La BCE continuera à relever ses taux, selon le gouverneur de la Banque centrale de Croatie

La Banque centrale européenne (BCE) continuera à augmenter ses taux d’intérêt cette année en fonction des pressions inflationnistes et de l’effet des précédentes hausses de taux, a indiqué le gouverneur de la Banque centrale de Croatie lors d’un entretien avec EURACTIV.

EURACTIV.com depuis Zagreb
Croatian National Bank Governor Boris Vujcic and Finance Minister Marko Primorac take the first euro banknotes at ATM
La Croatie est devenue le 20e membre de la zone euro le 1er janvier. Boris Vujčić, vice-gouverneur et puis gouverneur de la Banque centrale croate depuis 2000, siégera désormais au conseil d’administration de la Banque centrale européenne (BCE), qui est chargé de fixer les taux. [EPA-EFE/LANA SLIVAR/POOL]

La Banque centrale européenne (BCE) continuera à augmenter ses taux d’intérêt cette année en fonction des pressions inflationnistes et de l’effet des précédentes hausses de taux, a indiqué le gouverneur de la Banque centrale du nouveau membre de la zone euro, la Croatie, lors d’un entretien exclusif avec EURACTIV.

« Nous sommes dans une phase de hausse des taux et ce cycle n’a pas pris fin avec la dernière hausse de 50 points de base, mais il va se poursuivre. Jusqu’à quand, cela dépendra de ce qu’il se passe au niveau de l’inflation, et de l’effet des hausses précédentes, qui sera évalué d’une réunion de politique monétaire à l’autre », a expliqué le gouverneur Boris Vujčić.

La Croatie est devenue le 20e membre de la zone euro le 1er janvier. M.  Vujčić, vice-gouverneur et puis gouverneur de la Banque centrale croate depuis 2000, siégera désormais au conseil d’administration de la BCE, qui est chargé de fixer les taux.

Il a refusé de s’aligner sur une ligne spécifique au sein de la BCE, mais a indiqué qu’il serait enclin à soutenir les mesures qu’il juge nécessaires.

« J’essaie d’être un décideur raisonnable, comme je l’ai été au cours des 23 dernières années […] et je vais continuer. Je n’aime pas cacher la poussière sous le tapis. Quand je vois des problèmes, j’essaie de les résoudre. »

Les causes internes de l’inflation

Ce vétéran de la politique monétaire a souligné que l’inflation observée en Europe au cours de l’année 2022 n’a pas été causée uniquement par des facteurs externes — à savoir l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la crise énergétique qui en a résulté — mais qu’elle résulte aussi d’une combinaison de pressions aux niveaux de l’offre comme de la demande.

« Une partie non négligeable [de l’inflation] était l’héritage de ce qui avait été fait pendant la pandémie, lorsque les politiques monétaire et budgétaire étaient exceptionnellement expansives et parvenaient ainsi à neutraliser le choc des confinements. »

Une fois les confinements levés, l’économie et la demande ont rebondi rapidement, « car les gens avaient fait des économies pendant la pandémie et les salaires n’avaient pas été très affectés, alors que l’offre n’a pas pu se rétablir aussi rapidement, ce qui a entraîné une augmentation des pressions sur les prix », explique M. Vujčić.

« Ce que nous pourrions apprendre de cet épisode, c’est que l’inflation était la combinaison de facteurs externes, c’est-à-dire de chocs d’offre, mais aussi de facteurs de demande causés par un dosage de politiques monétaires et budgétaires exceptionnellement expansionnistes dans une période antérieure. Ce que les banques centrales doivent faire, c’est agir pour prévenir les effets dits “de second tour”. »

« Lorsque l’inflation atteint des niveaux plus élevés, nous devons agir pour éviter qu’elle ne s’enracine dans des anticipations inflationnistes, ce qui rendrait plus difficiles les efforts pour ramener l’inflation à 2 %, » a-t-il ajouté.

Une branche fiscale de la zone euro irréaliste à court terme

Puisque les efforts visant à mettre en place une politique fiscale commune ne sont qu’intermittents, la zone euro continue de piétiner malgré un mandat monétaire clair.

« La deuxième meilleure solution serait la convergence des 20 politiques budgétaires existantes à moyen et long terme, vers un dénominateur commun, la convergence du ratio dette publique/PIB, afin que les pays s’en tiennent à l’orientation budgétaire de manière harmonisée. C’est là que la coordination serait vraiment utile. »

Évoquant le cas de certains États membres qui se montrent toujours réticents à rejoindre la zone euro, comme la Pologne, la République tchèque ou la Hongrie, le gouverneur estime qu’il s’agissait « dans une large mesure du résultat de décisions politiques ». La Croatie quant à elle, avec son économie fortement euroisée, « avait plus à y gagner ».

« C’est très bien, chaque pays peut décider ce qu’il veut de son côté […]. Mais il est difficile de penser que l’on puisse avoir une politique monétaire totalement indépendante tout en étant si proche et lié à la deuxième plus grande zone monétaire du monde [la zone euro] », a-t-il déclaré.

Les avantages de la zone euro pour la Croatie

Selon Boris Vujčić, la Croatie bénéficiera de son adhésion à l’euro car « elle sera plus résiliente face aux crises, moins exposée au risque de change et plus attractive pour les investissements ».

« Nous pouvons le voir dès maintenant, lorsque nous comparons les choses à ce qu’elles étaient pendant la crise de 2009 et la crise de la dette de la zone euro », a-t-il déclaré. Le Croate a également souligné que cette fois, il n’y a pas eu d’attaques spéculatives sur les devises, et que les écarts sur les obligations d’État ne se sont pas beaucoup creusés par rapport au taux de rendement des obligations allemandes, qui sert de référence.

M. Vujčić considère également que les banques croates restent très bien capitalisées, avec un rendement des capitaux propres de 13 % pour les neuf premiers mois, et disposent de liquidités excédentaires importantes, pour lesquelles elles commenceront à percevoir des intérêts de la BCE à partir de cette année.

La BCE a relevé le taux d’intérêt qu’elle verse sur les dépôts bancaires de 75 points de base pour le porter à 1,5 % en octobre, soit le niveau le plus élevé depuis 2009, avant de le porter à 2 % en décembre.

Parallèlement, les banques croates, détenues pour la plupart par des sociétés mères italiennes et autrichiennes, ont eu un coût ponctuel de 900 millions de kunas (environ 132 millions d’euros) pour la préparation informatique au passage à l’euro en 2022.

« Ils perdront également les revenus des transactions en devises fortes, dont la plupart étaient en euros, qui s’élevaient à environ 200 millions d’euros par an », a-t-il déclaré.

« Mais du côté des avantages, le risque de change, qui était très élevé puisque près de 50 % des dépôts étaient en euros et que les prêts étaient liés à l’euro, a disparu. En outre, les réserves obligatoires sont passées de 9 % [du bilan de la banque] à 1 %, tandis que l’obligation pour les banques de conserver au moins 17 % d’actifs en devises fortes totalement liquides est désormais nulle. »

Les réserves obligatoires sont des fonds que les banques sont tenues de détenir en tant que réserves sur leurs comptes courants auprès de leur banque centrale nationale.

En dépit de certaines hausses de prix, dues à un arrondissement à la hausse des prix en euros, qui a par ailleurs suscité la colère de nombreux Croates début janvier, M. Vujčić a déclaré que le soutien du public à la monnaie unique devrait croître.

« Dans notre dernier sondage, 65 % soutenaient l’euro et l’expérience montre qu’après l’adoption de l’euro, le soutien augmente, une fois que les gens constatent que les prix n’ont pas augmenté autant qu’ils le craignaient. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]