L’Italie se prononce pour l’interdiction de la pêche au thon rouge

Alors que Rome change de position sur la pêche de ce poisson, la France se borne à demander la limitation de sa commercialisation. L’association Greenpeace lance une campagne contre Bruno Le Maire.

Alors que Rome change de position sur la pêche de ce poisson, la France se borne à demander la limitation de sa commercialisation. L’association Greenpeace lance une campagne contre Bruno Le Maire.

L’Italie s’apprête à faire évoluer sa position sur la question de l’interdiction du thon rouge. Un changement qui pourrait se révéler déterminant dans la protection de ce poisson dont les réserves se tarissent fortement.

Cette «ouverture» confirmée par un conseiller à la pêche du gouvernement italien, Antonio Buonfiglio, intervient alors que la bataille politique et médiatique autour du thon rouge s’intensifie. L’association écologiste Greenpeace vient de lancer une violente campagne contre le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, accusé de ne pas prendre les mesures adéquates pour interdire la pêche et la commercialisation de ce poisson.

Les écologistes plaident pour l’inscription du thon rouge à l’annexe I de la convention de Washington (ou Cites), qui regroupe des animaux en voie de disparition, et dont le commerce international est totalement interdit, sauf dérogations. Cela signifie interdire la pêche de ce poisson en eaux profondes et sa commercialisation hors des frontières du pays du bateau pêcheur. C’est cette option que Rome vient de privilégier.

Jusqu’à présent, l’Europe était coupée en deux. Les pays du Nord et la Commission européenne plaidaient pour une interdiction totale. De leur côté, les pays du Sud, pêcheurs de thon rouge, demandaient plutôt son inscription en annexe II, qui revient à limiter les exportations de thon rouge hors de l’UE.

«Même si l’Italie n’a pas le même poids que la France, la prise de position de Rome est un revirement important», explique François Chartier, de Greenpeace. Pour lui, «le rapport de forces peut basculer à tout moment». Mais l’association accuse le ministre de l’Agriculture et de la Pêche d’être le «verrou» qui empêche toute évolution sur le plan européen.

La France «isolée»

Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo se sont prononcés, respectivement en juillet 2009 et en janvier, pour l’interdiction de la commercialisation du thon rouge hors du pays du bateau pêcheur. Mais Bruno Le Maire maintient la position traditionnelle de la France, qui consiste à n’interdire que partiellement la pêche du thon rouge, en l’inscrivant à l’annexe II.

Dans une réponse adressée à Greenpeace, le conseiller technique du ministre chargé de la pêche, Mikaël Quimber, estime que l’«on ne peut considérer que le thon rouge se trouve en situation d’extinction imminente». Il rappelle que la France a appuyé la diminution des captures de thon rouge de 40% en 2010, comparé à 2009. Et il n’exclut pas une inscription de ce poisson à l’annexe 1, «si les avis scientifiques, qui seront connus en octobre 2010, le recommandent».

De son côté, le Parlement européen, par le biais de sa commission Environnement, a demandé, le 27 janvier, d’inscrire ce poisson à l’annexe I de la Cites. Une manière de faire pression sur les États membres. «La France se trouve de plus en plus isolée», estime la vice-présidente de la commission Environnement, Corinne Lepage (MoDem, ADLE), commentant le revirement italien.

Elle estime que la décision préconisée par Bruno Le Maire «vise, non pas à interdire, mais à réglementer le commerce pour éviter une exploitation incompatible avec la survie de l’espèce.» «Cela aurait pour seul effet d’ouvrir des négociations interminables sur le niveau de commerce autorisé, alors qu’il est déjà bien trop tard pour tergiverser», ajoute-t-elle.

Mais la France n’a toujours pas pris de décision officielle. En attendant qu’elle soit rendue, Greenpeace promet de mener d’autres actions, et de ne pas relâcher la pression.