La Bulgarie fait pression sur Lukoil pour la vente de la plus grande raffinerie des Balkans
Le gouvernement bulgare a entamé une procédure de suspension anticipée des importations de pétrole russe, qui alimente la raffinerie de la société russe Lukoil près de la ville de Bourgas — une décision qui, selon les analystes, vise à faire pression sur Lukoil pour que la société cède ses activités en Bulgarie.
Le gouvernement bulgare a entamé une procédure de suspension anticipée des importations de pétrole russe, qui alimente la raffinerie de la société russe Lukoil près de la ville de Bourgas, sur la mer Noire — une décision qui, selon les analystes, vise à faire pression sur Lukoil pour que la société cède ses activités en Bulgarie.
Le Conseil de sécurité du Conseil des ministres du pays a examiné les effets potentiels d’une éventuelle levée anticipée de la dérogation aux sanctions européennes accordée par l’UE concernant l’importation de pétrole et de produits pétroliers russes par voie maritime en vue de leur traitement à Lukoil Neftochim Burgas, la plus grande raffinerie d’Europe du Sud-Est.
« Des décisions sur les analyses présentées seront prises lors de la prochaine réunion du Conseil de sécurité et seront proposées au gouvernement », a annoncé le gouvernement.
Pour l’aider à prendre sa décision finale, le gouvernement a reçu des informations des services spéciaux et du ministère de l’Économie sur la question de savoir si la suspension des importations de pétrole russe menaçait la sécurité nationale du pays.
À la mi-2022, la Commission européenne a accordé à la Bulgarie une exemption à l’embargo européen sur le pétrole russe, valable jusqu’à la fin de 2024. Fin juillet, les partis soutenant le gouvernement — la coalition PP-DB, le GERB et le DPS — ont soumis une proposition de résiliation anticipée, qui semble disposer d’une majorité suffisante pour être finalisée.
Selon ces propositions, la Bulgarie doit revenir sur l’exception qui lui a été accordée pour l’utilisation du pétrole russe dans un délai d’un mois après l’entrée en vigueur de la loi. Cela devrait se produire en octobre, le parlement étant en vacances d’été.
Toutefois, les députés ont laissé ouverte la possibilité de prolonger les importations de pétrole russe si le Conseil de sécurité du Conseil des ministres juge la période insuffisante. Le gouvernement devra alors proposer un autre délai qui devra être approuvé par le parlement. Cette possibilité n’a pas pour but de provoquer une crise dans l’approvisionnement en produits pétroliers.
Au début du mois d’août, la Bulgarie a repris à Lukoil le contrôle du seul port pétrolier situé sur son territoire, près de Bourgas.
Pression sur les Russes
Pendant ce temps, Martin Vladimirov, un analyste du Centre pour l’étude de la démocratie (CID), a indiqué à EURACTIV Bulgarie que la saisie du port pétrolier était « une salve initiale qui déclenchera un conflit plus large et Lukoil vendra ses actifs parce que [la société] n’a aucun intérêt à ne pas contrôler entièrement l’importation de pétrole ».
Le deuxième coup porté est la privation de Lukoil du pétrole russe bon marché, qui est transporté vers la Bulgarie par des pétroliers via la mer Noire.
La société russe a vendu sa raffinerie en Italie et l’Allemagne a pris le contrôle des actifs d’une autre société pétrolière russe, Rosneft. Cette situation s’explique par les sanctions européennes imposées à la Russie en raison de la guerre en Ukraine, notamment l’interdiction d’importer et de transformer du pétrole russe.
La Bulgarie est le seul pays maritime de l’UE à bénéficier d’une dérogation spéciale pour l’importation de pétrole russe, ce qui n’est pas justifié d’un point de vue technique, a commenté M. Vladomirov.
La dérogation, qui est valable jusqu’à la fin de 2024, a été obtenue à la demande du cabinet de l’ancien premier ministre Kiril Petkov (PP), avec une interdiction d’exporter des produits pétroliers fabriqués avec du pétrole russe vers le territoire de l’UE.
Lukoil Bulgaria est un acteur dominant du marché pétrolier bulgare et l’une des plus grandes compagnies pétrolières de la région grâce au contrôle qu’elle exerce sur la raffinerie bulgare.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]