Kyriakos Mitsotakis prévoit une certaine « agitation » avant les élections grecques

Le Premier ministre grec a conseillé à ses députés de se tenir prêts à faire face à une certaine « agitation » avant les élections nationales, une déclaration interprétée par l’opposition comme une « crainte » de voir de nouvelles révélations sur les écoutes téléphoniques éclater au grand jour.

Euractiv.com
Greek Prime Minister Kyriakos Mitsotakis visits Lithuania
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, du parti Nouvelle Démocratie (groupe PPE au Parlement européen), a annoncé que les élections pourraient avoir lieu en avril ou en mai, et qu’un second tour aurait lieu quatre semaines plus tard. [EPA-EFE/VALDA KALNINA]

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, du parti Nouvelle Démocratie (membre du PPE au Parlement européen), a conseillé lundi (16 janvier) à ses députés de se tenir prêts à faire face à une certaine « agitation » avant les élections nationales, une déclaration interprétée par l’opposition comme une « crainte » de voir de nouvelles révélations sur le scandale des écoutes téléphoniques éclater au grand jour.

« Nous allons avoir de l’agitation ; nous allons faire face à beaucoup de toxicité. Et ce, parce que personne ne peut nous attaquer sur notre travail. Ils [l’opposition] n’ont pas dit ce qu’ils comptaient faire au cours des quatre prochaines années parce qu’ils ne peuvent tout simplement pas […] présenter un plan global », a déclaré M. Mitsotakis face à ses députés.

Lundi, le Premier ministre a également annoncé que les élections pourraient avoir lieu en avril ou en mai, et qu’un second tour aurait lieu quatre semaines plus tard.

Selon les analystes, une nouvelle loi électorale sera appliquée lors des prochaines élections et, conformément à celle-ci, c’est un gouvernement de coalition qui devra diriger le pays.

Le premier tour des élections sera organisé sur la base d’une majorité simple, tandis que pour le second, un parti devra obtenir au moins 37 % des voix pour pouvoir former un gouvernement. Si aucun parti n’atteint les 37 % requis, c’est alors le parti en tête qui devra trouver des partenaires pour gouverner.

De nouvelles révélations sur les écoutes téléphoniques ?

L’opposition a interprété la déclaration de M. Mitsotakis sur l’« agitation » à venir comme une « crainte » concernant de nouvelles révélations sur le scandale des écoutes téléphoniques, le « Watergate grec ».

Dans le scandale du « Watergate grec », plusieurs hommes politiques, journalistes et entrepreneurs ont été surveillés par les services secrets grecs, à la demande du Premier ministre lui-même.

Le procureur général grec a jeté de l’huile sur le feu après avoir émis un avis controversé suggérant que I’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée (ADAE) ne pouvait pas soumettre les entreprises de télécommunications à des audits pour déterminer quels citoyens avaient été mis sur écoute.

Malgré les vives réactions de la part de plusieurs analystes juridiques influents et des partis d’opposition, l’ADAE, dont le rôle est inscrit dans la Constitution du pays, a décidé d’ignorer l’avis du procureur et a poursuivi les audits.

Le site d’information News247.gr rapporte que l’ADAE a finalisé ses audits et rassemblé des preuves sur les activités de surveillance des services secrets grecs. Cette surveillance concernerait notamment des responsables politiques et l’état-major militaire.

L’ADAE doit à présent informer les membres du parlement grec de ses conclusions.

De son côté, le gouvernement prépare sa défense.

En réponse à un article du journal Documento qui suggérait l’existence d’un rapport des services secrets grecs sur la vie personnelle et professionnelle du commandant de l’armée grecque, un porte-parole du gouvernement a déclaré que « ces prétendus rapports ne sont jamais parvenus au gouvernement ou au Premier ministre ».

Gianni Oikonomou, le porte-parole, a ajouté que, en supposant qu’il y ait un fond de vérité dans ces révélations, ces activités ont été menées en dehors de celles des services secrets.

M. Mitsotakis a déclaré ne pas avoir connaissance de telles activités de surveillance, même si la première loi qu’il a promulguée en tant que Premier ministre a été de prendre les rênes des services secrets du pays.

Le scandale du « Watergate grec » a également fait réagir au Parlement européen. En effet, Renew Europe, les Socialistes et Démocrates (S&D), les Verts et La Gauche ont tous accusé le gouvernement grec de tenter d’étouffer le scandale.

« La manière dont les autorités grecques gèrent la clarification de l’affaire est un signal d’alarme indiquant que le pays est déjà sur une voie avancée vers un État autocratique », a confié la semaine dernière à EURACTIV l’eurodéputé Hannes Heide, coordinateur S&D de la commission PEGA du Parlement européen. Cette commission est chargée d’enquêter sur l’utilisation de Pegasus et de logiciels espions similaires.

Le S&D a également appelé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le vice-président de la Commission, le Grec Margaritis Schinas, à rompre le silence sur cette affaire, affirmant qu’il en va de la crédibilité de l’Union.

La commission PEGA a également formulé dix recommandations au gouvernement grec. Elle conseille notamment de retirer les services secrets de la responsabilité de Kyriakos Mitsotakis.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]