L’Allemagne privée du portefeuille de l’économie à la BCE
Le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a remanié son directoire. Il a attribué au Belge Peter Praet les responsabilités économiques, réservées depuis 13 ans aux Allemands.
Le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a remanié son directoire. Il a attribué au Belge Peter Praet les responsabilités économiques, réservées depuis 13 ans aux Allemands.
Le gouverneur de la BCE, Mario Draghi, qui a procédé mardi 3 janvier au remaniement de son directoire, a préféré au candidat allemand Jörg Asmussen l’économiste belge Peter Praet, pour assumer la fonction centrale de définition de l’orientation des taux d’intérêt.
Jusqu’à présent, le portefeuille-clé de l’économie avait toujours été aux mains d’un Allemand. Cette décision devrait donc décevoir Berlin, qui a déjà manqué l’occasion de remporter la présidence de la BCE, avec la démission d’Axel Weber de la Bundesbank l’an dernier.
Peter Praet, né en Allemagne, est connu pour sa position plutôt souple en matière de politique monétaire, avec un intérêt pour la croissance. Il tranche donc avec son prédécesseur, Jürgen Stark, partisan de l’orthodoxie monétaire et qui a donné sa démission en septembre dernier précisément pour marquer son opposition au programme de rachat d’obligations d’État de la BCE.
Docteur en économie, cet ancien membre du Comité de Bâle a travaillé comme économiste au Fonds monétaire international (FMI) avant de diriger, pendant douze ans, les études économiques de ce qui est devenu la Fortis Bank.
Candidats déçus
A défaut de ce portefeuille, l’Allemand Jörg Asmussen sera donc responsable des relations internationales. Selon des informations du Financial Times, il aurait lui-même requis ce poste qui correspond mieux à ses compétences. Pour que la note soit moins salée, Mario Draghi a cependant décidé d’accorder plus de poids à cette fonction. Jörg Asmussen pourra ainsi assister aux réunions informelles des ministres des Finances et des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro.
Le Français Benoît Coeuré sera quant à lui chargé des opérations de marché. Il devra donc superviser le programme de rachat d’obligations auquel les Allemands restent farouchement opposés, estimant que cela revient pour la BCE à s’immiscer dans la politique budgétaire des États, ce qui ne fait pas partie de son mandat.
La nomination de Benoît Coeuré à la tête du programme « SMP » (« Securities Market Program ») pourrait augurer d’un assouplissement de la posture de la BCE. Il avait dit le mois dernier que la BCE devait accélérer ses achats de dette d’État en cas d’aggravation de la crise. La France a toutefois le souci de ne pas froisser son partenaire allemand. Quant à Mario Draghi, il continue de se montrer hostile à une intervention plus décisive de la BCE.