La Catalogne plaide en faveur de la reconnaissance du catalan comme langue officielle de l’UE
Le gouvernement catalan a lancé une vaste campagne de relations publiques dans toute l’Europe, alors que les négociations visant à réformer la liste des langues officielles de l’UE se poursuivent, la prochaine réunion ministérielle sur le sujet étant prévue mardi.
Le gouvernement catalan a lancé une vaste campagne de relations publiques dans toute l’Europe, alors que les négociations visant à réformer la liste des langues officielles de l’UE se poursuivent, la prochaine réunion ministérielle sur le sujet étant prévue mardi (24 octobre).
La campagne, lancée vendredi dernier (20 octobre), durera huit jours et visera les 27 États membres de l’UE. Elle prendra la forme d’annonces diffusées dans les espaces publics et les médias traduites dans les 24 langues officielles du bloc afin de sensibiliser le public à la demande de la Catalogne.
« Nous voulons expliquer que nous recherchons cette officialité de manière empathique, qu’ils [les citoyens de l’UE] la voient de manière positive et qu’ils voient que c’est pour renforcer ce projet européen, pour renforcer cette richesse et cette diversité qui sont essentielles », a confié la ministre catalane des Affaires étrangères Meritxell Serret à Euractiv.
Plutôt que de se concentrer uniquement sur le catalan, la campagne est « une défense et un éloge de toutes les langues », a-t-elle dit.
🇪🇺 From Catalonia we give you this campaign so you can promote your language.
If you also love languages, help us make Catalan official in Europe.
If all languages are exceptional, let none be an exception in Europe. https://t.co/h2RjttFmgV pic.twitter.com/dX2dk6cF7d
— Catalan Gov. EU (@Catalonia_EU) October 20, 2023
Après les élections générales de juillet, le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares a officiellement demandé que le Conseil de l’UE entame le processus d’ajout du catalan, du basque et du galicien à la liste des langues officielles de l’Union en août. Il s’agissait de la première étape des négociations pour la formation d’un gouvernement progressiste dirigé par le socialiste Pedro Sánchez avec les partis indépendantistes catalans, leur soutien étant nécessaire à un nouveau mandat de celui-ci en tant que Premier ministre.
Alors que l’Espagne tentait de précipiter l’adoption d’une décision finale par les États membres le 19 septembre, plusieurs pays ont fait part de leurs inquiétudes quant à la proposition, notamment en ce qui concerne son coût, ses aspects pratiques et l’éventuel effet domino sur d’autres langues minoritaires en Europe.
Le gouvernement régional et ses délégations internationales ont également fait circuler parmi les États membres au cours des dernières semaines un rapport argumenté, consulté par Euractiv, tout en rencontrant les autorités publiques à différents niveaux à Bruxelles, Barcelone et Madrid.
Le rapport réfute les préoccupations exprimées par les États membres sur le fait de faire du catalan une langue officielle, en particulier en ce qui concerne les coûts et la faisabilité opérationnelle.
Il indique également que le catalan est utilisé par 10 millions de locuteurs et qu’il est l’une des 15 langues les plus parlées dans l’Union européenne, et que son exclusion du statut de langue officielle de l’UE constituerait une « anomalie démocratique ».
En ce qui concerne les coûts, le gouvernement régional propose toutes les ressources à sa disposition et rappelle aux États membres que la traduction représente moins de 1 % du budget de l’UE.
« Il est important de garder à l’esprit qu’en termes de ressources humaines, 25 % des interprètes permanents et 30 % des interprètes de la réserve de personnel externe de l’UE sont également compétents pour travailler en catalan », poursuit le rapport.
Un long processus
Les États membres devraient rediscuter de la proposition de l’Espagne lors d’une réunion des ministres des Affaires générales le 24 octobre. Malgré les efforts de l’Espagne et de la Catalogne pour convaincre les États membres et la déclaration de la ministre catalane Meritxell Serret selon laquelle « les choses bougent », la position générale n’a pas changé.
Les États membres veulent plus de temps pour analyser en profondeur les implications de faire du catalan, du basque et du galicien des langues officielles de l’Union, un processus qui risque d’être long, ont expliqué trois diplomates à Euractiv.
Mme Serret est elle aussi consciente que le processus est loin d’être terminé. « II peut y avoir des questions qui exigent que nous continuions à travailler pour donner [aux États membres] cette certitude », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter que le dossier ne sera pas approuvé tant qu’il n’y aura pas de clarté « technique et juridique ».
Une autre question clé que la Catalogne cherche à aborder est l’opinion des États membres selon laquelle faire du catalan une langue officielle est lié à la politique intérieure espagnole, et plus précisément au processus de formation d’un gouvernement progressiste. Cette allégation a provoqué une certaine frustration chez les diplomates.
Dans le rapport argumenté, le gouvernement catalan affirme que la demande de reconnaissance de la langue est une demande de longue date de l’Espagne et de la Catalogne. Lors du lancement de la campagne vendredi, Mme Serret a déclaré que la demande remontait à 1987, lorsque le parlement des îles Baléares a approuvé la première demande officielle en ce sens.
« Nous devons veiller à ce que cette occasion historique ne soit pas manquée », a déclaré Mme Serret.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]