La Commission propose des sanctions contre Israël
Ce mercredi 17 septembre, la Commission européenne a proposé des sanctions visant les ministres israéliens et les colons extrémistes, ainsi que la suspension de l’accès préférentiel au marché européen accordé pour des milliards d’euros d’exportations israéliennes.
« Nous regrettons d’avoir à prendre ces mesures », a déclaré le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, lors d’une conférence de presse. « Cependant, nous pensons qu’elles sont à la fois appropriées et proportionnées compte tenu de la crise humanitaire qui sévit actuellement à Gaza. »
Le paquet de mesures de rétorsion est le plus ambitieux jamais proposé par Bruxelles pour faire pression sur le régime israélien afin qu’il mette fin à la guerre. Le conflit ne montre aucun signe d’apaisement, et ce malgré la famine qui touche l’enclave palestinienne dévastée, près de deux ans après l’incursion du Hamas en Israël qui a déclenché une riposte de Tel-Aviv, le 7 octobre 2023.
« Je pense qu’il est important de montrer aux Européens que nous sommes capables, disposés et prêts à réagir lorsque des principes ont été outrepassés et des limites ont été franchies », a expliqué un haut fonctionnaire de la Commission.
La Commission propose de suspendre le volet commercial de l’accord d’association UE-Israël. La suspension des échanges commerciaux toucherait environ 6 milliards d’euros de marchandises israéliennes, soit 37 % des exportations totales du pays vers l’Union. Pour être approuvée, cette mesure nécessite le soutien d’une majorité qualifiée des États membres de l’UE, c’est-à-dire 15 pays représentant au moins 65 % de la population de l’Union.
L’exécutif européen propose également de sanctionner les principaux responsables politiques d’extrême droite israéliens, notamment le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, qui ont déjà été déclarés persona non grata par plusieurs pays occidentaux, dont l’Espagne, les Pays-Bas et la Slovénie. Trois colons extrémistes et une poignée d’organisations actives dans certaines parties de la Cisjordanie occupée sont également visés.
Les fonds européens destinés aux organisations de la société civile israélienne, y compris celles qui luttent contre l’antisémitisme, ne sont pas concernés par les propositions de sanctions, a pour sa part précisé la commissaire chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica.
Bruxelles a également proposé des sanctions à l’encontre de dix hauts responsables du Hamas.
Contrairement aux mesures commerciales — sui sont du ressort de la Commission —, les sanctions visant des ministres et des colons doivent être approuvées à l’unanimité par les 27 États membres de l’UE.
Ces dernières propositions ont peu de chance d’être adoptées, en raison de la forte opposition de l’Allemagne, de la Hongrie et de plusieurs autres États de l’UE.
Tout en reconnaissant que « l’opinion publique dans les États membres est en train de changer », la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a exprimé son scepticisme quant à l’adoption des propositions de la Commission par les Vingt-Sept.
« Nous aurons des discussions après la présentation de ces propositions, mais je pense que les lignes politiques sont très proches de ce qu’elles ont été jusqu’à présent », a-t-elle indiqué.
La semaine dernière, lors de son discours sur l’état de l’Union annuel devant les eurodéputés à Strasbourg, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait déjà déclaré être « consciente qu’il sera difficile de recueillir des majorités » concernant les mesures proposées.
Côté israélien, le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a qualifié l’annonce de la proposition de « moralement et politiquement erronée », espérant qu’elle ne sera pas adoptée.
Avertissant que cette mesure nuit aux relations entre Bruxelles et Tel-Aviv, il a affirmé que « les mesures prises à l’encontre d’Israël recevront une réponse appropriée, et nous espérons ne pas être obligés de les prendre ».
Jeremias Lin a contribué à la rédaction de cet article.
Sanctions de l’UE contre Israël : le pari risqué d’Ursula von der Leyen
La semaine dernière, à l’occasion de son discours annuel sur l’état de l’Union devant les…
6 minutes
(asg)