L’Europe reste loin de ses promesses en matière d’aide au développement

L’Union européenne ne remplit toujours pas ses engagements en matière d’aide au développement, selon le rapport d’une ONG. Mais les États africains bénéficiaires peinent aussi à honorer leurs promesses.

EURACTIV.fr
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L’Union européenne ne remplit toujours pas ses engagements en matière d’aide au développement, selon le rapport d’une ONG. Mais les États africains bénéficiaires peinent aussi à honorer leurs promesses.

Alors que l’engagement des pays développés de consacrer 0,7 % de leur Revenu National Brut  (RNB) à l’aide au développement arrive à échéance en 2015, la Commission européenne et la majorité des États membres restent encore bien éloignés de cet objectif.

Dans son rapport DATA 2014, « Lutter contre la pauvreté et financer l’avenir de l’Afrique », l’ONG One dénonce le manque d’investissement des pays donateurs, dont certains, comme la France, ont même emprunté une courbe descendante depuis quelques années.

« L’aide publique au développement est repartie à la hausse en 2013, mais la plupart des donateurs n’ont pas respecté leurs engagements (…) et ne consacrent pas une part suffisante de cette aide aux pays les plus pauvres » indique le rapport.

La part globale consacrée par les pays riches à l’aide au développement n’a atteint en 2013 que 0,29 % de leur RNB, loin de l’objectif de 0,7 % fixé par les Nations Unies. L’Union européenne fait mieux avec 0,42 %, mais reste en deçà de ses objectifs.

Les cancres européens

Certains États membres de l’Union européenne ont pourtant mis l’accent sur leur politique de développement, malgré les difficultés économiques. Parmi les bons élèves, le rapport de l’ONG cite le Royaume-Uni, qui a augmenté son aide publique au développement (APD) de 28,5 % entre 2012 et 2013 pour atteindre dans les temps l’objectif des 0,7 %. L’Allemagne (+6,6 %) et l’Italie (+13,3 %) affichent aussi des hausses conséquentes, même si en valeur, Rome fait partie des moins gros contributeurs avec seulement 0,16 % de son RNB alloué à l’APD.

>>Lire : L’aide au développement recule plus en France qu’en Grèce

La Croatie, qui a rejoint l’UE en 2013, affiche la hausse la plus importante avec un bond de 103 % de son aide publique au développement.  

À l’inverse, la France figure parmi les mauvais élèves avec un recul de 3,3 %  entre 2012 et 2013, aux côtés du Portugal (-20,4 %) et des Pays-Bas (-5,2 %), qui sortent du club des pays à avoir atteint les 0,7%. 

>>Lire : Recul inexorable de l’aide au développement en France

En 2013, le montant total de l’aide de l’Union européenne, c’est-à-dire les 28 États membres ainsi que les institutions européennes, a augmenté de 3,3 % pour atteindre 58,7 milliards d’euros, mais il manque encore 39,5 milliards pour que l’UE atteigne l’objectif de 0,7 %, selon le rapport. 

Les pays pauvres en marge des priorités

Autre critique, seulement un tiers de l’aide d’urgence est directement adressée aux pays les plus pauvres.

Dans l’ensemble, en 2012, les donateurs du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE, qui rassemble les grands pays contributeurs, n’ont consacré que 0,09 % de leur RNB collectif à l’aide aux pays les moins avancés, moins que l’objectif de l’ONU de 0,15-0,20 %. Seuls huit pays donateurs ont atteint cet objectif.

Révision des règles nécessaire

Si l’aide au développement n’est pas en haut de l’agenda politique de tous les États membres, le rapport point également la vétusté des règles encadrant le calcul de l’aide au développement et appelle à sa révision.

Depuis 2008, 188 milliards d’euros, soit un sixième du total de l’aide comptabilisée par les pays européens, n’implique pas de vrai transfert de fonds à destination des pays en développement, pointe le rapport.

Par exemple, la comptabilisation de l’allègement de la dette ou encore des fonds utilisés dans les pays donateurs sont parfois pris en compte dans les montants de l’aide publique au développement.

La France comptabilise par exemple les frais d’accueil des étudiants étrangers et des réfugiés politiques. Au total, c’est environ 28 % de l’APD française n’a pas quitté le territoire français.

>>Lire : FACTCHECKING : l’aide au développement va-t-elle aux PVD ?

Du côté du Royaume-Uni, le paiement des pensions aux anciens officiers coloniaux pour l’année 2012, rentrait également dans l’aide au développement comptabilisée par le pays. 

Les pays africains responsables

Les pays donateurs ne sont pas les seuls à se faire épingler pour non-respect de leur engagement en faveur du développement dans le rapport de l’ONG. En effet, les pays africains ont également échoué à allouer un budget suffisant à des secteurs clés du développement comme ceux de la santé, de l’agriculture ou de l’éducation.

Entre 2010 et 2012, seuls six pays d’Afrique subsaharienne sur 43 ont respecté l’engagement pris à Abuja en 2001 de consacrer 15 % de leur budget national au secteur de la santé. Sur le front de l’agriculture, les résultats sont à peine plus brillants. Entre 2008 et 2010, huit pays d’Afrique subsaharienne sur 41 ont respecté l’engagement pris à Maputo de consacrer 10 % de leur budget national au secteur de l’agriculture.

Enfin, le secteur de l’éducation accuse le plus mauvais résultat, puisqu’entre 2010 et 2013, un seul pays d’Afrique subsaharienne sur 33  a respecté l’engagement pris à Dakar de consacrer 9 % de son PIB à ce secteur.