La Banque centrale européenne abaisse ses prévisions de croissance pour les trois prochaines années

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a fait l’éloge du rapport de Mario Draghi, jeudi 12 septembre, mais assure que la priorité est surtout de maintenir la stabilité des prix, dans un contexte de faible croissance.

Euractiv.com
ECB – Christine Lagarde
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde. [Getty Images/Boris Roessler]

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a fait l’éloge du rapport de Mario Draghi, jeudi 12 septembre, mais assure que la priorité est surtout de maintenir la stabilité des prix, dans un contexte de faible croissance.

Les remarques de Christine Lagarde font suite à la publication, lundi 9 septembre, du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l’Union, une analyse de 400 pages sur les causes et remèdes possibles aux maux économiques de l’Europe.

Elles interviennent aussi alors que la BCE a réduit jeudi de 0,1 point de pourcentage ses prévisions de croissance ces trois prochaines années pour le PIB de la zone euro. Elle ne devrait atteindre que 0,8 % en 2024.

La BCE a également réduit son taux d’intérêt directeur de 0,25 point pour le ramener à 3,5 %, soit la seconde baisse de l’année.

« Je salue le rapport Draghi », a commenté la présidente de la BCE. « Nous n’avons pas eu le temps de tout décortiquer […] mais c’est un rapport formidable dans la mesure où il pose un diagnostic sévère, mais juste à nos yeux. »

Christine Lagarde, qui a succédé à Mario Draghi à la tête de la BCE en 2019, a salué le caractère « concret » des nombreuses « réformes structurelles » proposées par son prédécesseur, notamment celles relatives à une intégration plus poussée de l’Union des marchés de capitaux (UMC).

Elle a cependant indiqué ne pas avoir connaissance dans le rapport d’une quelconque suggestion visant à modifier le mandat de la BCE, et a réitéré l’engagement de la banque à faire en sorte que l’inflation revienne à 2 %.

« Je suis certaine que la politique monétaire fera ce qu’elle doit faire, c’est-à-dire assurer la stabilité des prix et remplir son mandat. Les réformes structurelles ne relèvent pas de la responsabilité d’une banque centrale mais des gouvernements », a-t-elle rappelé.

La BCE a relevé ses taux à dix reprises depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022, ce qui a provoqué une flambée des prix dans l’UE.

En juin, la banque centrale a réduit son taux directeur d’un niveau record de 4 %, mais a suspendu toute nouvelle réduction en juillet en raison des inquiétudes persistantes concernant la forte croissance des salaires et l’inflation du secteur des services.

Le taux d’inflation global du mois d’août était de 2,2 %, en baisse par rapport aux 2,6 % de juillet, et bien en dessous du pic de 10,6 % atteint en octobre 2022.

La décision de la BCE de revoir à la baisse ses prévisions concernant le PIB de la zone euro intervient également alors que l’inquiétude monte concernant l’état de la principale économie de l’UE, l’économie allemande, dont les industries à forte intensité énergétique étaient jusqu’à 2022 tributaires du gaz russe à bas prix.

La semaine dernière, l’Ifo Institut für Wirtschaftsforschun, un influent think tank basé à Munich, a baissé ses prévisions de croissance pour le pays pour 2024, les faisant passer de 0,4 % à 0 %, notant que la plus grande économie d’Europe était désormais enlisée dans une « crise structurelle ».

L’Institut Ifo Institut für Wirtschaftsforschung a également constaté que les difficultés économiques de l’Allemagne ont été exacerbées par la faiblesse de la demande des consommateurs. Le taux d’épargne actuel du pays (11,3 %) est bien supérieur à la moyenne de 10,1 % enregistrée au cours de la décennie qui a précédé la pandémie de Covid-19.

Faisant écho à l’analyse de l’Institut Ifo, le Conseil des gouverneurs — principal organe de décision de la BCE — a expliqué que la « légère révision à la baisse » de ses prévisions de croissance était largement due à « une contribution plus faible de la demande intérieure au cours des prochains trimestres ».

S’adressant aux journalistes jeudi, Christine Lagarde n’a pas donné d’indications sur les futures décisions monétaires de la BCE. Elle a répété à deux reprises le mantra souvent cité par la banque, à savoir que cette dernière « ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière ».

Claus Vistesen, économiste en chef pour la zone euro chez Pantheon Macroeconomics, a avancé que la prudence de la présidente de la BCE pourrait venir de son refus d’éviter une répétition de la décision prise en juin par les responsables de la banque, qui avaient implicitement signalé à l’avance une baisse des taux.

« Il est clair que la BCE regrette fortement, ou certains membres du Conseil des gouverneurs regrettent, le ‘pré-engagement’ de la baisse de juin, à tel point qu’ils ne sont pas disposés à signaler, même de loin, quand les futures baisses auront lieu », a écrit l’économiste Claus Vistesen sur X.

Les marchés s’attendent désormais à au moins une nouvelle baisse des taux avant la fin de l’année, avec une probabilité de 30 % que la prochaine baisse ait lieu lors de la prochaine réunion de la BCE en octobre.

La décision de jeudi précède la réunion de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) de la semaine prochaine, au cours de laquelle il est pratiquement certain que la Fed réduira ses taux pour la première fois depuis le début de la pandémie de Covid-19.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]