L'UE soutient le plan de sauvetage irlandais et ébauche un plan permanent
L'UE a approuvé un plan de sauvetage de 85 milliards d'euros pour l'Irlande dimanche (28 novembre) et a présenté un système permanent visant à résoudre la crise de la dette européenne, mais la pression des marchés devrait rapidement se faire sentir à nouveau dans les pays endettés, comme l'Espagne et le Portugal.
L'UE a approuvé un plan de sauvetage de 85 milliards d'euros pour l'Irlande dimanche (28 novembre) et a présenté un système permanent visant à résoudre la crise de la dette européenne, mais la pression des marchés devrait rapidement se faire sentir à nouveau dans les pays endettés, comme l'Espagne et le Portugal.
Les ministres des finances des 16 pays de la zone euro souhaitent ardemment prévenir la contamination des marchés portugais et espagnols. Ils ont par conséquent approuvé un prêt global d'urgence pour aider Dublin à couvrir les dettes bancaires et à combler un énorme déficit budgétaire.
Les conditions du prêt, qui stipulent un plan d'austérité d'une valeur de 15 milliards d'euros, seront officiellement approuvées par les ministres des finances de l'UE les 6 et 7 décembre.
Le premier ministre irlandais, Brian Cowen, a déclaré que cet accord était nécessaire pour son pays et sa population et que l'accord final était la meilleure option pour l'Irlande.
Quelques 35 milliards d'euros ont été alloués à la restructuration des banques irlandaises à la dérive. 10 milliards de cette somme seront versés immédiatement sous la forme d'un apport en capital et le reste via un fonds de réserve. L'Irlande apportera quant à elle 17,5 milliards d'euros issus de ses propres liquidités et de ses fonds de pension pour sauver les banques.
Le reste du prêt d'urgence contribuera à combler le vide immense laissé par les banques dans les finances publiques. Le FMI apportera quant à lui 22,5 milliards d'euros.
Le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark ont également promis des prêts bilatéraux pour compléter l'enveloppe (Pour voir les détails de la répartition, cliquez ici).
Cela signifie que l'aide extérieure sera réduite à 67,5 milliards d'euros, a déclaré le gouvernement irlandais.
Taux d'intérêt
Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires monétaires, a expliqué que le taux d'intérêt final ne serait fixé que cette semaine mais qu'il devrait avoisiner les 6 %.
Les prêts seront étendus sur environ 7 ans et demi, a déclaré l'Irlande, et l'UE a accepté de prolonger les échéances du paquet de sauvetage pour la Grèce à la même date.
L'Irlande est parvenue à obtenir une année supplémentaire, jusqu'en 2015, pour ramener son déficit budgétaire à la limite de 3 % du PIB définie par l'UE. Cet objectif est basé sur une estimation plus prudente de la croissance annuelle du PIB que celle du gouvernement de 2,75 %.
M. Cowen, dont le gouvernement impopulaire est près de l'effondrement suite au renflouement par l'UE et le FMI, a expliqué que l'accord n'impliquait aucune modification du taux d'imposition des sociétés (12,5 %) auquel l'Irlande est particulièrement attaché.
Ces prêts, sujets à un contrôle trimestriel strict de la part de l'UE et du FMI, permettront à l'Irlande d'emprunter à des taux plus avantageux que sur les marchés des capitaux où ces coûts de l'emprunt se sont envolés à environ 9 %, a-t-il déclaré.
Un mécanisme permanent
Pressés d'agir rapidement pour mettre un terme à la menace systémique qui planait sur l'euro avant l'ouverture des marchés, les 27 ministres des finances de l'UE ont approuvé les grandes lignes d'un mécanisme permanent de résolution de crise, le mécanisme européen de stabilisation, une proposition commune de l'Allemagne et de la France.
Fondamentalement, les obligataires privés pourraient aussi porter le poids de la restructuration de la dette souveraine d'un pays de la zone euro achetée après 2013, ce qui sera sujet à une évaluation au cas par cas sans caractère automatique, a déclaré M. Rehn.
Les procédures du Fonds monétaire international s'appliqueront, a-t-il ajouté. La politique de « prêt en situation d'arriérés » du FMI stipule que le Fonds accepte de prêter de l'argent à un pays qui fait des efforts de bonne foi afin de parvenir à un accord avec les obligataires.
Le FMI favorise les clauses d'action collective pour les obligations souveraines, ce qui permet à une majorité d'obligataires d'imposer une restructuration aux autres. M. Rehn a expliqué que des clauses d'action collective seraient appliquées sur les obligations souveraines de la zone euro à partir de mi-2013.
Le manque de détails d'un précédent accord franco-allemand sur un mécanisme de crise permanent approuvé le mois dernier et les discussions sur les investisseurs qui auraient à subir des pertes ou des « décotes » sur la valeur des obligations souveraines, ont mis l'Irlande dans une situation désastreuse.
M. Van Rompuy, le président du Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement, a déclaré qu'il était important de clarifier rapidement le rôle du secteur privé dans ce mécanisme et que le cadre serait conforme à l'approche du FMI.
M. Rehn a expliqué que le plan de sauvetage irlandais ne représenterait qu'une partie de la réponse systémique à la crise et que des tests de résistance pour les banques européennes constitueraient la seconde part du processus.
Convaincre les marchés
Alors que l’anxiété secoue les marchés des obligations, le gouvernement irlandais s'est retrouvé sous pression pour accepter un plan de sauvetage, en dépit du fait que le pays avait nié en avoir besoin, de manière répétée dans les dernières semaines.
Les dirigeants européens espèrent que le paquet de soutien pour l’Irlande, issu d’un fonds d’aide d’une valeur de 750 milliards d’euros convenus par l’UE au mois de mai de cette année, convaincra les marchés que la crise peut être maîtrisée et épargner le Portugal et l’Espagne.
Cependant, la pression devrait s’étendre au Portugal et à l’Espagne, où les rendements sur les obligations d’Etats à 10 ans ont brusquement augmenté la semaine passée, alors que les marchés de la dette ont intégré le risque que l’Espagne pourrait être la prochaine en ligne après l’Irlande.
Mark Grant, directeur général du syndicat d’entreprise chez Southwest Securities en Floride,a déclaré qu'il pensait qu'il était presque impossible désormais d’arrêter la contamination.
Selon lui toujours, si l’on s’occupe de l’Irlande, le problème ne sera pas résolu, et alors les détenteurs d'obligations se tourneront vers le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et les autres, puisque l’union monétaire est remplie de défauts structurels. A l’exception peut-être de l’Allemagne, il pense qu’aucune dette souveraine n’est en sécurité.
L’euro est un peu remonté par rapport au dollar à l’ouverture des bourses asiatiques, mais les économistes en Europe disent que selon eux, l’accord pour l’Irlande et les arrangements à plus long terme ne mettront pas immédiatement un terme à la pression du marché sur la zone euro.
Peter Westaway, économiste en chef chez Nomura, a déclaré qu'il ne pensait pas que cet accord serait une arme magique. Il pense que des questions demeureront au sujet du Portugal et de l’Espagne.
Le Portugal a finalement approuvé un budget d’austérité pour 2011 vendredi passé, et a promis une mise en application rapide des mesures d’épargne, tandis que l’Espagne a annoncé samedi qu’elle avancerait la réforme des pensions et accélèrerait les fusions de ses banques d’épargnes agitées, les cajas étant accablées de dettes irrécouvrables après l’éclatement d’une bulle immobilière.
Les inquiétudes liées à la dette ont piloté la crise au cours de cette année, entamant durement la confiance dans l’euro, la monnaie vieille de 12 ans, et provoquant une confrontation entre les hommes politiques européens et les marchés financiers.
Protestations irlandaises
Des dizaines de milliers d’irlandais sont sortis dans les rues de Dublin ce samedi, afin de protester contre le plan de sauvetage imminent. Les partis d’opposition ont déclaré qu’ils n’accepteraient pas des taux d’intérêts excessifs.
Les partis, Fine Gael et Travailliste, devraient battre à plates coutures le parti de M. Cowen, Fianna Fail, lors d’une élection dans quelques mois. Ils ont dit qu’ils seraient liés par un accord de sauvetage, mais qu’ils pourraient tenter de renégocier les détails.
Les deux partis souhaitent que les obligataires qui prêtent de l’argent aux banques irlandaises assument une plus grande partie du fardeau de sauvetage de leur pays, plutôt que d’en imposer la totalité aux contribuables irlandais. Cependant, M. Cowen a dit que l’UE s’était opposée au fait que les obligataires des banques subissent des réductions de valeur en raison de l’impact sur le système financier européen.
Vendredi, en raison de la panique, les banques européennes qui détiennent la dette des banques irlandaises ont vu leurs actions dégringoler. L’euro a également baissé contre le dollar et les coûts d’emprunts de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne ont enregistré des niveaux record.
Les fonctionnaires européens se sont donnés du mal pour minimiser les liens entre l’Irlande et le Portugal, ce qui est largement perçu comme le prochain risque de « domino » de la zone euro. Les difficultés au Portugal pourraient rapidement s’étendre à l’Espagne, son grand voisin, en raison de leurs liens économiques.
(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV.)