La coalition centriste du Parlement européen proche d’un accord qui ouvrirait la voie à la nouvelle Commission

Les négociations sur un accord de coalition entre les principaux groupes centristes du Parlement européen se poursuivront mercredi 20 novembre, afin notamment de résoudre l’impasse sur la composition de la prochaine Commission européenne.

/ EURACTIV.com
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Plusieurs sources parlementaires ont confié à Euractiv que les groupes PPE, S&D et Renew pourraient dévoiler conjointement un accord ce mercredi 20 novembre. [UE/Alain ROLLAND]

Les négociations sur un accord de coalition entre les principaux groupes centristes du Parlement européen se poursuivront ce mercredi 20 novembre, afin notamment de résoudre l’impasse sur la composition de la prochaine Commission européenne.

Après une querelle entre le Parti populaire européen (PPE) de centre droit et les Socialistes et Démocrates européens (S&D) la semaine dernière, les dirigeants des deux groupes — Manfred Weber et Iratxe García Pérez — ainsi que la dirigeante du groupe libéral Renew Europe — Valérie Hayer — sont parvenus à un accord sur une série de priorités communes pour les cinq prochaines années. Ces priorités sont en grande partie basées sur les orientations politiques de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen pour son second mandat.

Plusieurs sources parlementaires ont confié à Euractiv mardi 19 novembre que les trois groupes pourraient dévoiler conjointement un accord ce mercredi. Leurs dirigeants se sont réunis tout au long de la journée de mardi, poursuivant les discussions jusqu’à tard dans la nuit, mais celles-ci se sont achevées sans parvenir à un accord, selon l’agence de presse EFE.

L’accord pourrait consolider la majorité centriste traditionnelle qui a dominé la politique européenne pendant des décennies, mais, selon nos informations, il n’interdira probablement pas explicitement au PPE de construire des majorités avec les forces d’extrême droite — une tendance qui avait déjà été observée durant la précédente législature.

Approbation du Collège des commissaires

Les commissaires désignés qui n’ont pas encore été approuvés — les six vice-présidents exécutifs du futur exécutif et le Hongrois Olivér Várhelyi — devraient également recevoir le feu vert des coordinateurs des groupes politiques du Parlement cette semaine ou lundi prochain (25 novembre). Parmi les aspirants commissaires dont l’approbation est en suspens, on retrouve l’Espagnole Teresa Ribera (PSOE, S&D), l’Italien Raffaele Fitto (Fratelli d’Italia, Conservateurs et Réformistes européens/CRE) et Olivér Várhelyi (Fidesz, Patriotes pour l’Europe).

Selon nos informations, l’accord pourrait donner lieu à un remaniement de certains portefeuilles afin d’apaiser les inquiétudes soulevées par les eurodéputés à la suite des auditions qui ont eu lieu début novembre.

Par exemple, le Hongrois Olivér Várhelyi, commissaire désigné pour la Santé et le Bien-être animal, pourrait se voir retirer la responsabilité des droits reproductifs, et potentiellement de la préparation aux pandémies, l’aile progressiste du Parlement s’étant opposée à ce que ces sujets fassent partie des attributions du candidat soutenu par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

En outre, les détails de la structure de la commission parlementaire de la Santé (SANT), qui sera bientôt renforcée, de l’actuelle sous-commission de la Défense (SEDE) et d’autres nouvelles commissions spéciales font également partie des discussions concernant un accord entre les trois groupes politiques centristes.

Cette semaine pourrait s’avérer être la dernière chance pour les législateurs d’approuver les candidats restants à temps pour que le Parlement approuve la nouvelle Commission dans son ensemble lors de la plénière du 25 au 28 novembre à Strasbourg. Tout retard signifierait que l’exécutif ne pourrait pas entrer en fonction au début du mois de décembre, comme cela était initialement prévu.

La résistance tenace des socialistes

La semaine dernière, des tensions ont éclaté entre le PPE et le S&D, les deux plus grands groupes du Parlement, suite aux critiques du centre-droit à l’encontre de la socialiste espagnole Teresa Ribera.

La dispute au sein de l’hémicycle européen a été exacerbée par un conflit national entre les partis espagnols membres des deux groupes sur le rôle de Teresa Ribera — actuellement ministre de la Transition écologique et du Défi démographique du gouvernement espagnol — dans la réponse apportée par Madrid aux inondations dévastatrices survenues en octobre à Valence et en Castille-La Manche.

Parallèlement, le S&D a menacé de bloquer tout Collège des commissaires dans laquelle le candidat italien Raffaele Fitto conserverait un rôle de vice-président exécutif de la Commission.

« Nous devons évaluer la position socialiste sur Raffaele Fitto et aborder tous les aspects de la question », avait indiqué le président du PPE, Manfred Weber, avant les discussions de mardi en fin de soirée. « Il n’y a pas d’accord pour le moment », avait-il ajouté.

Une source du groupe S&D a confié à Euractiv avant ces discussions nocturnes que l’objectif était qu’un accord de coalition soit présenté par Iratxe García Pérez lors d’une réunion de groupe mercredi matin à 10 h 30.  Et d’ajouter que les eurodéputés devraient soutenir à l’accord global, même s’il ne répondait pas à leur demande de rétrogradation de Raffaele Fitto.

Ursula von der Leyen elle-même a rencontré à plusieurs reprises les trois chefs de groupe ces dernières semaines afin de négocier un accord qui permettrait à sa Commission d’entrer en fonction dans les plus brefs délais.

Teresa Ribera est attendue au parlement et au sénat espagnols ce mercredi pour répondre à des questions sur la réponse du gouvernement aux inondations qui ont coûté la vie à plus de 220 personnes. Cette audition faisait partie des demandes du PPE, fortement influencé par son parti membre espagnol, le Partido Popular (PP), afin qu’il abandonne son veto sur la candidate, rapporte El País.

Dolors Montserrat, cheffe de file du PP au Parlement européen, a déclaré que le parti ne voterait pas en faveur de la Commission si Teresa Ribera en faisait partie.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (S&D) a négocié avec la présidente de la Commission, elle-même membre du PPE, pour obtenir le soutien du reste du groupe de centre-droit à la candidature de Teresa Ribera, en échange de la levée par le S&D du veto sur Raffaele Fitto, précise le quotidien espagnol.

Nicholas Wallace a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]