des négociations jusqu’en mai 2025.

Lorsque, la semaine dernière, Herman Halouchtchenko a déclaré que l’UE et les États-Unis avaient confirmé qu’ils contribueraient au financement des réacteurs, les tensions sont montées d’un cran au sein du parlement ukrainien.

Inna Sovsun, députée de l’opposition libérale, a remis en question la déclaration du ministre de l’Énergie ukrainien, affirmant que les délégations européenne et américaine avaient annoncé à la commission de l’Énergie qu’« il n’y avait pas de soutien de ce type ».

Herman Halouchtchenko a répliqué en suggérant qu’il ne se souciait pas de « la position des employés de bureau de niveau intermédiaire de la représentation de la Commission européenne ».

Inna Sovsun a ensuite présenté une motion de censure contre le ministre, au motif que ce dernier avait refusé de se présenter devant le parlement en septembre 2024, à la suite d’une affaire de corruption au sein de son ministère.

La motion ne bénéficie toutefois pas du soutien de la majorité gouvernementale et ne figurera pas à l’ordre du jour du parlement ukrainien la semaine prochaine, selon l’agence Ukrinform.

[Édité par Alice Bergoënd]