La Belgique, premier fournisseur d’électricité de la France en 2022

La Belgique a joué un rôle fondamental dans l’approvisionnement en énergie de ses principaux voisins, elle serait notamment devenue le premier exportateur d’électricité vers la France ainsi que le principal pays de transit du gaz naturel vers l’Allemagne.

Euractiv.com
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« La Belgique a aidé la France et l’Allemagne à surmonter leurs difficultés énergétiques en 2022 », a déclaré la ministre belge de l’Énergie, Tinne Van Straeten, sur Twitter. [Shutterstock/urbans]

Alors que la France a connu une forte baisse dans sa production d’électricité en 2022, la Belgique a joué un rôle fondamental dans l’approvisionnement en énergie de ses principaux voisins. Elle serait notamment devenue le premier exportateur d’électricité vers la France ainsi que le principal pays de transit du gaz naturel vers l’Allemagne.

« La Belgique a aidé la France et l’Allemagne à surmonter leurs difficultés énergétiques en 2022. Nous pouvons faire preuve de solidarité avec nos voisins grâce à notre situation géographique unique et à nos interconnexions solides », a déclaré la ministre belge de l’Énergie, Tinne Van Straeten, sur Twitter, mercredi (1er février).

Le moteur de l’Europe en panne

Jusqu’alors championne européenne de l’exportation d’électricité, la France s’est retrouvée en panne d’énergie l’an dernier en raison de la poursuite d’opérations de maintenance sur plusieurs de ses réacteurs nucléaires ainsi que de la baisse de production de ses centrales hydroélectriques due à une sécheresse record.

Cette combinaison de facteurs a contraint les exploitants d’énergie nucléaire français à réduire la production d’électricité de 22 % en 2022 par rapport à l’année précédente — passant de 379 térawattheures (TWh) à 297 térawattheures TWh, soit une baisse de 82 TWh — pour atteindre son niveau le plus faible depuis 30 ans, selon les données du groupe de réflexion Ember. Cette baisse de la production française a en outre représenté une réduction de près de 3 % de la production annuelle totale d’électricité de l’UE.

La situation s’est améliorée vers la fin de l’année avec le retour sur le marché d’un grand nombre de réacteurs. Au 9 janvier 2023, 72 % de la capacité totale était opérationnelle (44 GW), contre seulement 48 % en moyenne en 2022.

Alors que la production d’énergie nucléaire reste toujours inférieure de 17, 5 à la moyenne de 2020 et 2021, selon les données de Refinitiv — en partie à cause des grèves contre la réforme des retraites auxquelles fait face le pays — la fin des opérations de maintenance devrait permettre à la production de repartir à la hausse.

En raison de tous ces éléments, près des deux tiers (59 TWh) de la baisse de 96 TWh de la production nucléaire et hydraulique française en glissement annuel ont été remplacés par de l’électricité importée d’autres pays en 2022. La France a ainsi dû importer de grandes quantités d’électricité d’Espagne, du Royaume-Uni, d’Allemagne et de Belgique dans le contexte de la crise énergétique de 2022.

En particulier, la Belgique a été le premier fournisseur d’électricité de la France cette même année, avec près de 10 TWh d’exportations nettes, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 2,8 millions de ménages. Cela représente un renversement de situation par rapport aux années précédentes, lorsque la Belgique devait compter sur des importations massives en provenance de France.

L’année dernière, l’électricité fournie à la France provenait de divers sites de production d’énergie belges, mais aussi d’excédents d’électricité en provenance des Pays-Bas ou d’Allemagne et transitant par la Belgique. Les connexions entre le gestionnaire belge du réseau de transport d’électricité à haute tension Elia et son homologue français RTE ont été portées juste avant l’hiver à 6 gigawatts — soit l’équivalent de six réacteurs nucléaires.

« La question de savoir si la Belgique enverra autant d’électrons à Paris cette année dépendra de sa production et de la situation en France », a expliqué Marie-Laure Vanwanseele, porte-parole d’Elia, rapporte le quotidien belge De Tijd, mardi (31 janvier).

En raison de la fermeture permanente des principaux réacteurs nucléaires du pays — Doel 3 en september de l’année dernière et Tihange 2 cette semaine — la production d’électricité en Belgique est en forte baisse. Il en résulte que les exportations devraient être inférieures à celles des années précédentes.

En France, bien qu’EDF ait réussi à redémarrer plusieurs réacteurs, il est probable qu’une partie importante du parc nucléaire restera indisponible cette année. L’énergéticien français prévoit néanmoins que sa production nucléaire en 2024 se situera entre 315 et 345 TWh, a indiqué la société sur son site web.

Ainsi, après l’année difficile que fut 2022, au cours de laquelle les marchés de l’électricité ont été bouleversés par la guerre ménée par la Russie en Ukraine, les consommateurs européens pourraient à nouveau se tourner vers la France en 2023, dans l’espoir que le pays remette de l’ordre dans son parc nucléaire et contribue à libérer l’excédent d’électricité pour d’autres utilisateurs dans les mois à venir.

Gaz naturel

En ce qui concerne le gaz naturel, la Belgique occuperait la troisième place en termes de fourniture de gaz naturel à l’Allemagne en 2022, selon un classement du gouvernement allemand de ses fournisseurs de gaz. Le pays se positionne derrière la Norvège et la Russie, deux pays producteurs de gaz.

Les transits vers les pays voisins de la Belgique ont connu une forte hausse l’an dernier pour atteindre 441 TWh, constate le gestionnaire de réseau Fluxys. Cette quantité équivaut à trois fois la consommation intérieure des ménages, de l’industrie et des centrales électriques au gaz belges. « Nous avons joué notre rôle de pays de transit », a déclaré Thierry Vervenne, porte-parole de Fluxys.

Le gaz exporté provient de Zeebrugge, où un gazoduc arrive directement de Norvège. En France, le terminal méthanier du port de Dunkerque, également exploité par Fluxys, est raccordé au réseau belge et est considéré comme faisant partie de la zone de Zeebrugge.

En tant que gestionnaire du réseau de transport, il est impossible pour Fluxys de prévoir si les flux vers l’est seront aussi importants en 2023. L’Allemagne, qui jusqu’à récemment ne disposait d’aucune infrastructure portuaire permettant d’importer du gaz naturel liquéfié (GNL), a récemment entrepris la construction de plusieurs terminaux méthanier.

Bien que cette capacité devrait à être étendue par des terminaux permanents dans les années à venir, les experts du secteur estiment que l’Allemagne devra continuer à compter sur les importations transitant par la Belgique pendant un certain temps encore.